Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

solitude

Santé mentale : les seniors font-ils de la résistance ?

Publié le par Louis Lacaze et Bernard Pradines

Santé mentale : les seniors font-ils de la résistance ?

La presse grand public s’est largement fait l’écho des souffrances affectant les personnes âgées pendant le premier confinement. Ceci a été particulièrement mis en exergue dans les établissements pour personnes âgées : isolement, résidents cloués au lit ou n’ayant pour occupation que la contemplation d’une fenêtre, voire tentatives de suicides.

Des études récentes[1][2][3][4] venant des USA, d’Espagne, du Canada et des Pays-Bas, rapportées dans une revue de la littérature[5] parue en novembre 2020, ont permis de prendre du recul et révélé que les seniors à domicile ont été moins affectés que les autres classes d’âge.

Aux USA, sur un panel de 4470 sur 5412 personnes sollicitées à domicile, 49,1% des 731 participants âgés de 18 à 24 ans ont déclaré rencontrer des problèmes d’anxiété, 52.3 % de dépression, 46 % de troubles liés aux traumatismes et aux facteurs de stress (trauma- or stress-related disorder - TSRD).

Pour les 1911 participants âgés de 25 à 44 ans, les pourcentages passent respectivement à 35,3 %, 32,5 %, et 36 %.

Pour les 895 participants âgés de 45 à 64 ans, nouvelle baisse à 16,1%, 14,4 % et 17,2%. Le contraste est net avec les 933 personnes âgées de 65 ans et plus vivant à domicile : 6,2 %, 5,8 % et 9.2 %.

Les chercheurs qui s’étaient fixé pour objectif la recherche des effets de l’isolement et de la solitude sur l’état mental des seniors ont cherché à relever des éléments expliquant cette résistance des seniors face au confinement. La disparition des contacts sociaux n’aurait pas de caractère traumatisant si des relations de qualité restaient disponibles. Pour beaucoup, la technologie a permis de maintenir les contacts familiaux et sociaux les plus importants. Le facteur de résistance primordial serait la sagesse, caractéristique essentielle de la vieillesse depuis la haute antiquité. Jusqu’au XXe siècle ? Elle apporte l’expérience, la patience, l’acceptation de l’inconnu, le contrôle des émotions, et avant tout empathie et compassion, bien plus présents que chez les générations plus jeunes.

Commentaires de Bernard Pradines

Ce texte fort intéressant, à rebours du politiquement correct, nous apporte un contrepoint au lamento généralisé sur le sort des personnes âgées en temps de pandémie et de confinement corollaire. Ainsi, un article cité en source française par Louis Lacaze, relatant l’interview d’un psychiatre, avance l’hypothèse suivante [6]:

« Plus vous êtes âgé, plus votre bien-être mental est élevé. Les personnes âgées se sont senties protégées au cours du confinement. Une aisance financière et une surface d'habitation plus importante les ont également préservées. Globalement, les personnes de catégories socio-professionnelles supérieures, vivant dans une grande surface avec un accès à l'extérieur, en famille, et qui ont pu continuer à travailler et à se sentir utiles, ont été les plus préservées. Les personnes isolées, dans des logements plus petits et vivant dans une insécurité financière et sociale, ont été les plus touchées dans leur bien-être mental. Ce confinement a aggravé les inégalités habituelles – il a mis de la pression sur les gens les plus fragiles. » 

Le fait essentiel est qu’il s’agit toujours de personnes âgées à domicile et non en établissement. De plus, nous ne connaissons pas encore le bilan humain si nous envisageons des sous-groupes plus vulnérables : personnes âgées à faibles revenus, celles souffrant de démence ou qui sont aidantes de personnes âgées démentes. Aucune donnée de la revue de la littérature citée n’est encore disponible dans les établissements pour personnes âgées à l’heure de sa publication.[7]

La condition dans les EHPAD français ne saurait se comparer avec celle des personnes âgées vivant à domicile dans les pays ici considérés, personnes souvent autonomes et disposant pour beaucoup de moyens financiers, matériels, intellectuels et relationnels de qualité.

Ainsi, la situation actuelle, qui demandera plusieurs années avant d’être correctement évaluée, est manifestement complexe.

Une généralisation hâtive est impossible.


