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Baisse des prix des prothèses auditives : nécessaire mais pas suffisante

Publié le par Louis Lacaze

Baisse des prix des prothèses auditives : nécessaire mais pas suffisante

Un tiers seulement un tiers des français malentendants sont équipés d’aides auditives. On ignore combien parmi eux laissent dormir leur appareil dans un tiroir ou ne le portent que de temps à autre. Pendant longtemps, on a pu croire que le prix des prothèses qui peut atteindre 2000 € par oreille était le principal élément dissuasif mais la mise à disposition à partir du 1er janvier 2021 d’appareils performants entièrement pris en charge par la Sécurité sociale n’a pas suffi pour déclencher un raz-de-marée de clientèle chez les audioprothésistes.

Cette réticence peut s’expliquer par une efficacité moins spectaculaires des corrections auditives que celles de la vision, par le refus de se voir publiquement reconnu comme sourd avec une connotation de ridicule historiquement tenace alors que les appareils sont de plus en plus discrets.

Un autre facteur, plus abstrait, du domaine de la psychologie de la santé, semble entrer en jeu : le lieu de maitrise ou locus de contrôle qui détermine dans quelle mesure les individus croient exercer une influence sur le cours des évènements. Une personne qui présente un lieu de maîtrise externe va penser que ses problèmes d’audition échappent totalement à son contrôle et qu’elle doit s’en accommoder. Les gens qui au contraire ont un lieu de maîtrise interne vont penser qu’elles peuvent gérer leurs problèmes et prendront l’initiative de consulter un spécialiste de l’audition.

Proposer des prothèses auditives totalement remboursées est certes à considérer comme une étape positive mais insuffisante pour vaincre les réticences toujours bien réelles. La valeur d’un exemple n’est plus à démontrer : quand pourrons nous voir, sur les écrans de nos téléviseurs, des personnalités connues équipées de leurs prothèses qu’ils portent habituellement ?

Commentaires de Bernard Pradines

Etant moi-même utilisateur de prothèses auditives depuis de nombreuses années, j’ajouterai ici un contrepoint au scepticisme partiel mais bien justifié de cet article. Pour ma part, je montre autant que possible mes prothèses et les place ostensiblement sur mes oreilles afin de bien signifier que je n’entends pas bien mes interlocuteurs. Ainsi ai-je le sentiment de revendiquer et d’assumer mon handicap. Ceci me permet surtout de moins me méprendre sur les propos qui me sont adressés ; si je leur réponds de manière inadéquate, je serai mieux compris dans ma difficulté. Question de respect affiché de celles et de ceux que j’écoute et que je veux comprendre. Mais vous saviez déjà que je possède toutes les qualités humaines imaginables.

Source : 

Katherine Sternasty, BA, BS  Barriers to Hearing Aid Adoption Run Deeper Than the Price Tag

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Impliquer les familles

Publié le par Bernard Pradines

Image issue du site : http://ehpadsaleveglieres.fr/famille/

Image issue du site : http://ehpadsaleveglieres.fr/famille/

Comment coter les indispensables échanges verbaux avec les familles dans la grille AGGIR ? Où trouver l’intersubjectivité, la négociation entre familles et établissement dans l’outil PATHOS ? Vrai qu’il n’existe pas de Conseil de la Vie Sociale (CVS) dans les supermarchés.

Les bouleversements sociétaux du vingtième siècle se poursuivent. De nombreuses conditions sont nécessaires pour garder maman à domicile, surtout quand elle est dépendante ou pire, en nécessité de présence permanente. Ainsi, « nous nous sommes résolus à la placer, à regret ».

Les valeurs d’autrefois n’ont pas disparu, dont les prérogatives exclusives dans l’accompagnement des siens. Le caractère collectif des établissements n’est pas prévu, structuré, hiérarchisé, rémunéré, pour intégrer les proches des résidents. Le simple partage d’informations sensibles peut apparaitre antinomique du corpus culturel d’une entreprise normale qui ne « communique pas » hors publicité.

Pourquoi impliquer les familles si elles le sont déjà ? Non, c’est un sentiment de dépossession, d’être remplacées, de confiscation[1] qui peut les animer, aggravé par la crise pandémique, heureusement souvent compensé par un effort inouï d’information. Elles n’ont pas renoncé à leurs attributions passées, l’établissement clamant l’autonomie décisionnelle de la personne hébergée en appliquant ses propres règles de fonctionnement. Cet exemple n’est pas de moi : « Les professionnels au sein de l’EHPAD sont là pour protéger le résident et il n’est pas question de prévenir la famille en cas de relation, même extra-conjugale »[2]. Est-ce si simple ?

Ainsi, consumérisme à double sens si la famille pense qu’en se contentant de payer, elle se satisfera du service en retour, l’établissement s’exauçant avec prestation contre rétribution ! Il n’y a pas de CVS dans les supermarchés. Il s’agit plutôt de « deux groupes humains déséquilibrés dans leur rapport de force, le système familial et l’institution gériatrique »[3].

Le CVS, cerise sur le gâteau ? Il est défini dans un décret vieux de 17 ans. « Le conseil de la vie sociale est obligatoire … » mais loin d’être toujours présents ou effectifs ; plus bas dans le même article du même décret: « Lorsque le conseil de la vie sociale n’est pas mis en place, il est institué un groupe d’expression ou toute autre forme de participation ». Quèsaco ? Courteline, reviens vite ! 

Si l’intersubjectivité fondée sur l’intelligence réciproque est d’une grande utilité[4], elle ne suffira pas. Si c’est bien « dans les utopies d'aujourd'hui que sont les solutions de demain »[5], difficilement audibles par ces temps d’épuisement des professionnels et de carence de recrutement, le CVS se modifiera, de consultatif deviendra citoyen, co-constructeur et partiellement décisionnaire dans l’établissement ou par son équivalent dans le service à domicile.

Ce ne sera plus la famille « cliente » mais d’autres noms qui remplaceront ceux du consumérisme : ouverture, tolérance réciproque, sens du collectif, citoyenneté, démocratie participative, autogestion. I have a dream.


[1] Thomas P., Hazif-Thomas G. Prendre le risque d’investir les familles, une école de vie pour les soignants. NPG n°89, 2015, pp :290-297

[3] Chatel P, E. Bouteyre E, Hardwigsen C. La fratrie face à la dépendance d’un parent âgé : la place d’aidant des enfants à travers le dessin de la famille, NPG Neurologie - Psychiatrie - Gériatrie, Volume 18, Issue 103, 2018, 27-37.

[4] Thomas P., Chandès C., Hazif-Thomas G. EHPAD et familles de résidents : deux sémiosphères en compétition. NPG Neurologie – Psychiatrie - Gériatrie (2015), 15, 194-203

[5] https://citations.ouest-france.fr/citations-pierre-rabhi-11954.html

Publié dans EHPAD, aidants, famille, isolement

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