Les thérapies relationnelles (3/4)

Publié le par Bernard Pradines

Lors de la maladie d’Alzheimer, au-delà des dimensions cognitives et motivationnelles défectueuses, l’affectivité est souvent non seulement intacte mais éventuellement accrue.

Mon hypothèse : ce serait bien le plaisir d’être ensemble qui est communicatif, quelle que soit la technique utilisée. Je postule que ce serait surtout ce qui passionne celle ou celui qui propose une activité qu’elle ou il affectionne, qu’elle ou il souhaite partager, qui permet de se retrouver ensemble de manière plaisante. Cette rencontre agréable serait le premier facteur explicatif de l’ubiquité [1] des satisfactions recueillies. Dans cette rupture du lien que crée la maladie, étymologiquement cette aliénation, tout rapprochement interindividuel n’est-il pas en soi thérapeutique ? Des travaux d’imagerie tendent à démontrer la réactivité cérébrale à la musique et même un remodelage de cet organe [2]. Au-delà des hypothèses neurobiologiques sur les effets de la musique je suspecte donc que c’est le plaisir d’être ensemble qui est perçu par le malade au travers de l’évocation de tel ou tel sujet ou de la participation à telle ou telle activité. Une félicité en contraste et en rupture avec la gêne qui éloigne les amis et parfois les proches, un embarras qui questionne même les soignants les plus expérimentés. Pour employer un néologisme, nous voici dans une sorte de ré-affiliation dans le contexte d’une maladie qui dérange, isole et exclut.

Ainsi, au cours de ma carrière, ai-je vus les objectifs évoluer : limités au début à des soins dits de nursing, c’est-à-dire à nourrir et laver avec une qualité relationnelle facultative, ils eurent ensuite l’ambition d’une inaccessible amélioration durable des capacités cognitives puis de la préservation de la qualité de vie du malade et des aidants. Ce dernier stade conceptuel est à présent en voie d’être complété par la recherche du plaisir de la personne malade et de son entourage dans cette période souvent si difficile de leur vie. A suivre …

 

[1] Ubiquité. Définition du dictionnaire Larousse : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/ubiquit%C3%A9/80421

[2] Par exemple : Altenmüller E, Schlaug G. Apollo's gift: new aspects of neurologic music

therapy. Prog Brain Res. 2015;217:237-52. doi: 10.1016/bs.pbr.2014.11.029. Epub

2015 Feb 11. Review.

 

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