Commencez par agir, vous réfléchirez plus tard

Publié le par Louis Lacaze

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Gouverner c’est prévoir, exercice particulièrement difficile dans le contexte d’une pandémie hautement létale d’une ampleur inconnue depuis la grippe dite espagnole. Les pays ont réagi suivant leur expérience dans des domaines comparables, selon leurs usages et leurs valeurs. En France par exemple a été créé un comité composé de médecins, de philosophes, de scientifiques, chargé d’examiner les problèmes d’éthique soulevés par l’application des moyens de lutte contre la covid-19.

En France comme ailleurs, l’examen des mesures prises montre qu’en priorité les gouvernants ont cherché à établir un équilibre entre une lutte efficace contre le virus, les moyens financiers disponibles et le maintien d’une certaine activité économique, alors que les considérations, soit épidémiologiques, soit purement éthiques passaient au second plan. En Allemagne, on a envisagé que les occupants des centres d’accueil d’immigrants soient isolés dans des chambres individuelles pour diminuer les risques de contagion. Or ils y ont été maintenus en arguant qu’ils constituaient de fait des unités familiales. En France, les divergences entre les politiques, les psychologues, les économistes et les professionnels de santé accompagnées d’atermoiements sont restées dans toutes les mémoires.

Le Dr Kayvan Bozorgmeh, cité ci-dessous en lien, marque la différence entre la morale qui recommande le respect d’un ensemble de valeurs et l’éthique qui interroge sur le bien-fondé du choix de mesures à prendre et sur la possibilité de les concrétiser. Pour lui l’éthique n’a sa place qu’en dehors des situations d’urgence. Une fois l’évènement terminé, il sera alors possible de découvrir les tenants et aboutissants des mesures prises, à partir d’une réflexion rationnelle, pragmatique prenant en compte la diversité des critères éthiques, culturels, moraux rencontrés à l’échelle à l’échelle mondiale.

Actuellement le pouvoir de décision appartient aux politiques qui, pour être crédibles, doivent inspirer une confiance absolue soit par la contrainte dans les pays totalitaires, soit par une force de conviction dans les démocraties en s’appuyant sur des experts unanimes et incontestés, ce qui bien souvent semble relever du domaine de la quadrature du cercle.

Commentaires de Bernard Pradines. Oui, il s'agit bien en France d'abord d'un problème de défiance. Ce sentiment est puissant, ancien, et ne sera pas changé du jour au lendemain. En témoignent par exemple des aspects aussi différents que l'abstention massive lors de certaines élections ou bien le développement de médecines parallèles non validées.

Sources :

Kayvan Bozorgmeh The Lancet Power of and power over COVID-19 response guidelines

The COVID-19 pandemic has shown that ignorance or political influence of scientifically grounded health policies does not pay off.

Henri-Corto Stoeklé et al The Lancet The COVID-19 pandemic: a time for ethical reflection?

Kayvan Bozorgmehr highlighted the need to bring ethical reflections into the debate about guidelines on managing the COVID-19 pandemic.

 Indeed, Bozorgmehr poses questions about the medical and moral pertinence of the public health policy implemented in Germany since the start of the COVID-19 pandemic, particularly concerning the management of migrants.

Henri-Corto Stoeklé  et al COVID-19: Act First, Think Later

In France, the Ministry of Health has requested the intervention of the national ethics committee (CCNE) in the face of the COVID-19 epidemic. However, now really isn’t the time for ethical reflections.

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