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polemique

C’est la faute de la direction : pas si simple

Publié le par Bernard Pradines

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Elle correspond à des préoccupations maintes fois exprimées, que j’ai entendues tout au long de ma carrière médicale hospitalière dans la bouche de soignants, médecins ou non, ainsi qu’à un moindre degré dans celle des usagers.

Qu’en penser ? Si je peux donner des pistes…
Les directions des établissements, des services de soins et des EHPAD ont la charge d'appliquer une politique dont elles ne sont pas décisionnaires, pas davantage que les autres citoyens français.

Ce sont des structures sous hiérarchie et sous surveillance. Même si les personnes qui en font partie ne sont pas d'accord avec les impératifs qui leur sont imposés, elles s'y plieront bon gré mal gré car tel est leur rôle. Leur promotion, leurs aménagements de carrière, leur avancement par exemple, sont tributaires de leur capacité à gérer des situations parfois ingérables. Cette réalité leur est difficile à reconnaître car il est désagréable ou impossible d’avouer sa dépendance, en fait sa soumission à un ou des pouvoirs supérieurs. Il est déplaisant et malvenu de s’avouer impuissant à influer sur l’essentiel qui relève de deux mots tabous : la politique de santé. Une quadrature du cercle qui peut parfois très mal finir pour un individu scrupuleux.

J’admets un bémol. Certaines personnes des directions peuvent se réfugier dans leur bureau et ne jamais visiter le « terrain » qui va les assaillir de réclamations, donc se couper de l’essentiel : l’écoute. Comme dans toute profession, elles peuvent même trouver du plaisir à une gestion contrainte, pire à régler des comptes, ce qui envenime la situation et aboutit à des fonctionnements en silo dans une ambiance détestable.

Pour moi, le fond de l'affaire est dans la conscience plus ou moins aiguë d'une société donnée, à un moment donné, quant aux nécessités en termes de soins. Une compréhension qui fait de chaque citoyen ce qu’il est potentiellement : un malade, un traumatisé, une personne âgée dépendante… Concrètement, sommes-nous intéressés ou non par les programmes des candidats aux diverses élections en matière de santé ? Une fois élus, nous intéressons-nous à ce que deviennent leurs engagements ? Nous informons-nous des moyens en matière sanitaire ? Par exemple, nous demandons-nous si une nouvelle loi de fin de vie pourrait être partiellement motivée par des soucis d'économie, etc. ? Combien de soignants sont-ils syndiqués pour défendre certes leurs intérêts, mais aussi pour faire valoir ceux des usagers ? Combien de citoyens français signent-ils des pétitions visant à améliorer les conditions de soins ? Combien de défauts de candidatures pour les élections aux commissions des usagers (CDU) dans les hôpitaux et cliniques et aux conseils de la vie sociale (CVS) dans les EHPAD ?

Joker : combien de citoyens derrière les banderoles dans les manifestations pour faire connaître la situation préoccupante actuelle en matière de santé ?

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L’engouement pour la mort assistée (33) : l'hégémonie culturelle

Publié le par Bernard Pradines

Antonio Gramsci, théoricien de l'hégémonie. Image issue de : https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9g%C3%A9monie_culturelle

Antonio Gramsci, théoricien de l'hégémonie. Image issue de : https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9g%C3%A9monie_culturelle

Que se passerait-il si la mort programmée ne pouvait pas être disponible à l’avenir en France ? Si une nouvelle loi pour la fin de vie ne devait pas être adoptée alors que 22 états à économie libérale dont onze des USA ont adopté une législation plus ou moins diverse [1] ?  Le tout en seulement 27 ans si l’on exclut la Suisse dont le statut législatif est particulier.

Si l’on part du principe que l’offre déficiente en soins palliatifs n’est qu’un aspect de la problématique actuelle, l’essentiel de la demande de mort anticipée est avant tout lié à la crainte de la dépendance à une tierce personne pour les actes de la vie quotidienne. Nous avons développé cet aspect dans la rubrique numéro 25 sur ce thème d’après les données récentes recueillies au Canada en 2022 et en Oregon en 2023 [2].

Ainsi, l’unanimisme de la quasi-totalité des médias affirme la nécessité d’aller « plus loin » sans évoquer un effet opposé : un retour en arrière niant des valeurs civilisationnelles acquises laborieusement par l’humanité. Autrement dit la remise en question de l’interdit de tuer hors légitime défense. Nous avons évoqué cet aspect dans la rubrique numéro 32 [3]. Un journaliste qui m’interrogeait il y a quatre ans était stupéfait que je lui expose mes réticences quant à la mort programmée. Il s’ouvrit sincèrement à moi en me faisant part de son désarroi car il interrogeait la première personne opposée à ce type de mesure allant pourtant contre les valeurs éthiques des soignants. Dans le paysage socio-politique actuel, l'hégémonie culturelle demeure un mécanisme puissant de conviction des individus quant au caractère indispensable de mesures inscrites dans le mouvement de l’histoire humaine ; une dimension prophétique dont on a pourtant mesuré le coût exorbitant dans le passé. Ainsi, les aspects économiques préoccupants et le mouvement historique d’affaiblissement des services publics de santé en Occident passent pour pertes et profits, clivés de la réalité de la fin de la vie.

En ce sens, l'hégémonie culturelle est un moyen de maintien de l'ordre actuel et d’éviter des demandes de soins impossibles à satisfaire. Il est estimé qu’elles ne pourront pas être honorées du fait de l’augmentation du nombre de personnes atteintes de maladies chroniques nécessitant des aides humaines pour continuer à vivre dignement, quand ce n’est pas à survivre.

Que se passerait-il si l’exigence de soins de qualité se faisait jour avec force, visant les pathologies chroniques et la dépendance, au lieu de la mort proposée ? Une révolution ?

Il s’agit désormais d’obtenir un consentement à s’effacer grâce à la louange de l’individu-roi maitre de son destin. Un mythe moderne tenace et victorieux. Jusqu’à quand ?

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