Résultats d’études concernant les personnes âgées : ne pas se faire biaiser !

Publié le par Bernard Pradines

Entreprendre une étude, par exemple dans le domaine de la maladie d’Alzheimer, est une chose sérieuse demandant des moyens importants. Autant dire que ces investissements peuvent être dispensés par des fonds qui ne sont pas désintéressés. A ce propos, on lira ou relira  l’éditorial récent d’Annie de Vivie sur le site AgeVillage. La vérification d’absence de conflit d’intérêt est donc indispensable, à condition toutefois qu’ils soient déclarés honnêtement par les auteurs.

La notion de biais est ici omniprésente. Ainsi, un biais de « recrutement » peut  consister à sélectionner deux échantillons de population qui ne seront pas comparables. Exemple : observer deux séries de population consommant ou non des benzodiazépines en les considérant comme identiques. Oui, mais le sont-elles vraiment en regard du risque recherché tel que celui de développer la maladie d’Alzheimer ? 

Interpréter les résultats d’une étude est un autre moment tout aussi délicat. Le bon sens populaire affirme que l’on peut faire dire ce que l’on veut à des chiffres. Pas tout-à-fait vrai si des méthodes d’analyse sont scrupuleusement respectées. Pas faux si des conditions rigoureuses ne sont pas requises.

De nombreux facteurs potentiels  d’erreur sont possibles tels que la « causalité inverse » : les benzodiazépines font elles tomber les personnes âgées ou bien les chutes inquièteraient-elles les personnes âgées au point de les amener à demander plus souvent la prescription de ces substances ?

Les facteurs de confusion –encore qualifiés de confondants- sont aussi au rendez-vous des pièges qui nous sont tendus. Un exemple nous est donné par une étude ayant conclu au rôle protecteur du travail prolongé sur la maladie d’Alzheimer. Dans le même registre expéditif  concernant les « inactifs », attention aux mélimélos dans le style suivant : vivre de plus en plus longtemps ne présenterait pas d’intérêt biologique. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de fonction sociale après celle de grand-parent (Juliana Antero-Jacquemin, Fréquence M le 25 août 2014).

Ainsi, pour parler comme les professionnels, la méthodologie de l’étude et les interprétations des résultats, en particulier dans leurs dimensions statistiques, doivent être menées scrupuleusement et sans a priori quant aux conclusions. Il s’agit ici du respect éthique d’une démarche complexe qui n’est pas forcément accessible à un public non averti et même à beaucoup d’acteurs de la santé.

Il convient aussi de se demander si les résultats  sont ceux qui étaient recherchés et attendus par les initiateurs de l’étude. Une phrase telle que « nous avons voulu vérifier notre hypothèse » doit éveiller l’attention, même si cela ne préjuge pas forcément que l’étude doive être invalidée.

Enfin, des titres accrocheurs dans les médias tels que « victoire sur la maladie X » ou « tel aliment prévient la maladie Y » ou encore toute autre considération sensationnelle suspecte d’être publiée pour plaire au lecteur et donc vendre du papier doivent rendre pour le moins circonspect.  

Publié dans éthique

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