Notes de lecture. Grand âge, suicide et suicide assisté : aporie ou continuum ?

Publié le par Bernard Pradines

Image issue de : https://www.lanouvellerepublique.fr/a-la-une/dr-veronique-lefebvre-des-noettes-il-faut-accepter-de-vieillir

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Extraits :

« Autant de ruptures de vie qui s’expriment par le passage à l’acte suicidaire mais au sujet duquel des petites phrases auraient pu attirer l’attention en amont comme : « A quoi bon », « Je n’en peux plus », « Je serais mieux mort », « Je ne veux pas être un poids ». Mais expriment-elles forcément une volonté d’en finir ? Rien n’est moins sûr ! Le plus souvent, quand elles disent vouloir mourir, elles signifient surtout qu’elles veulent cesser de souffrir psychiquement, d’être un poids un fardeau pour leurs proches et la société. « 

« Dans le grand âge, la fatigue de vivre, la dépression, la mésestime de soi, le sentiment d’inutilité et la peur de devenir un fardeau poussent les personnes âgées soit à se laisser glisser vers la mort, soit à demander qu’on accélère leur fin de vie. »

« Vivre comme ça, ce n’est pas une vie… je préfère la mort ». Et puis, elle ajoute : « J’aimerais quand même bien les revoir mes enfants et puis les petits-enfants aussi. C’est eux le sel de la vie. »

« La puissance publique avait le choix entre deux solutions : donner au corps médical les moyens satisfaisants pour accompagner la vie souffrante ou finissante et en soulager les douleurs par l’accès aux soins palliatifs pour tous, ou bien permettre que ces fins de vies tragiques soient écourtées lorsque ces malades sont en phase avancées de leur pathologie par l’aide à mourir. »

« De plus, cette légalisation du « suicide assisté » interroge quant aux contours de l’assistance à personne en danger. Car si la volonté de mourir devient première, au nom de quoi pourrait-on continuer à s’opposer au suicide tout court ? »

Commentaires de Bernard Pradines. Pour lutter contre l’isolement et le sentiment délétère de solitude, il faudra radicalement changer d’attitude à l’heure où de plus en plus de nos concitoyens vivent seuls ou sans visite en établissement ou à domicile. Il faudra comprendre, éprouver la toxicité de la rupture des relations sociales. Savoir le lien avec les sentiments d’inutilité, de ne plus compter pour personne, de ne plus être digne d’être visité, de ne plus être aimé. Croyance erronée dans l’inutilité de la démarche chez des personnes qui ne reconnaissent plus leur visiteur. Apprécier le degré inadmissible d’accueil dans certains établissements : créneaux horaires des visites encore imposés malgré la loi du 8 avril 2024, tout simplement pas de chaise ou un nombre insuffisant de sièges pour s’asseoir à côté de la personne visitée ! Idem pour la possibilité d’amener son animal de compagnie : un seul dans tout l’EHPAD visité par mes soins en juillet 2026, et encore sous le feu des critiques des autres résidents. Des lieux incroyablement bruyants où l'on ne resterait pas cinq minutes si l'on pouvait les quitter. Des questions posées sans réponses. Des visiteurs à qui l’on omet de proposer la collation destinée à son visité ; pas obligatoire, bien sûr, mais quelle indélicatesse ! Peu de personnel et formations insuffisantes des professionnels, à domicile et en établissement. Comment ignorer que cet ensemble de facteurs contribue à la dépression, au désespoir, voire, grâce au prochain « nouveau droit » généreusement octroyé, à la résignation à s’en aller sans faire de bruit, proprement, remercié de tant de dignité ? Dites-moi que je fais de "l'EHPAD bashing" ; alors je tenterai de mieux témoigner de mon expérience.


[1] Dr. Véronique LEFEBVRE des NOËTTES, Psychiatre de la personne âgée APHP, Docteure en Philosophie pratique et Ethique médicale UGE, Chercheure associée LIPHA UPEC EA 7373,  Membre du conseil scientifique du département de recherche Ethique Biomédicale au Collège des Bernardins

Référence : Véronique Lefebvre des Noëttes[1] dans la revue consultable librement jusqu’au 31 août 2026 : 

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