Un ancêtre encombrant : un avertissement pour l’avenir
Par Auteur inconnu — 1912. The World's Work. Volume 25(1), Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=84652329
Deux citations extraites d’un ouvrage à grand succès paru en 1935 :
« Il y a encore le problème non résolu de la foule immense des déficients et des criminels. Ceux-ci chargent d’un poids énorme la population restée saine. Le coût des prisons et des asiles d’aliénés, de la protection du public contre les bandits et les fous, est, comme nous le savons, devenu gigantesque. Un effort naïf est fait par les nations civilisées pour la conservation d’êtres inutiles et nuisibles. Les anormaux empêchent le développement des normaux. »
…
« Il ne faut pas hésiter à ordonner la société moderne par rapport à l’individu sain. Les systèmes philosophiques et les préjugés sentimentaux doivent disparaître devant cette nécessité. Après tout, c’est le développement de la personnalité humaine qui est le but suprême de la civilisation. »[1]
Alexis Carrel, car tel est le nom de l'auteur de ce texte, fut entre autres prix Nobel de Physiologie et de Médecine en 1912, régent de la Fondation française pour l'étude des problèmes humains, un organisme de recherche sur les races et la pureté raciale soutenu par le gouvernement de Vichy de 1941 à 1944 [2]. L'Académie nationale de médecine française créa en 2002 le fonds Alexis Carrel au sein de sa bibliothèque. [3]
Voilà comment un médecin de renom, dont de nombreuses rues et lieux portèrent longtemps le nom, mélangea les déficients et les criminels. Comment il put criminaliser les personnes souffrant de troubles cognitifs ! Et exigea des mesures concrètes d’une extrême brutalité. Comment on peut préparer les populations et coopérer idéologiquement à des négligences mortelles dans les hôpitaux psychiatriques, encore pire à des exterminations de masse de malades mentaux ou d’autres personnes décrétées indésirables du fait de leur supposée race !
Comment l’histoire de la médecine peut jeter un voile pudique sur cet ancêtre encombrant ! Comment il n’en fut pas dit un mot dans mes études de médecine. Comment les instances éthiques sont discrètes à ce propos !
Si le passé n’est pas le présent, nombreux sont les auteurs qui nous auront rappelé l’utilisation de médecins et de soignants dans les négligences et les crimes imprescriptibles les plus abjects dans l’histoire de l’humanité.
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