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Faire de la moto après 75 ans ?

Publié le par Bernard Pradines

Si j’en crois mon concessionnaire BMW, les achats de motos de forte cylindrée se tarissent à l’âge de 75 ans. Parfois, les motards ayant atteint cet âge sont acquéreurs de modèles plus légers. Il est vrai que les motos de tourisme qualifiées de « gros cubes » avoisinent aisément les 300 kg. Quand ce ne sont pas 450 kg pour les plus lourdes d’entre elles. De surcroit, la conduite motocycliste demande une attention soutenue, une vision parfaite et des réflexes immédiats. Il convient de parler de pilotage davantage que de conduite.

Le poids de la machine n’est probablement pas le seul facteur d’abandon de cette pratique. Sans surprise, les résultats d’une étude taiwanaise parue récemment (Hsieh et al, 2017) indiquent que les traumatismes sont plus graves dans la population âgée avec des conséquences plus sévères, qu’une plus grande proportion de cette tranche d’âge est accueillie en unité de soins intensifs, que la durée de séjour hospitalier et la mortalité sont accrues.

Une étude iranienne (Etehad et al, 2015) retrouve aussi une augmentation de la mortalité des motocyclistes avec l’âge.

Faut-il déconseiller la moto de tourisme après 75 ans ? S’il n’existe aucune preuve tangible en ce sens, une approche empirique permet de répondre positivement à cette question, en tous cas si l'âge physiologique n'est pas nettement plus avantageux que l'âge chronologique. Jusqu’à plus ample information. Pourtant, certains ne s’y résignent pas : par exemple Walter Loeser, 98 ans et Kurt Neuhaus, 90 ans (ci-dessous).

Faire de la moto après 75 ans ?

Sources :

Hsieh CH, Liu HT, Hsu SY, Hsieh HY, Chen YC. Motorcycle-related hospitalizations of the elderly. Biomed J. 2017 Apr;40(2):121-128.

Etehad H, Yousefzadeh-Chabok Sh, Davoudi-Kiakalaye A, Moghadam Dehnadi A, Hemati H, Mohtasham-Amiri Z. Impact of road traffic accidents on the elderly. Arch Gerontol Geriatr. 2015 Nov-Dec;61(3):489-93.

Rassemblement français de motards dans le cadre des "Motards du Viaduc"

Rassemblement français de motards dans le cadre des "Motards du Viaduc"

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Un manque d’hommes ?

Publié le par Bernard Pradines, Christiane Réal-Poiré, René Manteau

De ci de là, les personnels en gériatrie se plaignent fréquemment du manque d’hommes parmi eux ou plutôt parmi elles.

En France, le pourcentage des femmes avoisine les 90 % parmi les salariés travaillant en EHPAD. Pas forcément surprenant quand ce sont elles qui assumaient traditionnellement, il y a peu encore, de manière purement gratuite, les tâches essentielles de l’accompagnement des personnes âgées de leur entourage familial. L’inégalité salariale en défaveur des femmes occupant ces emplois considérés comme subalternes viendrait alors compléter le tableau.

De tous temps, l'homme fut considéré comme faisant partie du sexe dit "fort". Dans un tel contexte, travailler dans un service féminisé peut parfois toucher son orgueil, tant  cette fonction semblerait dégradante à ses yeux et à ceux d’autrui. Au point d’être  l’objet de railleries.

De plus, la politique de non-reconnaissance d’un nécessaire haut niveau de qualification a pu refréner bien des ardeurs et vocations.

La première raison invoquée est la force physique afin de mobiliser les résidents dépendants.

Récemment, au cours d’une visite dans une unité de soins palliatifs à Osnabrück[1] en Allemagne, cette question a été évoquée par nos interlocutrices en réponse à notre interrogation sur des améliorations souhaitées. Les raisons avancées en sont la préférence masculine de certains patients[2] afin d’échanger sur des thèmes qui sont plutôt l’apanage de ce sexe. Un deuxième argument concerne les soins intimes qui peuvent être moins bien vécus selon le genre. La force physique vient en troisième lieu. Enfin, les soignants masculins auraient parfois une vision différente de celles des femmes, d’où un mélange d’approches considéré comme un avantage ; l'environnement de travail en serait davantage détendu.

Ainsi, les contacts professionnels entre femmes peuvent être vécus comme déséquilibrés en l’absence d’hommes. Les femmes seules, laissées entre elles, connaîtraient des relations de travail qui sont moins bonnes que si des hommes sont présents.

Au-delà de ces considérations, on peut s’interroger sur les raisons profondes, culturelles, historiques, cachées, d’un tel désir. Les modèles parentaux viennent d’abord à l’esprit. Seraient présents un glissement, une translation inconsciente du modèle habituel, traditionnel, d’accompagnement des personnes âgées. Un reflet de notre société conforme à une tradition mais totalement déformé sous l’angle de la revendication moderne d’interchangeabilité professionnelle des sexes. Autrement dit, l’accompagnement en famille, avec des rôles complémentaires dans le couple des proches aidants, subsisterait comme une référence jusque dans les institutions, services à domicile ou en établissement. J’ai soupçonné ce mécanisme dans les représentations du médecin et de l’infirmière : papa docteur et maman infirmière dans leur relation à la régression des patients. Ne pourrait-on pas l’extrapoler à rebours, au couple descendant, celui des enfants devenus des proches aidants ?

Une autre piste est celle d’une complémentarité dans les représentations générales dans la société actuelle. D’un côté des tendances masculines à la généralisation et à la théorisation, héritées de la vie professionnelle et publique plus ancienne. De l’autre la douceur féminine fondée sur le dogme d’une sensibilité féminine plus prégnante que celle des hommes, conséquence historique d’une vie au foyer au service gratuit de la famille. Ainsi, le rôle féminin prééminent dans l’éducation et les soins  destinés aux enfants prédisposerait les femmes à mieux s’occuper de la dépendance des personnes âgées. Etre maternant demeurerait alors irrévocablement une loi du genre.

Le dévouement, la patience, le charisme demandés, voire exigés, pour s'occuper de personnes âgées sont-elles des qualités relativement rares chez les hommes ? Au pire, le masochisme serait-il avant tout féminin pour accomplir des tâches exigeant empathie, abnégation, voire sacrifice ?

Ainsi peut-on relever avec  un rapport remis à la DREES en 2016[3] que « les missions dévolues aux aides-soignantes relèvent de tâches de type domestique. Elles entrent ainsi en résonance avec d’autres représentations sociales, notamment celles relatives à la division des tâches entre les femmes et les hommes. Dans un métier quasiment exclusivement féminin, les aides-soignantes font ainsi face à la difficulté de valoriser des compétences qui, dans un autre registre, relèveraient de qualités «  naturellement » associées à leur genre. Cette tension traverse les discours des personnes rencontrées, qui concilient difficilement leurs revendications en termes de compétences et de professionnalisme et la mobilisation de traits de caractère ou de qualités intrinsèques dans leur description du profil de l’aide-soignante type (bienveillance, empathie, patience, générosité, gentillesse, écoute, observation, etc.). »

Référence :

http://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/dd05.pdf

Publié dans gériatrie, soignants, aidants

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