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politique

La dignité est-elle ontologique ?

Publié le par Bernard Pradines

Image du site : http://www.masteriec.fr/masterclass-eric-fiat-la-pudeur/

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Un peu de philosophie pour changer.

Eric Fiat, philosophe, écrit dans « la Croix » le 30 mars 2018 :

« Les morales d’inspiration chrétienne et kantienne n’ont en effet jamais été incompatibles, comme on l’a cru au moment de la séparation de l’Église et de l’État. Leur point commun, c’est l’idée qu’il y a quelque chose d’indisponible dans l’homme : tout homme est porteur d’une dignité absolue, intrinsèque et inaliénable. Pour le christianisme, cette dignité vient du fait que l’homme est à l’image et à la ressemblance de Dieu. Pour Kant, de la loi morale qui se trouve en lui. »

Poser la dignité comme intrinsèque, ontologique, immanente, c’est la sacraliser, lui donner un statut spécial, détaché des impératifs de l’individu réel, biologique et social. Ferait-elle partie d’une âme immatérielle ? Appeler au respect de cette dignité est certes une avenue commune de l’humanisme moderne. Eviter que la dignité soit bafouée comme l’était l’âme niée des damnés et autres hérétiques peut rassembler aujourd’hui toutes les femmes et les hommes épris de bienveillance pour autrui. Pourtant, entre autres innombrables crimes, que pesa récemment la dignité des Juifs et des Tziganes face à la négation de leur humanité ? De quel secours fut un appel à la raison vis-à-vis de leurs bourreaux ?

La dignité est-elle donc absolue ou bien concrètement définie relativement à des lieux et à des temps donnés de l’aventure humaine ?  Si cette approche est correcte, nous humains demeurons totalement responsables du respect d’autrui. Aucune entité distincte, abstraite, posée de principe, performative, ne viendra nous aider pour justifier que nous soyons des victimes ou des bourreaux, que nous devions pardonner ou être pardonnés.

Si la relation de ce thème avec l’accompagnement des personnes âgées vous semble lointaine, je veux bien vous parler à nouveau de maltraitance institutionnelle ou non, ou encore de bienveillance, de suicide assisté ou d’euthanasie des vieillards.

Publié dans éthique, politique

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Quand je manifeste avec les personnels des EHPAD

Publié le par Bernard Pradines

Le mardi 30 janvier 2018, comme partout en France, avait lieu un rassemblement devant l’Agence Régionale de Santé à Albi. Il s’agissait de protester contre la condition faite aux salariés et aux résidents des EHPAD[1]. Le contexte : désormais, la fin de la vie se produit de plus en plus souvent dans un établissement spécialisé. Même à domicile, en un demi-siècle, la professionnalisation s’est substituée en partie ou en totalité au rôle traditionnel de la famille. C’est donc une mutation sans précédent de l’accompagnement du grand âge à partir du cadre familial vers des entreprises à domicile et en établissement à laquelle nous assistons depuis quelques décades. C’est un fait social et historique nouveau, inconnu depuis le début de l’aventure humaine.

Chacun sait les énormes difficultés pour aider nos anciens devenus dépendants pour les actes de la vie quotidienne : manger, se laver, s’habiller, se mobiliser, pouvoir faire ses besoins et rester propre. Ne parlons pas de la dimension relationnelle en souffrance, pourtant cruciale pour le bien-être ou l’apaisement du mal-être de nos aînés. Elle est trop souvent sacrifiée devant la priorité des soins dits « de base » sommairement cités ci-dessus. Les résultats d’une enquête parisienne non publiée car trop honteux donnent froid dans le dos : les toilettes, mobilisations et repas sont expédiés sans ménagement.

A l’occasion de la manifestation du 30 janvier 2018 et dans un contexte de mobilisation inédite, je me suis présenté au titre de gériatre ayant exercé pendant 18 ans et demi en Soins de Longue Durée (anciens Longs Séjours). J’ai souhaité témoigner ma solidarité, mon soutien et mon affection aux personnels en lutte pour améliorer une situation dont nul ne peut honnêtement contester la gravité. J’ai pu bénéficier d’un accès au micro pour souligner d’abord le caractère indispensable d’un nombre suffisant de professionnels couplé à leur formation adéquate. Puis j’ai fait état du développement sans précédent d’un secteur privé en pleine expansion dans les services au grand âge, surtout depuis le début des années 2010. C’est ainsi que 26% du secteur sont désormais détenus par des chaines d’établissements privés qui, à l’instar des hôtels, se concurrencent, se concentrent et s’internationalisent, avec de juteux bénéfices pour les actionnaires. En faire le plus possible avec le moins de moyens humains et matériels ; ici aussi, comme dans d’autres domaines de l’économie. Ainsi, sans surprise, la logique capitaliste est-elle à l’œuvre ;  elle se confirme par le recul de la part du secteur public et celle du secteur privé à but non lucratif.

Enfin, j’ai rappelé que le ratio souhaitable d’un personnel pour un résident n’était pas un objectif révolutionnaire ou l’utopie irresponsable de syndicalistes échevelés. Il s’agit de la préconisation du Plan Grand Age proposé par … le gouvernement de Dominique De Villepin en 2006.

 

[1] EHPAD : Etablissements d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes, un acronyme désignant essentiellement les anciennes maisons de retraite.

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