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Aide médicale à mourir, une sortie des sentiers battus

Publié le par Louis Lacaze

Source : https://www.couleur-corse.com/?msclkid=fc2e1e13aa69194f774b740e91ec81ea&utm_source=bing&utm_medium=cpc&utm_campaign=GR20&utm_term=%2Bprix%20%2Bguide%20%2Bgr20&utm_content=GR%2020%20-%20Prix

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Les invités des docteurs Alex Smith et Eric Widera, animateurs de Geripal et bien connus de nos lecteurs, donnent la parole à deux invités au profil pour le moins inhabituel. Les docteurs Carly Zapata spécialiste en soins palliatifs, et Dani Chammas psychiatre et médecin en soins palliatifs ont un point commun : ils prescrivent l’aide médicale à mourir (AMM), une forme d’aide au suicide assisté.

Dans les réunions publiques et les publications dans la presse et sur internet, les avis sur l’aide médicale à mourir sont la plupart du temps pour ou contre. Or beaucoup de personnes parmi le personnel soignant et dans le public peuvent se trouver tiraillées entre des motivations diverses, parfois floues, ambivalentes. Les invités de Geripal ne vont pas proposer des réponses toutes faites mais une méthode où chacun pourra se poser les bonnes questions. La recherche va explorer les domaines suivants : législation, morale et éthique. Comme nous avons tous des systèmes de croyances et des valeurs différents concernant la souffrance, la dignité, le sens de la vie et les valeurs morales, l’exercice peut donc se révéler complexe et exposer à des contradictions dans les résultats.

Prendre en considération la loi n’est pas aussi simple qu’on pourrait le penser au premier abord. La Californie et le Canada, dotés d’une population égale et d’une législation pratiquement identique sur le sujet, présentent une situation contrastée. En Californie, entre 800 et 1000 personnes par an peuvent bénéficier de l’aide à mourir tandis qu’au Canada, il y a plus de 20 000 prescriptions. En Californie beaucoup ignorent que l'AMM est légale et les médecins la pratiquant sont beaucoup moins nombreux. Par ailleurs, pourquoi ne pas s’interroger sur le bien-fondé de la loi ? Les élus ont-ils suivi l’avis de la majorité de leurs électeurs, leur opinion personnelle, celle des chefs de parti, ou bien les argumentations des lobbies ? Les réponses à ces questions peuvent influencer la force des convictions.

Aborder la question de la moralité de l’AMM est d’autant plus complexe qu’il n’existe pas de définition universellement acceptée de ce qui est moralement acceptable en la matière. Il serait intéressant d’interroger toutes les personnes aux opinions bien définies - personnel médical, demandeurs, familles – sur le cheminement qui les a conduites à leur prise de décision. Esquiver la difficulté présentée par le sujet serait ignorer les cas de détresse morale, autrement dit le malaise psychologique ressenti lorsque des contraintes, internes ou externes, nous empêchant d'agir conformément à ce que nous considérons comme moralement approprié.

Nous avons une idée précise de ce qui devrait être fait et pour une raison ou une autre, nous sommes limités dans notre capacité à respecter pleinement cette décision. Cette détresse morale peut entraîner un impact psychologique persistant, un sentiment durable de malaise, de regret, d’une intégrité compromise. A-t-on mal interprété ce qui se cache derrière cette demande ? A-t-on négligé une dimension de la souffrance qu’on aurait pu soulager ?

Ces interrogations ne concernent pas ceux qui ont des positions morales très fermes sur l’AMM, qui n'envisageraient jamais d'y participer, que ce soit légal ou non, c'est hors de question. Les invités du podcast éprouvent un profond respect pour eux et comprennent le raisonnement qui conduit une personne à cette position.

L’éthique est un langage commun pour examiner et réfléchir ensemble à ces questions difficiles : est-il plus préjudiciable de laisser quelqu'un souffrir plus longtemps ou de mettre fin à ses jours prématurément ? De répondre que, puisque votre maladie touche le cerveau, vous n'avez pas accès à l’AMM ? L’éthique ne conduit pas toujours à un accord, mais c’est précisément cette tension qui est au cœur de notre travail. Elle nous permet une immersion totale dans le monde du demandeur, c’est à ce moment-là que la clarté se révèle.

