A propos du passage trop fréquent par les Urgences des patients en soins palliatifs

Publié le par Bernard Pradines

A propos du passage trop fréquent par les Urgences des patients en soins palliatifs

 

Une infirmière de réseau de soins palliatifs témoigne :

 
Ce passage est souvent incontournable malgré de nombreuses bonnes volontés qui bataillent pour un meilleur accueil et un transfert direct en chambre d’hospitalisation. Pourquoi ?
La politique actuelle des établissements est celle du passage par les Urgences !
C'est parfois le patient qui le souhaite.
C'est parfois la situation du médecin traitant, absent, en difficulté, débordé, ou pour d’autres raisons qui rend nécessaire une hospitalisation. L'appel à un confrère (médecin du réseau)  lors d'une situation de crise dépendra des relations établies lors de l'inclusion dans le réseau de soins palliatifs. Tout ce qui aura pu être dit et anticipé sera positif.
Ce sont aussi parfois les infirmiers qui font défaut.
Ce sont les réseaux de soins existants qui sont peu fournis en personnel. Y compris les équipes mobiles de soins palliatifs, réduites dans certains établissements à un équivalent temps-plein (ETP) d’infirmier et un ETP de psychologue ! Pourquoi, n'y a-t-il pas obligatoirement un médecin ? Pourquoi le temps dédié n'est-il pas complet ? L’interdisciplinarité n’est-elle pas le fondement des soins palliatifs ? 
Des médecins référents libéraux peuvent intervenir par dérogation tarifaire. Toutefois, lorsqu'ils sont en consultation, c'est très compliqué d'aider un confrère et impossible de se rendre chez le patient pour une réunion conjointe. Pas de temps dédié et tout ce qui peut être fait revient souvent à du bénévolat épuisant.
Pour la coordination infirmière sur un secteur, on peut trouver des lieux où il n’existe qu’un 0,9 ETP, un petit temps médical sur deux secteurs de 0,2 ETP, pas de temps de psychologue salarié, un temps d'assistante sociale sur le département. Ce ne sont pas des non-médecins qui pourront régler les problèmes médicaux. Par contre, ils récupèreront la colère et la souffrance des personnes concernées. Il n’est pas rare d’entendre des remarques telles que : «mais à quoi vous servez-vous ?»
Quant à la feuille de liaison avec le SAMU, établie depuis de nombreuses années, elle rendait bien des services en termes de liaison, d’anticipation et de réassurance des familles ainsi que des équipes exerçant au domicile ou en EHPAD. Elle a été suspendue par le Conseil de l'Ordre des médecins pour des raisons de «confidentialité». Des discussions à ce propos ont eu lieu et nous espérons qu’elle sera rapidement fonctionnelle à nouveau. Cela fait seulement six mois qu’elle est suspendue...
Enfin, il n’y a pas de financement pour la continuité des soins, donc pas d'astreinte pour le réseau.
Oui, de grandes améliorations, incluant un meilleur maillage, restent à poursuivre, accompagnées  des moyens qui sont plus que nécessaires, si toutefois nous voulons développer la culture des soins palliatifs. 
Des maisons d'accompagnement comme il en existe une à Besançon, «Carpe Diem» seraient une alternative à l'hôpital et à la solitude des personnes en fin de vie.

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