Restrictions en médecine : une problématique urgente

Publié le par Christiane Réal

Restrictions en médecine : une problématique urgente

En cinquante ans, j’ai constaté les évolutions délétères suivantes dans un contexte d’augmentation considérable du nombre des personnes âgées :

- finies les visites à domicile,

- oubliées les connaissances de la famille et celle du lieu de vie,

- plus de secrétariats aux cabinets,

- coordination inexistante entre soignants,

- difficulté énorme d'obtenir les rendez-vous médicaux,

- passage au "tout virtuel" non accompagné.

Un exemple de ma quête personnelle.

J'appelle le cardiologue qui me suit. La secrétaire est incapable de me donner un rendez-vous. Elle me qualifie d'agressive au téléphone !

J'appelle alors l'hôpital d'un autre département ; je me heurte à un second refus de rendez-vous. Je suis sommée de fournir, préalablement à l'acceptation d'un rendez-vous par un autre cardiologue, un "dossier complet de ma pathologie" ! Sans omettre un courrier de demande de mon médecin généraliste... auprès de qui il m'est très difficile d'obtenir un rendez-vous.

Je doute que beaucoup de patients âgés et malades conservent ma détermination à être suivie par des médecins !

Je ne peux que constater ma difficulté à voir effectuer le simple suivi médical qui est indispensable à mon insuffisance cardiaque.

Encore ai-je la chance d'avoir toute ma tête. Il m'arrive toutefois d'oublier de prendre ma dose de médicaments quotidienne, malgré tous les efforts d'attention, à mon âge de bientôt 70 ans. Cela diminue un peu les dosages prescrits et ce n'est peut-être pas plus mal ? De toute façon, le cardiologue est loin de m’offrir l'attention nécessaire pour que je puisse l'en informer, voire en discuter.

Temps, temps, temps et écoute clinique manquent.

Commentaires de Bernard Pradines.

Dans ma ville d’Albi (Tarn), l’analyse de la pyramide des âges, plus particulièrement celle des médecins généralistes, montre que dans les cinq prochaines années la situation que l’on connaît aujourd’hui ne peut que s’aggraver. C’est ainsi qu’un tiers des médecins généralistes d’Albi doivent prendre la retraite dans cette même période.

En sus des difficultés décrites par Christiane Réal, les constats suivants ont été rapportés :

  • Un nouveau patient pourra être parrainé pour accéder à un médecin traitant.
  • La durée de la consultation peut être limitée à 15 minutes et à une seule plainte du patient. Au-delà, vous pouvez être prié de reprendre un prochain rendez-vous.
  • Une recommandation par un spécialiste peut s’avérer nécessaire.
  • Des personnes séjournant en EHPAD se retrouvent sans possibilité de soin par un médecin.
  • Trouver un dentiste peut être un parcours du combattant, pas toujours couronné de succès.
  • Les services d’urgence sont sollicités en lieu et place des médecins généralistes.
  • La désertification du Nord du département risque de faire craquer le système à l’horizon de quelques mois, les personnes de ces secteurs venant consulter à Albi.

Bien sûr, il serait injuste d’écrire que rien n’est fait pour atténuer cette situation. Les acteurs locaux se mobilisent, par exemple pour la création de structures censées être attrayantes pour les professionnels de santé. Toutefois, ce qui bénéficiera aux uns pourrait être ôté à d’autres. La vigilance demeure de mise. Surtout, l’orientation de la politique de santé vers la satisfaction des besoins de la population devrait être une priorité urgente. Ceci nous changerait d’une course à la rentabilité, pour ne pas dire aussi au profit. Le livre « Les Fossoyeurs » et l’émission de Cash Investigation du  1er mars 2022 sont instructifs à ce propos dans le domaine de l’accompagnement des personnes âgées vulnérables.

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