C’était mieux avant

Publié le par Bernard Pradines

C’était mieux avant

Ceux qui ont côtoyé les personnes âgées et surtout très âgées ne me démentiront pas. Combien de fois avons-nous entendu de leur bouche un scepticisme blasé ? « Chaque guerre a son secret, tu en verras d’autres » me disait souvent mon oncle qui avait passé cinq ans en Prusse Orientale aux frais bien parcimonieux du Troisième Reich. Que d’espoirs déçus, que de regrets. L’explication peut nous en sembler limpide : confrontée à son affaiblissement, la personne âgée se remémore le temps de ses performances qui correspondent à notre idéal de société : le looser n’y a pas sa place. Cependant, le winner, économique, politique, sportif, scientifique ou autre, est montré en exemple, diffusé par les médias, glorifié. Que ne sommes-nous fiers des résultats scolaires de nos petits-enfants ! Autre cause qui vient immédiatement à l’esprit : la perspective de la fin de la vie, de la disparition. Si je suis centré sur moi-même, peu sociable ou tout simplement isolé, si donc ma vie n’a plus de valeur à mes yeux, comment ne pas être pessimiste ?

Pourtant, un chercheur chinois introduit une autre piste de réflexion et d’observation : il examine le phénomène répandu des récits de déclin dans les sociétés humaines, où le passé est idéalisé comme un « âge d'or » caractérisé par une abondance, une force, une longévité et des pouvoirs surnaturels extraordinaires, par opposition à un présent défaillant. En s'appuyant sur des données ethnographiques, historiques et psychologiques, il explore les manifestations culturelles et les fondements cognitifs de ces récits.[1]

L'analyse met en lumière le rôle des biais cognitifs. Les expériences négatives du passé s’estompent, se transforment, ou disparaissent. Les moments positifs, eux, persistent et se renforcent. Ce phénomène, connu sous le nom de « rétrospection embellie », reconstruit progressivement un passé plus doux qu’il ne l’était réellement. Avec le temps, même des périodes objectivement difficiles peuvent ainsi être réinterprétées avec indulgence. La combinaison de ces deux biais est redoutable. Le présent, saturé d’informations anxiogènes, paraît sombre, le passé, filtré par la mémoire, devient lumineux.[2]


[1] Hong Z. The Cognitive Foundations of Decline Narratives in Human Societies. Hum Nat. 2025 Dec;36(4):531-562. doi: 10.1007/s12110-025-09509-6.

[2] Pourquoi dit-on que c’était mieux avant ? - Jim - 20 mars 2026.

Publié dans psychologie

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