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295 résultats pour “patient idéal

Empathie : un mot magique ?

Publié le par Bernard Pradines

Image issue du site : https://www.slideshare.net/lindseynorman/taking-the-you-out-of-user-experience/46-lnorman16EinfhlungOrigin_of_the_word_empathyFrom

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Très intéressant article de Christophe Pacific sur des notions éternellement questionnées dans nos pratiques soignantes.[1]

L’empathie serait-il un mot fourre-tout qui permettrait de se rassurer à bon compte ? Dès lors que j’aurais prononcé le mot magique, chacun aurait compris que je suis attentif à la souffrance de la personne soignée sans perdre mes capacités professionnelles dans une errance affective qui relèverait de la sympathie. Or, ce dernier concept, comme ceux qui relèvent de la vie sentimentale, a toujours été suspect dans le monde qui se veut très rationnel du soin organisé. Cette suspicion rejoint celle de la fameuse bonne distance qui serait bien trop raccourcie, brûlant les ailes de l’imprudent. « On ne peut pas aimer son patient » me déclara tout de go une soignante. Direction le burn-out s’il en était ainsi ?

Christophe Pacific a raison de nous mettre en garde contre toutes les facilités de langage qui closent le débat, stérilisent la pensée, assèchent les sentiments. Admettre que nous ne pourrons jamais nous mettre vraiment à la place de notre patient, c’est déjà un pas vers la modestie qui nous fait défaut. Concevoir que l’écoute bienveillante est un élément majeur, indispensable et insuffisant de notre relation au soigné, serait un progrès. Déjà beaucoup ! Car le contexte, lui n’est pas toujours philosophique. Il impose d’aller vite. Il exige la disponibilité physique et mentale. Il n’est pas le fait d’un soignant isolé mais il est le produit d’une situation donnée, politique, économique, culturelle, historique. Autrement dit, la part de ma responsabilité personnelle dépend aussi des contraintes dans lesquelles j’exerce ma profession, qu’elles tiennent à l’organisation des soins, aux relations avec mes collègues, aux moyens alloués à ma tâche ou à ma vulnérabilité personnelle. Si je pense à tort que je suis la seule en cause de toutes les insuffisances que je vois autour de moi dans mon exercice, oui, je risque le burn-out !

Continuons à réfléchir sans oublier d’approfondir la connaissance des facteurs qui peuvent modifier au quotidien la qualité de la relation soignant-soigné.

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Tri habituel ou non à l’entrée en service de réanimation ?

Publié le par Bernard Pradines

Sophie Crozier

Sophie Crozier

Bernard Pradines, ancien anesthésiste-réanimateur, ancien gériatre.

Nous n’échapperons pas aux interrogations de notre société à la faveur des procès qui s’esquissent déjà dans les EHPAD après la pandémie de covid-19. Ils sont provoqués par des familles mécontentes. Des soignants traumatisés s’interrogent et n’oublieront pas l’épreuve que nous subissons.

Au premier rang des préoccupations du tri ou, euphémisme, de la « priorisation », se situe l’âge des patients mais aussi leur lieu de résidence : EHPAD, Soins de Longue Durée ou domicile.

L’association Corona Victimes, et son président, Michel Parrigo affirment que des « tris » sur le seul critère de l’âge pour entrer en service de réanimation « ont été effectués sans la moindre discussion ». [1] Vrai ou fake ?

Sophie Crozier[2] plaide pour un débat collectif dans la société, pour une meilleure compréhension et une démystification du processus de priorisation dans les services de réanimation, d’autant plus nécessaire que les places en réanimation n’ont cessé de diminuer sur le territoire français, faute de moyens alloués à l’hôpital. Désormais, il faut penser l’après. « Il faut que cette crise soit un accélérateur », estime Sophie Crozier. « Pour que ce débat quant à l’utilisation des ressources et au manque de celles-ci ait lieu. Il faut vraiment que l’ensemble des citoyens puissent se saisir de cette question. »[3]

A l’origine d’un refus de l’entrée en service de réanimation, il y a une demande qui est toujours le fait d’un médecin. Ce n’est donc pas n’importe qui est à l’origine de la demande de ces soins spécialisés.

Il faut noter, tracer tous les cas de refus qui pourront être étudiés secondairement quand sera venue l’heure des bilans. Non pour dénoncer tel ou tel mais pour mieux apprécier si une perte de chance a eu lieu. Si un refus non-éthique a été effectué sur la base d’une pénurie chronique, quelles actions ont été entreprises, à tous niveaux, pour remédier ou au moins lutter contre cette réalité ? Dans quelle mesure une telle situation aurait-elle pu être anticipée ? Tirer des leçons indispensables pour l’avenir est à ce prix.


[2] Sophie Crozier est neurologue à l’AP-HP et rapporteure de la question du tri en réanimation au sein du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), après la saisine de ce dernier par le Ministère de la santé. Source : article cité en 1

[3] Id 1

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