La solitude de l’aidante.

Publié le par Papi

S’il existe une abondante littérature sur la solitude des personnes âgées, celle des aidants bénévoles est loin d’occuper le devant de la scène. La section britannique de la fondation Calouste Gulbenkian a publié une importante contribution sur ce sujet. En voici quelques extraits. Le personnel aidant étant en grande majorité féminin, le terme d’aidante a été retenu.

Les aidantes - en particulier celles qui doivent cesser d’exercer une activité professionnelle - peuvent avoir l’impression de perdre leur identité, de devenir invisibles. Les collègues, les amis font quelques visites puis disparaissent. Le monde se rétrécit subitement. Elles peuvent avoir l’impression de n’être plus qu’une ombre, de cesser d’exister.

Pour vaincre ce sentiment de solitude, une évolution des mentalités s’impose. Le contraste est grand entre la joie générale qui accompagne une naissance et le silence qui pèse sur l’aidante d’une personne âgée. Ce silence peut se briser de différentes façons.

Le médecin ne s’intéresse pas seulement au malade mais vous demande comment vous vous sentez. Votre employeur aménage votre temps de travail et prend le temps d’avoir une véritable conversation avec vous. Le pharmacien ne se contente pas de livrer les médicaments mais vous pose des questions sur votre santé. Des conversations avec d’autres aidantes vous donnent l’impression d’être comprise et de faire partie de toute une communauté.

Ce soutien psychologique doit fréquemment s’allier à un soutien matériel, la situation financière de l’aidante pouvant présenter des problèmes qui pourront être portés à l’attention de la famille et des services sociaux.

Lorsqu’une aidante voit sa fonction interrompue, elle sait qu’un changement va  intervenir dans son mode de vie mais elle se retrouve seule, isolée, ne sachant comment occuper ses jours devenus libres. Elle aura besoin de temps, d’un accompagnement pour s’ajuster à une nouvelle existence.

Source

http://www.gulbenkian.org.uk/news/news/255-Alone-in-the-crowd--essays-on-loneliness-in-a-changing-society.html

La solitude de l’aidante.

Publié dans aidants, solitude

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C
vivant au quotidien, la fonction et la réalité "d'aidante", je ne peux que souscrire au contenu de votre article. néanmoins ce dernier me suggère quelques remarques:
Le choix du mot " aidant" ne me semble pas être des plus heureux car appartenant , du moins me semble- t-il à un vocabulaire trop spécifiquement " medico- social".
Concernant l'aide en direction des aidants , pas mal d'initiatives se développent de parts et d'autres ne serait- ce qu'au niveau des départements avec, il est vrai sans doute , des inégalités géographiques. Loin de moi l'idée de fustiger la ou les respirations apportées par ces initiatives mais il me semble que ces dernières ne doivent pas faire oublier que la première solitude , la première détresse sont vécues d'abord par les malades eux- mêmes. J'ai le sentiment diffus que pour un nombre négligeable de professionnels " médico- sociaux ", l'aide psychologique a apporté aux malades eux - mêmes sort peu à peu des radars de contrôle
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P
Votre approche est intéressante. Je vais essayer de dire avec mes mots comment je la comprends. Les soignants ont d'abord été formés pour avoir une compétence professionnelle. Cette disposition s'entend essentiellement comme une approche technique irréprochable. De manière à respecter les rôles de chacun, une règle implicite est posée : la dimension affective doit être laissée à la famille dont il ne faut pas disputer la place dans ce domaine.
Ces considérations tiennent à des positions culturelles qui dépendent de l’idée que l’on se fait du rôle des uns et des autres. Illustration : si la famille est absente, il devient tentant de l’accuser d’avoir abandonné son parent. Si elle n’est pas aimante, le reproche est prêt à pointer son nez. De plus, avoir des attitudes affectives envers son patient peut être préjudiciable à un soignant confronté au deuil perpétuel d’une relation éphémère. Sans compter avec le risque de favoritisme envers tel ou tel patient. La suspicion de l’ambiguïté des sentiments peut même venir pointer son nez dans cette relation qui se doit toujours « professionnelle » afin de bien la distinguer de la relation intime.
Le psychologue (ou le plus souvent la psychologue) peut se trouver à la croisée des chemins. Elle entend le sujet au-delà de sa maladie. Autant dire que sa place, nouvelle en EHPAD, n’est pas facile.
C
« Vous avez raison de souligner l'effacement du malade devant le rôle de l'aidant familial qui ferait seul l'objet des sollicitudes. Il n'est pas difficile de déceler ici une arrière-pensée d'économiste qui professionnaliserait la famille afin de ne pas ou peu impliquer la solidarité collective. »
Je ne voyais pas les choses comme ça. Je souhaitais juste souligner qu’en réponse au désarroi des malades encore aptes à mesurer chaque jour que leurs propres ressources cognitives diminuaient, les professionnels de santé apportaient certes une réponse médicamenteuse pour soulager leur souffrance mais ne leur proposaient pas, en complément de cette prise en charge un soutien psychologique.
Quelques uns d'entre eux, du moins me semble – t-il, ont trop tendance à " renvoyer la balle " aux aidants naturels », considérant que la demande formulée pour la personne de leur entourage n’est autre que la manifestation de leur propre désarroi et si l'aidant refuse , jugeant que la priorité est ailleurs, ces mêmes professionnels déduisent trop rapidement que « l'aidant- est- dans- le- déni- de sa- propre- souffrance » .... Et là le risque est grand de flirter avec les considérations registre « psychologie de super- marché » inhérent malheureusement à bon nombre de professionnels du secteur " médico- social".
Pour terminer une citation d'Oscar Wilde
" Mon Dieu, épargnez- moi les souffrances physiques, les morales? ... je m'en charge"
P
Oui, Constance, il y a là de vrais dangers. D'abord celui de considérer que les aidants "naturels" sont encore représentés par la famille. Ceci n'est pas évident. Ce terme de "naturel" pourrait bien devenir à l'avenir la désignation des professionnels qui seraient alors naturellement appelés auprès des personnes malades. Mais nous en sommes loin.
Vous avez raison de souligner l'effacement du malade devant le rôle de l'aidant familial qui ferait seul l'objet des sollicitudes. Il n'est pas difficile de déceler ici une arrière-pensée d'économiste qui professionnaliserait la famille afin de ne pas ou peu impliquer la solidarité collective.
Merci pour votre participation.