PARO : pragmatisme ou réticences philosophiques et éthiques ?

Publié le par Bernard Pradines

Image issue du site : http://www.linternaute.com/nature-animaux/bebes-phoques-l-arctique-tendrement/sauvons-les-bebes-phoques.shtml

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Louis Lacaze (dit Papi) nous a instruits récemment de la robotique en gériatrie. Voir l’article sur ce thème.  (http://free.geriatrics.overblog.com/2015/09/robotique-et-geriatrie-une-tendance-deshumanisante-pourtant-serieusement-envisagee.html)

Désormais, la robotique est censée imiter un animal. PARO, le robot-phoque initialement conçu au Japon, débarque en France.  Vêtu d’une fourrure agréable à caresser, il est capable de se mouvoir et d’émettre des sons inspirés des vrais cris des bébés phoques. Vous savez, ceux pour qui nous éprouvons tant de compassion et de culpabilité lorsque nous voyons avec effroi le sort qui leur est réservé.

PARO  ne souffre pas comme nombre de ses congénères vivants mais il n’éprouve pas de plaisir non plus. Il ne mange pas, ne boit pas, bref il ne possède aucune de nos fonctions physiologiques. Il n’éprouve pas de douleur. Il ne meurt pas comme un être vivant car il est un objet qui sera jeté après usage. Il est le produit d’avancées considérables de la science dont on ne sait pas ici s’il faut les qualifier de progrès. Il est le révélateur de capacités de projection de nos sens et surtout de nos sentiments sur un objet animé par des microprocesseurs et bourré de capteurs sensibles à des forces physiques et à des sons. Un objet et non un animal, ce qui peut être de prime abord considéré comme une tromperie du fait de son apparence; il est fort à parier que les réticences les plus grandes viendront de l’entourage des patients ainsi abusés avant  d‘être celles de ceux-ci.  Un poupon ou une peluche animée, est-ce acceptable ?

Au moins si l’objet est présenté en tant que tel aux patients dans la mesure où les troubles cognitifs ne sont pas trop importants, ils sauront à quoi s’en tenir. Mais s’ils considèrent cet objet comme un animal lorsque leurs capacités de jugement sont perturbées, devons-nous nous en réjouir avec eux ? Admettre qu’un animal réel pourrait souffrir auprès de nos anciens ?

 En tous cas, un des mérites de PARO, surtout en cas de réussite individuelle, est bien de souligner le défaut de présence réelle, humaine ou animale, auprès de la personne âgée. Une délégation technique en quelque sorte, masquant l’indigence d’un réconfort humain.

Les habituelles questions posées par toute nouveauté ne seront pas absentes : la gestion d’un tel dispositif ne viendra-t-elle pas accroitre la charge de travail ? Son prix d’achat et d’entretien n’est-il pas disproportionné aux bénéfices attendus ?

Mais ici, les questions vont bien au-delà. Catastrophe humanitaire et dépersonnalisation diront les uns. Victoire de la technologie diront les autres. Ne méprisons pas davantage nos résidents en les infantilisant encore davantage, diront les uns. Soyons pragmatiques et utilisons tout ce qui peut apaiser nos patients anxieux ou agités et « opposants » diront les autres.

Le débat est ouvert. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Sources :

http://www.phoque-paro.fr/

http://www.agevillage.com/actualite-11619-1-paro-la-peluche-experimentee-en-maison-de-retraite-pour-les-malades-d-alzheimer.html

Publié dans éthique

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C
Réglisse, mon Paro à moi.<br /> <br /> Je viens de prévenir ma petite chienne Réglisse que bientôt elle et ses collègues devront affronter une concurrence vraiment déloyale, l’invasion des Paro.<br /> <br /> Finis les honoraires du vétérinaire et du toiletteur.<br /> Finis les petits sacs pour déjections canines.<br /> Finie la corvée d’aspirateur.<br /> Fini l’achat de croquettes FIDO CROQ MIX.<br /> Finies les recherches d’hôtels où les Réglisse sont acceptées.<br /> Finie la corvée des promenades.<br /> <br /> Finies les histoires qui racontent qu’une petite chienne prénommée Réglisse fait le bonheur d’une vieille dame de 85 ans, ma mère.
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S
J'aimerai pouvoir dire que je suis pour ou contre de façon bien tranchée mais en restant centrée sur la personne, je ne peux pas. Si pour telle ou telle personne c'est objet devient transitionnel véritable pansement psychique et qu'elle souffre moins de sa situation. Alors... Il ne faut pas oublier qu'un objet ne renvoie rien si ce n'est que la projection de ce que nous voulons bien y voir. Dans une relation humaine, tout n'est pas rose et parfois l'autre (familial et/ou soignant) renvoie un émotionnel que la personne malade ne peut gérer. Alors... Ne jamais oublier de raisonner au cas par cas. D'observer ce que l'Autre me donne à voir et humblement dire qu'on fera mieux la prochaine fois. En tout cas c'est un avis.
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C
Dans une relation humaine, tout n'est pas rose et parfois l'autre (familial et/ou soignant) renvoie un émotionnel que la personne malade ne peut gérer.<br /> <br /> Et ce serait une raison suffisante pour lui créer un monde à la "Truman Show" où tout serait faux, lisse, à l'image de Paro?
P
Oui, Sandrine, là est la question. Nous ne sommes pas obligés de fournir un réponse à tout.. A nous de poser les problèmes, pas de les résoudre tous.
C
En tous cas, un des mérites de PARO, surtout en cas de réussite individuelle, est bien de souligner le défaut de présence réelle, humaine ou animale, auprès de la personne âgée.<br /> <br /> Un des mérites de PARO est egalement de souligner combien l'intelligence humaine est capable de créer des mondes de l'artifice. Pour ma part je ne suis pas étonnée que ce soient justement les unités dîtes " Alzheimer" qui soient les premières à succomber à ce genre d'illusion.
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Papi<br /> Paro arrive chez nous.<br /> Je me garderai bien de porter un jugement sur l’introduction de robots dans les établissements de santé, je comprends que le personnel soit constamment à la recherche de compromis permettant d’améliorer le confort des résidents dans la limite des crédits disponibles. Cette tendance n’est en somme que le prolongement électronique de l’utilisation de poupées que des personnes atteintes de démence légère exigent d’avoir constamment auprès d’elles. Une contribution est en attente de publication sur ce sujet. Par ailleurs La Dépêche vient de publier un article sur les poupées robots courantes en Thaïlande. Je suggère sa lecture : http://www.ladepeche.fr/article/2016/02/01/2267949-en-thailande-des-poupees-porte-bonheur-creent-le-trouble.html