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psychologie

Une phrase magique pour neutraliser les questions indiscrètes

Publié le par Louis Lacaze

Une phrase magique pour neutraliser les questions indiscrètes

Il est courant de s’entendre adresser des questions que nous jugeons indiscrètes et qui nous mettent mal à l’aise sur notre état de santé ou celui d’un proche. Leurs auteurs peuvent obéir à des pulsions diverses. Certains recherchent un tremplin pour exposer leurs points de vue personnels ou leurs problèmes qui, à leurs yeux méritent davantage de compassion. Poussés par une curiosité qualifiée de prédatrice par des psychologues, certains ont des vues didactiques et cherchent à vous imposer un mode de conduite. D’autres, poussés par un intérêt sincère, cherchent si une meilleure connaissance de votre situation peut leur permettre de vous apporter une aide.

La personne interrogée est en premier lieu déconcertée par ces questions et au bout de quelques secondes va réagir. Si les normes sociales supposent que toute question entraine une réponse votre liberté individuelle vous dispense de toute obligation de répondre. Le refus peut ne laisser aucune équivoque : « je préfère ne pas en parler », le choix de l’intonation est vaste. Pour atténuer le choc et ne pas mettre fin à la conversation on peut enchaîner en abordant un sujet totalement différent.

Vous pouvez aussi décider de répondre, mais à votre façon. Pendant les secondes de désarroi qui suivent la question inspirez profondément, expirez plus lentement.   L’interlocuteur va penser que sa question vous a plongé(e) dans une profonde réflexion alors que l’exercice est connu pour éliminer le stress et aider à prendre les meilleures décisions.

Des pistes à suivre sont suggérées : : « Qu’est-ce qui vous pousse à me demander ça ? De quoi vous inquiétez-vous à mon sujet ? » « On peut en parler un autre jour ». Si la personne rappelle, son intérêt est réel. Si un(e) proche pose régulièrement la question l’interrogatoire ne s’arrêtera jamais, il est préférable d’éviter la confrontation et d’avoir le sens de l’humour. Une dame citée par l’auteur doit en être généreusement dotée pour avoir stoïquement entendu au cours des ans une répétition des questions suivantes : « Quand vas-tu te marier ? quand vas-tu avoir un enfant ? tu as 4 enfants, quand vas-tu t’arrêter ? ». On peut se prêter au jeu et allonger cette liste à l’infini.

Commentaires de Bernard Pradines. Dans ce domaine comme dans d’autres, la langue française n’a pas de mot pour décrire un intérêt malsain qui peut ainsi se manifester ; « si une meilleure connaissance de votre situation peut permettre d’apporter une aide. », il n’est pas exceptionnel que la curiosité ainsi manifestée soit moins empathique que souhaitée. Nous devons recourir à un terme allemand qui est désormais utilisé en français : « Schadenfreude ». Littéralement : la joie du dommage. Il ne s’agit pas d’une attitude active comme dans le sadisme mais simplement de se réjouir des déboires d’autrui. Ceci peut avoir pour fonction de se rassurer sur sa propre situation, pour la relativiser à l’aune du malheur de son prochain. Lui répond souvent la pudeur, l’économie de mots, qui ont en réponse une valeur protectrice.

Référence :

Jancee Dunn The New-York Times The Well news letter

Publié dans Schadenfreude, psychologie

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C’était mieux avant

Publié le par Bernard Pradines

C’était mieux avant

Ceux qui ont côtoyé les personnes âgées et surtout très âgées ne me démentiront pas. Combien de fois avons-nous entendu de leur bouche un scepticisme blasé ? « Chaque guerre a son secret, tu en verras d’autres » me disait souvent mon oncle qui avait passé cinq ans en Prusse Orientale aux frais bien parcimonieux du Troisième Reich. Que d’espoirs déçus, que de regrets. L’explication peut nous en sembler limpide : confrontée à son affaiblissement, la personne âgée se remémore le temps de ses performances qui correspondent à notre idéal de société : le looser n’y a pas sa place. Cependant, le winner, économique, politique, sportif, scientifique ou autre, est montré en exemple, diffusé par les médias, glorifié. Que ne sommes-nous fiers des résultats scolaires de nos petits-enfants ! Autre cause qui vient immédiatement à l’esprit : la perspective de la fin de la vie, de la disparition. Si je suis centré sur moi-même, peu sociable ou tout simplement isolé, si donc ma vie n’a plus de valeur à mes yeux, comment ne pas être pessimiste ?

Pourtant, un chercheur chinois introduit une autre piste de réflexion et d’observation : il examine le phénomène répandu des récits de déclin dans les sociétés humaines, où le passé est idéalisé comme un « âge d'or » caractérisé par une abondance, une force, une longévité et des pouvoirs surnaturels extraordinaires, par opposition à un présent défaillant. En s'appuyant sur des données ethnographiques, historiques et psychologiques, il explore les manifestations culturelles et les fondements cognitifs de ces récits.[1]

L'analyse met en lumière le rôle des biais cognitifs. Les expériences négatives du passé s’estompent, se transforment, ou disparaissent. Les moments positifs, eux, persistent et se renforcent. Ce phénomène, connu sous le nom de « rétrospection embellie », reconstruit progressivement un passé plus doux qu’il ne l’était réellement. Avec le temps, même des périodes objectivement difficiles peuvent ainsi être réinterprétées avec indulgence. La combinaison de ces deux biais est redoutable. Le présent, saturé d’informations anxiogènes, paraît sombre, le passé, filtré par la mémoire, devient lumineux.[2]


[1] Hong Z. The Cognitive Foundations of Decline Narratives in Human Societies. Hum Nat. 2025 Dec;36(4):531-562. doi: 10.1007/s12110-025-09509-6.

[2] Pourquoi dit-on que c’était mieux avant ? - Jim - 20 mars 2026.

Publié dans psychologie

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