Chercher à réduire le risque de covid-19 plutôt que de vouloir l’éliminer

Publié le par Louis Lacaze

Chercher à réduire le risque de covid-19 plutôt que de vouloir l’éliminer

Geripal demande à Monica Gandhi, infectiologue, professeur de médecine, pionnière de la recherche sur le VIH, ce qui a bien pu l’amener à présenter une publication sur la covid-19 alors que le sujet est surabondamment traité. Sa réponse est nette : des points communs existent ; dans les deux cas, la peur est le moteur principal. Si diminuer la contagion incite à supprimer un maximum de contacts dans la population, cette démarche drastique est inapplicable à long terme. Contre le sida, déconseiller toute forme de relation sexuelle fut irréaliste ; imposer un confinement strict d’une durée incertaine contre la covid-19 se heurterait à la lassitude de la population et serait tout aussi irréaliste.

Avec l’arrivée de vaccins remarquablement efficaces, la peur cesse d’être le moteur principal. Les anticorps générés vous protègent et protègent vos voisins, votre risque de les contaminer baisse de 96 à 100%. Des recherches récentes ont détecté la formation de cellules mémoire T, des lymphocytes témoignant d’une immunité cellulaire de longue durée ; ainsi, des biopsies de ganglions lymphatiques ont révélé la formation de cellules mémoire susceptibles d’avoir une durée de vie de 90 ans. Par ailleurs le SARS-CoV-2 ne mute pas de la même manière que le virus de la grippe, le vaccin conservant durablement son efficacité face aux divers variants.

Refuser le vaccin impliquerait le port systématique du masque avec une protection toute relative s’il n’est pas correctement mis en place sans parler de son inconfort, de la limitation conséquente des interactions sociales. Le vaccin permet de chasser la peur et de retrouver une vie sociale normale. Descartes pensait que le bon sens était la chose la mieux partagée mais précisait : chacun pense en être bien pourvu, en particulier ceux qui sont les plus difficiles à contenter en toute chose. Les réfractaires à la vaccination appartiennent à cette catégorie, le philosophe leur conseille de rechercher avec rigueur et méthode la vérité dans la science. Qu’ils ne reculent pas devant l’effort demandé !

Commentaires de Bernard Pradines :

La science, elle, comporte souvent une part d'incertitude, une évolutivité parfois déroutante. Par exemple, à la lumière de données très récentes, je serai plus nuancé quant à l'efficacité correctement conservée de la vaccination contre le Delta par rapport aux autres variants précédents.

Ainsi, les temps actuels d'urgence sanitaire conjuguée à l'acquisition progressive des connaissances nous montrent une reviviscence d’un conflit que l’on aurait cru disparu. Celui qui a opposé pendant des siècles les verbes « savoir » et « croire », les Lumières et l’obscurantisme, la démarche rationnelle et les spéculations hasardeuses. Avec une note de nouveauté : l'aspect pseudo-scientifique parfois porté par d'anciens acteurs reconnus dans leur domaine mais en soif de notoriété. Ainsi, avec leur poids multiséculaire dans  notre culture, les réactions irrationnelles n’ont pas dit leur dernier mot. Au point d’atteindre l’ignoble : celui de considérer les non-vaccinés comme portant une étoile jaune, une marque qui a amené des millions d’innocents à la mort dans des conditions horribles. C’était pourtant presque hier. Il fallait le faire ; il y eut des personnes pour le faire.

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Publié dans Covid-19, prévention

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Louis Lacaze 31/08/2021 14:44

Avec sa courtoisie habituelle alliée à son souci de rigueur le Dr Pradines nuance fortement mon texte, autrement dit me tape sur les doigts. Je plaide coupable de négligence, je n’ai pas mis à jour le contenu d’une interview du 21 juin avant sa publication fin août alors qu’il n’est plus totalement d’actualité.
Quelles leçons peut-on en tirer ? Que les plus grands spécialistes peuvent se retrouver dans l’erreur face à l’avancée incessante de la recherche sans que leur bonne foi puisse être mise en doute. Par leur présence constante devant les médias beaucoup finissent par créer une cacophonie qui désoriente le grand public et déclenche chez lui un manque de confiance systématique alors que l’information ne peut avancer que dans un climat de sérénité.
Le Dr Pradines publiera prochainement Une époque formidable, article soulignant la complexité du travail de recherche scientifique, un texte à ne pas manquer.

Bernard PRADINES 03/09/2021 11:13

Louis Lacaze écrit : "Je plaide coupable de négligence, je n’ai pas mis à jour le contenu d’une interview du 21 juin avant sa publication fin août alors qu’il n’est plus totalement d’actualité.". Je n'ai pas la même perception que Louis Lacaze de cette publication. Il me semble totalement justifié. La seule précaution introduite par mon commentaire est celle de la critique indispensable qu'un blog digne de ce nom peut formuler vis-à-vis des opinions émises ici ou là. Encore merci de nous avoir rapporté ce texte.