Référence :

https://geripal.org/the-interior-experience-of-prescribing-medical-aid-in-dying-carly-zapata-and-dani-chammas/

 
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Notes de lecture. Grand âge, suicide et suicide assisté : aporie ou continuum ?

Publié le par Bernard Pradines

Image issue de : https://www.lanouvellerepublique.fr/a-la-une/dr-veronique-lefebvre-des-noettes-il-faut-accepter-de-vieillir

Image issue de : https://www.lanouvellerepublique.fr/a-la-une/dr-veronique-lefebvre-des-noettes-il-faut-accepter-de-vieillir

Extraits :

« Autant de ruptures de vie qui s’expriment par le passage à l’acte suicidaire mais au sujet duquel des petites phrases auraient pu attirer l’attention en amont comme : « A quoi bon », « Je n’en peux plus », « Je serais mieux mort », « Je ne veux pas être un poids ». Mais expriment-elles forcément une volonté d’en finir ? Rien n’est moins sûr ! Le plus souvent, quand elles disent vouloir mourir, elles signifient surtout qu’elles veulent cesser de souffrir psychiquement, d’être un poids un fardeau pour leurs proches et la société. « 

« Dans le grand âge, la fatigue de vivre, la dépression, la mésestime de soi, le sentiment d’inutilité et la peur de devenir un fardeau poussent les personnes âgées soit à se laisser glisser vers la mort, soit à demander qu’on accélère leur fin de vie. »

« Vivre comme ça, ce n’est pas une vie… je préfère la mort ». Et puis, elle ajoute : « J’aimerais quand même bien les revoir mes enfants et puis les petits-enfants aussi. C’est eux le sel de la vie. »

« La puissance publique avait le choix entre deux solutions : donner au corps médical les moyens satisfaisants pour accompagner la vie souffrante ou finissante et en soulager les douleurs par l’accès aux soins palliatifs pour tous, ou bien permettre que ces fins de vies tragiques soient écourtées lorsque ces malades sont en phase avancées de leur pathologie par l’aide à mourir. »

« De plus, cette légalisation du « suicide assisté » interroge quant aux contours de l’assistance à personne en danger. Car si la volonté de mourir devient première, au nom de quoi pourrait-on continuer à s’opposer au suicide tout court ? »

Commentaires de Bernard Pradines. Pour lutter contre l’isolement et le sentiment délétère de solitude, il faudra radicalement changer d’attitude à l’heure où de plus en plus de nos concitoyens vivent seuls ou sans visite en établissement ou à domicile. Il faudra comprendre, éprouver la toxicité de la rupture des relations sociales. Savoir le lien avec les sentiments d’inutilité, de ne plus compter pour personne, de ne plus être digne d’être visité, de ne plus être aimé. Croyance erronée dans l’inutilité de la démarche chez des personnes qui ne reconnaissent plus leur visiteur. Apprécier le degré inadmissible d’accueil dans certains établissements : créneaux horaires des visites encore imposés malgré la loi du 8 avril 2024, tout simplement pas de chaise ou un nombre insuffisant de sièges pour s’asseoir à côté de la personne visitée ! Idem pour la possibilité d’amener son animal de compagnie : un seul dans tout l’EHPAD visité par mes soins en juillet 2026, et encore sous le feu des critiques des autres résidents. Des lieux incroyablement bruyants où l'on ne resterait pas cinq minutes si l'on pouvait les quitter. Des questions posées sans réponses. Des visiteurs à qui l’on omet de proposer la collation destinée à son visité ; pas obligatoire, bien sûr, mais quelle indélicatesse ! Peu de personnel et formations insuffisantes des professionnels, à domicile et en établissement. Comment ignorer que cet ensemble de facteurs contribue à la dépression, au désespoir, voire, grâce au prochain « nouveau droit » généreusement octroyé, à la résignation à s’en aller sans faire de bruit, proprement, remercié de tant de dignité ? Dites-moi que je fais de "l'EHPAD bashing" ; alors je tenterai de mieux témoigner de mon expérience.


[1] Dr. Véronique LEFEBVRE des NOËTTES, Psychiatre de la personne âgée APHP, Docteure en Philosophie pratique et Ethique médicale UGE, Chercheure associée LIPHA UPEC EA 7373,  Membre du conseil scientifique du département de recherche Ethique Biomédicale au Collège des Bernardins

Référence : Véronique Lefebvre des Noëttes[1] dans la revue consultable librement jusqu’au 31 août 2026 : 

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