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Faire face à une maladie grave : respecter les mécanismes de défense

Publié le par Louis Lacaze

Faire face à une maladie grave : respecter les mécanismes de défense

Frappées par une maladie grave, des personnes qui jusque-là trouvaient des dérivatifs dans la marche, le yoga, la natation, peuvent avoir aussi recours à de nouvelles techniques d’adaptation. Déni, consommation de drogue ou d’alcool, rire ou humour, toutes ces stratégies visent à faire face à des situations stressantes.

Le médecin doit décoder ce qui se cache sous la surface du discours, des pensées, des comportements, des sentiments qu’il découvre chez le patient. Les réponses peuvent provenir du patient si son état le permet. Parfois ce sont les membres de la famille qui exposent comment il réagissait quand il rencontrait un problème. Par ailleurs le patient peut déclarer qu’il est prêt à mourir et refuse tout traitement alors qu’il ne souffre que d’hypertension artérielle

Le médecin accordera avant tout la priorité au maintien de l’intégrité psychologique du patient quand il cherche à délivrer un message lui permettant de faire face à sa maladie. Il est bon de se souvenir qu’il n’existe pas une bonne ou une mauvaise façon de proposer un message de vie positif. Le déni peut avoir un effet bénéfique, il peut être très sain de ne pas s’attarder sur quelque chose qu’il est impossible de contrôler ; il peut être préférable de concéder ce mécanisme de défense sans insister. Le rire, l’humour, des attitudes inattendues peuvent paraitre déplacés. Et pourtant ! Un patient s’en est expliqué, se déclarant passionné de feux d’artifices et fermement décidé à tirer ses dernières fusées pendant qu’il en était encore temps.

Cette adaptation du praticien à son patient est un gage d’empathie et lui permet d’entrer dans une démarche précoce de soins palliatifs.

Commentaires de Bernard Pradines. Comme le texte traduit ci-dessus par Louis Lacaze vient des USA, il est souhaitable d’évoquer la législation française dans ce domaine : 1999, 2002, 2005 et 2016. Ces lois permettent de baliser la relation médecin-malade de manière générale en situation de maladie grave. Pour faire très court, le médecin propose et le patient dispose. Le respect du déni correspond à ne pas imposer un diagnostic que le patient ne veut pas entendre. En relation avec la future loi sur « l’aide médicale à mourir », je relève la phrase relative au patient prêt à mourir et qui refuse tout traitement alors qu’il ne souffre que d’hypertension artérielle. Elle nous renseigne sur la pression exercée par certains patients pour en finir avec la vie sur des critères d’éligibilité qui correspondent peu ou prou avec ceux de l’entrée en EHPAD en France. Voir à ce sujet le rapport 2025 sur l’AMM en Oregon : DWDA Oregon report 2025

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Tiens, encore un poulet !

Publié le par Louis Lacaze

Image issue de : https://volailleslandes.com/poulet-fermier-des-landes-2/

Image issue de : https://volailleslandes.com/poulet-fermier-des-landes-2/

De plus en plus de personnes arrivent chez leur médecin après avoir exploré Google, les réseaux sociaux et suggèrent un traitement miracle aberrant contre l’origine du trouble dont ils ont, dans la foulée, identifié la nature. Le diagnostic du médecin est clair, résumé par l’acronyme PULET (Potentially Unsafe Low-evidence Treatments : traitements à faible preuve d’efficacité, potentiellement dangereux), francisé par les médecins canadiens en "poulet".

Un poulet est une thérapie fondée sur des preuves faibles, parfois inexistantes, éventuellement couteuse financièrement, en déplacements et en temps, et qui peut présenter des risques pour la personne qui la suit. Le domaine des "poulets" est vaste : maladie d’Alzheimer, cancers, poudre miracle qui comble les caries et reconstitue l’émail des dents aux Etats-Unis...

Tout médecin qui se respecte va écarter une réaction primaire qui consisterait à déclarer : « vous êtes stupide, veuillez sortir de mon bureau ». Il doit s’adapter à un patient qui évolue dans un domaine émotionnel qui sera imperméable à tout argument relevant d’une rigueur scientifique. Devant une suggestion de traitement qu’il considère inutile voire nuisible, le praticien aura recours à des techniques de communication précises pour faire passer son message.

Les mots clés seront empathie, contraire de l’indifférence, et humilité. Le médecin comprend la situation particulièrement difficile où le patient se trouve, par exemple le choc qu’il a subi quand l’oncologue lui a dit qu’aucun traitement ne serait vraiment efficace pour son cancer avancé. A sa place il aurait ressenti le même désarroi.

Ensuite il va jouer le rôle de l’étudiant curieux, annonce qu’il va vérifier, par exemple, s’il existe une étude sur l’ivermectine et le cancer, il cherche sur PubMed [1]. Connaissez-vous des personnes qui ont suivi ce traitement ? Quels bénéfices espérez-vous retirer de ce traitement ? Voilà, j’ai trouvé un article montrant une activité du produit chez la souris et les cultures cellulaires, mais pas de preuves solides chez l’être humain.

Commentaires de Bernard Pradines. Depuis avril 2024, date du podcast rapporté ci-dessus, la situation a considérablement évolué. Le développement de l’Intelligence Artificielle place le médecin et le patient à portée de la bibliographie, qu’elle soit fantaisiste ou scientifique. De plus en plus de français, y compris âgés, sont à même de traduire un texte écrit en anglais, langue scientifique universelle, par leurs connaissances ou par des traducteurs en ligne, eux-mêmes aussi désormais dopés à l’IA. Chez l’hypocondriaque, la cybercondrie n’est pas loin ! De surcroit, lire une publication scientifique, même dans sa langue originale, n’est pas chose simple. Elle implique de posséder des bases solides en termes de méthodologie et de statistiques pour juger de la robustesse des résultats. Le plus souvent, il fait procéder à une revue de la littérature pour se faire une idée des divergences de résultats, donc de déductions utilisables en pratique. Nous n’oublierons pas les diverses recommandations issues des sociétés savantes ou des agences telles que la HAS en France qui se prononcent sur la conduite à tenir dans des domaines de plus en plus précis. Elles sont accessibles en ligne. Ainsi, le médecin voit son métier évoluer considérablement. Sera-t-il à l’avenir celui qui trie le bon grain de l’ivraie auprès de ses patients ? Une sorte de commentateur scientifique. Possible. Pourvu qu’il ne perde pas la relation humaine dans les méandres des réponses à toutes sortes de propositions émanant de son patient et de l’efflorescence de l’information en ligne.

Référence :

Alan Smith MD Eric Widera MD Geripal Potentially Unsafe Low-evidence Treatments: Adam Marks, Laura Taylor, & Jill Schneiderhan

More and more people are, “doing their own research.”  Self-identified experts and influencers on podcasts (podcasts!) and social media endorse treatments that are potentially harmful and have little to no evidence of benefit or have only been studied in animals.


[1] PubMed est une ressource gratuite facilitant la recherche et la consultation de la littérature biomédicale et des sciences de la vie, dans le but d'améliorer la santé, tant au niveau mondial qu'individuel. PubMed contient plus de 40 millions de références et de résumés d'articles biomédicaux.

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