La dignité est-elle ontologique ?
Un peu de philosophie pour changer.
Eric Fiat, philosophe, écrit dans « la Croix » le 30 mars 2018 :
« Les morales d’inspiration chrétienne et kantienne n’ont en effet jamais été incompatibles, comme on l’a cru au moment de la séparation de l’Église et de l’État. Leur point commun, c’est l’idée qu’il y a quelque chose d’indisponible dans l’homme : tout homme est porteur d’une dignité absolue, intrinsèque et inaliénable. Pour le christianisme, cette dignité vient du fait que l’homme est à l’image et à la ressemblance de Dieu. Pour Kant, de la loi morale qui se trouve en lui. »
Poser la dignité comme intrinsèque, ontologique, immanente, c’est la sacraliser, lui donner un statut spécial, détaché des impératifs de l’individu réel, biologique et social. Ferait-elle partie d’une âme immatérielle ? Appeler au respect de cette dignité est certes une avenue commune de l’humanisme moderne. Eviter que la dignité soit bafouée comme l’était l’âme niée des damnés et autres hérétiques peut rassembler aujourd’hui toutes les femmes et les hommes épris de bienveillance pour autrui. Pourtant, entre autres innombrables crimes, que pesa récemment la dignité des Juifs et des Tziganes face à la négation de leur humanité ? De quel secours fut un appel à la raison vis-à-vis de leurs bourreaux ?
La dignité est-elle donc absolue ou bien concrètement définie relativement à des lieux et à des temps donnés de l’aventure humaine ? Si cette approche est correcte, nous humains demeurons totalement responsables du respect d’autrui. Aucune entité distincte, abstraite, posée de principe, performative, ne viendra nous aider pour justifier que nous soyons des victimes ou des bourreaux, que nous devions pardonner ou être pardonnés.
Si la relation de ce thème avec l’accompagnement des personnes âgées vous semble lointaine, je veux bien vous parler à nouveau de maltraitance institutionnelle ou non, ou encore de bienveillance, de suicide assisté ou d’euthanasie des vieillards.
