Attention dérive !

Publié le par Bernard Poch

Bernard Poch est psychogériatre, membre du Collège éthique Village landais Alzheimer

Bernard Poch est psychogériatre, membre du Collège éthique Village landais Alzheimer

La soudaineté et la violence de l’irruption du coronavirus en EHPAD en début d’année 2020 a amené certaines équipes à s’auto-confiner pendant plusieurs semaines dans leurs établissements pour éliminer le risque de faire entrer le virus et protéger ainsi au mieux les résidents.

Des réactions tout à fait favorables à ce type d’initiative se sont exprimées en louant l’investissement de ces équipes.

Pourtant ces initiatives d’auto-confinement ne sont pas anodines. Elles méritent quelques interrogations.

Des soignants ont considéré que, pour assurer totalement leur mission professionnelle, il fallait aller jusqu’à se confiner soi-même avec les résidents. Quitte à reléguer au second plan leur vie personnelle et familiale.

Manifestement, pour ces personnels, il s’agissait d’une démarche naturelle, spontanée, témoignant de leur dévouement et de l’attention portée aux résidents.

Mais peut-on considérer qu’il soit raisonnable et justifié de mettre à ce point l’exigence professionnelle au premier plan dans la vie d’une personne ?

Il faut dire que depuis trop longtemps on abuse de la forte implication et de l’engagement profond des soignants dans leur métier en leur demandant toujours plus, et ceci aussi bien en EHPAD qu’à l’hôpital.

C’est peut-être aussi pour combattre une certaine culpabilité, souvent entretenue, que ces équipes ont choisi cet auto-confinement pour se convaincre de bien faire.

Il va de soi que les résidents et sans doute leurs familles étaient ravis de ce type de solution.

Pour autant, peut-on estimer qu’il s’agit là d’une démarche à encourager et à envisager en situation de crise ?

C’est avant tout la situation préoccupante de ces établissements, largement dénoncée l’an dernier, avec des moyens humains et matériels inadaptés face à ce sévère contexte épidémique qui a poussé ces équipes désemparées à un mode de solution certes généreux mais discutable sur le fond.

Qu’est-ce qui a amené ces soignants à croire qu’il était naturel de s’engager aussi loin pour remplir au mieux leur office professionnel ?

C’est cela qui devrait nous interroger et qui pointe un type de relation soignante où l’aspect fusionnel est peut-être trop présent.

A noter enfin que beaucoup d’établissements, sans arriver à ce comportement extrême, ont évité aussi une entrée massive du virus et souvent sans pratiquer un confinement en chambre de façon stricte, mais en adoptant une organisation parfaitement efficace et réfléchie où le résident à protéger était maintenu activement dans une dynamique de vie et de lien social.

Décidément cette pandémie et ses conséquences devraient être l’occasion de multiples réflexions et analyses a posteriori. En particulier on voit bien que le concept actuel de l’EHPAD est à repenser.

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G
reflexion que je partage ; si nous avons pu saluer cette manifestation d empatjie ponctuelle , cette attitude ne serait etre encouragee .Pour un bon equilibre psychologique les spheres privee et familiale doivent etre maintenues<br /> dr guillet
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