Quand un conjoint part en maison de retraite

Publié le par Louis Lacaze

Quand un conjoint part en maison de retraite

Le départ de son mari en maison de retraite représente toujours pour l’épouse un moment difficile. Il peut signifier une libération du fardeau souvent écrasant des soins mais il peut s’accompagner de souffrances : anxiété, sentiment persistant de culpabilité, dépression. La mise en EHPAD est souvent considérée comme un abandon de responsabilités auxquelles l’épouse ne devrait pas renoncer, les époux s’étant engagés à se soutenir en toutes circonstances tout au long de leur vie. Les conjoints sont considérés comme plus responsables que leurs enfants qui ont de leur côté un travail, une famille et sont moins susceptibles d’avoir partagé un domicile commun avec leurs parents pendant les dernières décennies.

Une étude a montré que les épouses rendaient visite à leurs maris placés en maison de retraite au moins une fois par jour, bien plus souvent que les autres membres de la famille.  Au cours des années passées elles se sont occupées de leurs enfants, parents et souvent beaux-parents avant que leur mari ait besoin d’aide : une forme de continuité. Elles contribuent souvent aux soins de leur époux, son alimentation, sa mobilité, ses activités proposées. Cet apport constitue une forme de main-d’œuvre supplémentaire gratuite et officiellement ignorée.

Les sentiments d’épuisement, d’anxiété ne sont pas automatiquement effacés par un départ en maison de retraite. L’épouse peut redouter les visites tout en les appréciant. Au sentiment de culpabilité se mêle de l’inquiétude : « est-il aussi bien soigné que lorsqu’il était à la maison ?» Se retrouver dans une maison vide où tout rappelle le souvenir de sa présence peut devenir traumatisant. Pour proposer une forme d’apaisement, des suggestions peuvent être retenues :  espacer légèrement les visites, d’autant plus qu’un résident atteint de démence ne se souviendra pas de leur nombre ou de leur durée et peut ne pas reconnaitre la visiteuse ; lutter contre le risque de solitude en entretenant un réseau de relations ; avoir recours à la médecine le cas échéant.

Il n’y a pas de lendemains heureux dans cette situation.

Commentaires de Bernard Pradines. Cette situation américaine est comparable à la nôtre. Il me semble que l’accompagnement humain est l’élément le plus important dans la perspective de l’apaisement de la conjointe ou du conjoint. Je suis moins convaincu par des conseils directifs tels que celui d’espacer les visites. Il convient surtout d’avoir une vision claire des raisons qui amènent chaque mois des milliers de français à entrer en EHPAD. On peut estimer que c’est le cas pour 12 000 à 13 000 personnes dont environ 9000 femmes. Bien connaitre ces raisons permet une meilleure compréhension des situations collectives et individuelles ; c’est à mon sens la première garantie d’un accompagnement plus efficace de la famille de la personne concernée.

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L
MC Montandon le dimanche 13 octobre 2024 à 15:04 sur La rage silencieuse des aidants<br /> <br /> Cet article reflète assez la réalité des conjoint(e)s de personnes institutionnalisées. En revanche, l'avoir exclusivement mis au féminin me gêne. Les maris viennent aussi et, avec souvent (ce que j'ai pu observer à travers ma pratique) un sentiment de reconnaissance plus fort, notamment parce que l'épouse a pris soin du mari, des enfants, des petits-enfants.<br /> <br /> Par ailleurs, les femmes de l'ancienne génération n'ont pas toujours le permis de conduire, elles sont donc tributaires d'un chauffeur, d'un moyen de transport. Dans les zones rurales, c'est une difficulté supplémentaire pour venir en visite.<br /> <br /> Laisser ces aidants, venir en toute liberté visiter leur proche et leur laisser, encore, un rôle dans les soins me paraît indispensable. En effet, après s'être investi corps et âme, les dépouiller en totalité de leur rôle d'aidant, c'est briser, en quelques sorte, l'identité qu'ils se sont construite au sein de la famille et de la société.<br /> <br /> Louis Lacaze<br /> <br /> « Cet article reflète assez la réalité des conjoint(e)s de personnes institutionnalisées. En revanche, l'avoir exclusivement mis au féminin me gêne ».<br /> MC Montandon<br /> <br /> Mea culpa, si j’ai eu au fil des ans l’occasion de rencontrer bon nombre d’épouses aidantes au cours de mes visites en EHPAD je n’ai croisé qu’un seul mari. Cette expérience et la littérature sur le sujet ont laissé leur marque. <br /> Je proposerai prochainement au Dr Pradines un nouveau texte où je relève quatre points litigieux : dois-je rendre unisexe les mots « auteur », « interlocuteur» ? L’utilisation des parenthèses « plongé(e) », « un(e) proche » ne donne-t-elle pas au texte un caractère administratif ? Toute suggestion sera la bienvenue.
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