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politique

L’engouement pour la mort assistée (33) : l'hégémonie culturelle

Publié le par Bernard Pradines

Antonio Gramsci, théoricien de l'hégémonie. Image issue de : https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9g%C3%A9monie_culturelle

Antonio Gramsci, théoricien de l'hégémonie. Image issue de : https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9g%C3%A9monie_culturelle

Que se passerait-il si la mort programmée ne pouvait pas être disponible à l’avenir en France ? Si une nouvelle loi pour la fin de vie ne devait pas être adoptée alors que 22 états à économie libérale dont onze des USA ont adopté une législation plus ou moins diverse [1] ?  Le tout en seulement 27 ans si l’on exclut la Suisse dont le statut législatif est particulier.

Si l’on part du principe que l’offre déficiente en soins palliatifs n’est qu’un aspect de la problématique actuelle, l’essentiel de la demande de mort anticipée est avant tout lié à la crainte de la dépendance à une tierce personne pour les actes de la vie quotidienne. Nous avons développé cet aspect dans la rubrique numéro 25 sur ce thème d’après les données récentes recueillies au Canada en 2022 et en Oregon en 2023 [2].

Ainsi, l’unanimisme de la quasi-totalité des médias affirme la nécessité d’aller « plus loin » sans évoquer un effet opposé : un retour en arrière niant des valeurs civilisationnelles acquises laborieusement par l’humanité. Autrement dit la remise en question de l’interdit de tuer hors légitime défense. Nous avons évoqué cet aspect dans la rubrique numéro 32 [3]. Un journaliste qui m’interrogeait il y a quatre ans était stupéfait que je lui expose mes réticences quant à la mort programmée. Il s’ouvrit sincèrement à moi en me faisant part de son désarroi car il interrogeait la première personne opposée à ce type de mesure allant pourtant contre les valeurs éthiques des soignants. Dans le paysage socio-politique actuel, l'hégémonie culturelle demeure un mécanisme puissant de conviction des individus quant au caractère indispensable de mesures inscrites dans le mouvement de l’histoire humaine ; une dimension prophétique dont on a pourtant mesuré le coût exorbitant dans le passé. Ainsi, les aspects économiques préoccupants et le mouvement historique d’affaiblissement des services publics de santé en Occident passent pour pertes et profits, clivés de la réalité de la fin de la vie.

En ce sens, l'hégémonie culturelle est un moyen de maintien de l'ordre actuel et d’éviter des demandes de soins impossibles à satisfaire. Il est estimé qu’elles ne pourront pas être honorées du fait de l’augmentation du nombre de personnes atteintes de maladies chroniques nécessitant des aides humaines pour continuer à vivre dignement, quand ce n’est pas à survivre.

Que se passerait-il si l’exigence de soins de qualité se faisait jour avec force, visant les pathologies chroniques et la dépendance, au lieu de la mort proposée ? Une révolution ?

Il s’agit désormais d’obtenir un consentement à s’effacer grâce à la louange de l’individu-roi maitre de son destin. Un mythe moderne tenace et victorieux. Jusqu’à quand ?

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L’engouement pour la mort assistée (30) : l’effet Werther

Publié le par Bernard Pradines

Image issue de : https://tinyurl.com/yc2bs654

Image issue de : https://tinyurl.com/yc2bs654

« L'effet Werther ou suicide mimétique est un phénomène mis en évidence en 1982 par le sociologue américain David Philipps, qui a étudié la hausse du nombre de suicides suivant la parution dans les médias d'un cas de suicide. Le nom est inspiré par une vague de suicides s'étant produite en Europe lors de la parution du roman de GoetheLes Souffrances du jeune Werther. »[1]

Qu’en est-il des suicides « réguliers », entendez ici ceux qui ne sont pas répertoriés dans le cadre des lois sur la fin de vie ? En Oregon, où la loi a été promulguée en 1997, est-ce une simple coïncidence si une nouvelle hausse des suicides entre 2002 et 2017 succède à la mise en œuvre de la première loi sur le suicide assisté ? Certes d’autres facteurs interviennent tels que le ralentissement économique, les drogues addictives et le manque de ressources en santé mentale. Un rapport de 2012 commandé par l’autorité sanitaire de cet état a révélé que le taux global de suicides avait augmenté de 41 % par rapport à celui des Etats-Unis dans leur ensemble (Associated Press 2013), document cité par Nancy Valko.[2]

Pour cette infirmière qui publie et signe cet article en 2017 sous la responsabilité de l’association nationale pro-vie des infirmières, cette contagion des suicides intéresse aussi cinq autres états des USA. A la lire, cette recrudescence serait favorisée par une glorification ou une normalisation du suicide par les médias qui pourraient conduire à davantage de suicides.

Au lieu de parler de suicide assisté par un médecin, les reportages utilisent des termes plus apaisants comme « mourir dans la dignité », « aide à mourir » ou « mort assistée par un médecin ». A noter que la fille de l’auteure, âgée de 30 ans, a mis fin à ses jours après la lecture d’un manuel intitulé « Final Exit ».

Enfin, le débat est loin d’être clos, aux USA comme dans les autres pays qui ont légalisé une forme de mort programmée ; par exemple, sous la plume de Fowler et König en 2024 : « Infliger la mort par quelque moyen que ce soit n'est ni professionnel ni approprié, et ne constitue pas une médecine digne de confiance. »[3]

 

[2] Valko N. Why are suicide rates climbing after years of decline? Linacre Q. 2017 May;84(2):108-110.

[3] Fowler WC, Koenig HG. Should Physician-Assisted Suicide or Euthanasia be Legalized in the United States? A Medically Informed Perspective. J Relig Health. 2024 Apr;63(2):1058-1074.

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