[1] Czeisler MÉ, Lane RI, Petrosky E, Wiley JF, Christensen A, Njai R, Weaver MD, Robbins R, Facer-Childs ER, Barger LK, Czeisler CA, Howard ME, Rajaratnam SMW. Mental Health, Substance Use, and Suicidal Ideation During the COVID-19 Pandemic - United States, June 24-30, 2020. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 2020 Aug 14;69(32):1049-1057. doi: 10.15585/mmwr.mm6932a1. PMID: 32790653; PMCID: PMC7440121.

[2] González-Sanguino C, Ausín B, Castellanos MÁ, Saiz J, López-Gómez A, Ugidos C, Muñoz M. Mental health consequences during the initial stage of the 2020 Coronavirus pandemic (COVID-19) in Spain. Brain Behav Immun. 2020 Jul;87:172-176. doi: 10.1016/j.bbi.2020.05.040. Epub 2020 May 13. PMID: 32405150; PMCID: PMC7219372.

[3] Klaiber P, Wen JH, DeLongis A, Sin NL. The ups and downs of daily life during COVID-19: Age differences in affect, stress, and positive events. J Gerontol B Psychol Sci Soc Sci. 2020 Jul 17:gbaa096. doi: 10.1093/geronb/gbaa096. Epub ahead of print. PMID: 32674138; PMCID: PMC7454856.

[4] van Tilburg TG, Steinmetz S, Stolte E, van der Roest H, de Vries DH. Loneliness and mental health during the COVID-19 pandemic: A study among Dutch older adults. J Gerontol B Psychol Sci Soc Sci. 2020 Aug 5:gbaa111. doi: 10.1093/geronb/gbaa111. Epub ahead of print. PMID: 32756931; PMCID: PMC7454922.

[5] Vahia IV, Jeste DV, Reynolds CF. Older Adults and the Mental Health Effects of COVID-19. JAMA. Published online November 20, 2020. doi:10.1001/jama.2020.21753

  1. Valentine Pasquesoone  France Télévisions  "Cette crise pourrait devenir une catastrophe psychologique" : quelles conséquences du Covid-19 et du confinement sur notre santé mentale ?

Huit mois après le début du premier confinement, que sait-on du poids de l'épidémie, et de ses restrictions consécutives, sur l'état psychologique des Français ? Eléments de réponse avec le psychiatre Nicolas Franck, auteur d'une enquête et d'un livre sur le sujet. 

[7] Vahia IV, Jeste DV, Reynolds CF. Older Adults and the Mental Health Effects of COVID-19. JAMA. Published online November 20, 2020. doi:10.1001/jama.2020.21753

Partager cet article
Repost0

Personnes âgées : propositions pour le monde d’après. Troisième thème : trouver une place

Publié le par Bernard Pradines

Image issue du site : https://www.gralon.net/annuaire/sante-et-beaute/etablissement/page-web-trouver-une-place-en-ehpad--74146.htm

Image issue du site : https://www.gralon.net/annuaire/sante-et-beaute/etablissement/page-web-trouver-une-place-en-ehpad--74146.htm

Trouver une place. Voici une phrase qui prend tout son sens lorsque la situation l’exige. Un lieu, un havre, un endroit où se poser ! Vite.

Aussi longtemps que je vais bien, je ne m’en soucie guère. Mais si un membre de ma famille ne peut plus vivre dans sa maison et ne relève pas pour autant d’un établissement de soins ou d’accompagnement de la dépendance, je réalise à quel point un dispositif adapté fait défaut. Être malade et/ou dépendant, c’est une découverte personnelle impossible à partager.

Une société solidaire, soucieuse du sort des plus vulnérables d’entre nous, s’honorera en anticipant leur devenir sans chercher à en tirer profit. Elle devra n’avoir aucun objectif lucratif et ne pas connaitre le « marketing ». Elle ne vendra pas de service en faisant miroiter monts et merveilles. Elle voudra seulement mettre en adéquation les besoins et les moyens. La dimension humaine et professionnelle sera déterminante. Les multiples relations formelles sous la forme de partenariats tisseront les liens bénéfiques pour contrecarrer la souffrance des bénéficiaires.

Il s’agira de répondre rapidement aux besoins croissants de la population en offrant des réponses adaptées à des besoins évidents, qu’ils soient sur le long terme ou bien sur une période de répit. 

Partager cet article
Repost0

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>