La loi sur la fin de vie : pschitt ? (3/3)

Publié le par Bernard Pradines

Information récente : la proposition de loi devrait être soumise à l'Assemblée nationale en deuxième lecture le 6 octobre 2015.

Pour ma part, après une carrière d’anesthésiste-réanimateur puis de gériatre en soins de longue durée, je demeure convaincu que l’essentiel des progrès à réaliser réside dans l’amélioration de l’accompagnement en fin de vie : meilleure formation généralisée des professionnels de santé suffisamment nombreux, information du public quant aux modalités concrètes de la fin de la vie dans tous les domaines : aussi bien celui des altérations corporelles (mais oui !) que des droits ou devoirs des uns et des autres. Je suis circonspect devant l’enthousiasme manifesté par celles et ceux qui veulent amener les médecins à des pratiques qui ne visent pas le confort mais la suppression pure et simple de la vie. Je suis d’autant plus méfiant que la pression financière est permanente et croissante : j’ai trop entendu de personnes âgées qui se considèrent comme une charge inutile pour leur famille et pour la société. J’ai trop perçu le message suivant, subliminal ou même explicite : le gériatre vertueux ne serait pas  d’abord celui qui soigne bien les malades mais celui qui ne dépense (« gaspille ») pas trop d’argent. Le tout maquillé sous l’argument consensuel du « non-acharnement thérapeutique » qui sonne si bien aux oreilles des gestionnaires ou de certaines familles, qu’elles soient démunies, en souffrance durable ou tout simplement pressées …

En guise de conclusion provisoire, croire naïvement que l’on peut ignorer les contingences financières, dans un pays en crise économique et sociale, pour n’envisager qu’une philosophie détachée de tout contexte, est une erreur qui a déjà taché l’histoire de la médecine elle-même. Un idéalisme dangereux qui consiste à ignorer qu’un système économique fondé sur la rentabilité et le profit n’est pas seulement générateur de scandales tels que celui du Médiator ou des prothèses PIP. Que le mal va bien au-delà et demande une vigilance constante dans un paradigme où les conflits d’influence et d’intérêt demeurent préoccupants. Au fond, c’est vouloir croire à la toute-puissance de la médecine et donc à son autonomie par rapport à la société. Une société qui évolue pourtant selon le modèle que décrit si bien le pape François après, il est vrai, de nombreux érudits peu bigots du XIXème siècle.

Source :

Texte complet à l’adresse : http:/www.agevillagepro.com/actualite-9949-24-la-loi-sur-la-fin-de-vie-pschitt.html

 

 

Publié dans fin de vie

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Janny van LIEMPD 29/09/2015 13:42

Bravo pour ce rappel à la réflexion pour une affaire beaucoup plus compliquée qu'on pense en général.