Affaire Vincent Lambert : le débat s’éternise

Publié le par Bernard Pradines

Une manière de considérer ce débat pourrait être la suivante : nous assistons à une mutation majeure, celle de la décision médicale exclusive contestée au nom de l'autonomie des patients. Sauf que quelqu’un doit malgré tout décider, en actes ou en abstention, in fine, en particulier quand le patient ne peut pas s’exprimer et qu’il ne l’avait pas fait auparavant.

Probablement, on ne s'est pas rendu compte à quel point certaines décisions sont aussi difficiles. Bien que je n’aie pas eu à considérer ce type précis de situation pathologique, je ne suis pas mécontent de voir enfin partagé ce "pouvoir médical" lors de la fin de la vie, tant les décisions furent complexes et pesantes pour le praticien que j'étais.

Publié dans fin de vie, euthanasie, éthique

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valerie monteillet 29/07/2014 20:58

de plus je crois savoir que Vincent était infirmier ne voulait pas de poursuite de soins pourquoi est ce si difficile est il humain de le laisser survivre de la sorte ? je ne crois pas mon experience de reanimation me permet de penser le contraire

Pradines 28/08/2014 14:47

Merci pour votre commentaire. Je serais curieux de votre développement éventuel autour de votre proposition de "dépoussiérage". Rappel : ce blog est de libre expression et vous pouvez proposer aussi un véritable article.

HAU 28/08/2014 14:22

Infirmière à la retraite,je n'ai vécu que des acharnements thérapeutiques.Je déplore le manque criant de centres de soins palliatifs.Les soignants sont peu concertés dans les décisions médicales de fin de vie.La Loi Léonetti n'est plus en adéquation avec les choix de société actuels et mérite un sérieux dépoussiérage.

christophe Pacific 28/07/2014 10:28

C'est effectivement ce point sensible qu'il convient de bien considérer et l'importance qu'il revêt réellement : le poids de la décision.
Entre décider seul et décider à plusieurs, la responsabilité n'est pas la même. D'un côté le risque de décision abrupte ou de non-décision impacte seul l'individu concerné sur le plan juridique, d'un autre côté la décision consensuelle dilue non seulement la responsabilité sur le plan juridique mais plus encore sur le plan moral.
Il y a aujourd'hui une construction de la décision médicale qui a bien évolué et la loi Leonetti pose le fondement d'une juste mesure entre la décision individuelle et la décision collective : la procédure collégiale permet la rencontre des différentes logiques, le débat et la proposition de décision. Le médecin référent reste responsable de la décision définitive. Les juristes ont réussi à mon sens un début de rencontre entre le Un et le Tout.
Il reste à peaufiner cette rencontre qui doit viser le meilleur possible et ne pas tomber dans le pansement de consciences individuelles ou une dilution de moraline qui ne seraient fondées que sur de simples convictions.
la rencontre et le débat doivent viser un objectif de responsabilité et le schéma Léonetti est en adéquation avec ce concept. Je propose que cette procédure collégiale soit étoffée d'un cadre de réflexion, une démarche éthique qui reprend tous les items nécessaires à une réflexion responsable. Cette grille mérite d'être élaborée dans chaque établissement et diffusée dans les unités de soins. La démarche éthique doit imprégner toute la population institutionnelle de la Direction à tous les acteurs de soins.

Pradines 28/07/2014 11:15

Merci pour cette contribution. Oui, quoiqu’on en dise, la réalité du terrain est encore souvent l’abandon des décisions à un seul médecin. L’essentiel est donc à l’implication des médecins dans la démarche collégiale ainsi que celle des autres soignants. Des réticences sont manifestes, fondées sur la longueur et la complexité de la démarche (connaissance de la maladie et de son évolution, du malade, de sa famille, de la législation etc.). Sans compter avec les craintes juridiques irrationnelles. La formation, ici encore, est indispensable.