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Droit de mourir et aide à mourir

Publié le par Bernard Pradines

Photo AFP

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Madame Marie Imbert, la mère de Vincent Imbert, est décédée dans la nuit du 4 au 5 août 2018 des suites d'une longue maladie à l’âge de 63 ans. A l‘écoute des chaines continues télévisées d’information le jour même, qu’elles soient publiques ou privées, j’entendis de manière répétitive que cette personne avait « aidé à mourir » son fils en 2003. Puis il est rapporté qu’elle s’est engagée pour le « droit de mourir » éventuellement assorti de dignité.

Il n’est pas question pour moi de dénigrer une personne qui, avec grande sincérité, a défendu des opinions partagées par nombre de citoyens dans le monde entier. Surtout à l’heure où elle ne peut plus me répondre.

Non. Il est simplement intéressant de reprendre les termes qui furent employés par les médias sans précautions et sans guillemets.

Il est aisé de constater que tout le monde a le « droit de mourir », ne serait-ce que par l’évidence de la nécessité biologique en ce sens. Ceci signifie rarement qu’une personne souhaite qu’il soit mis fin à ses jours. Ne souhaitons pas le temps où ce droit deviendrait un devoir pour alléger le poids de la solidarité pesant sur l’économie libérale.

Pour moi, « l’aide à mourir », c’est soigner, aider et accompagner une personne dans la dernière partie de sa vie. Les soins palliatifs en sont l’illustration la plus prégnante. Ce n’est que rarement qu’il est mis volontairement fin à la vie de quelqu’un, à sa demande ou non : euthanasie, suicide assisté, meurtre, assassinat. N’ambitionnons pas le jour où, sans en préciser la méthode, il serait de bon ton d’aider tout un chacun à mourir.

Ces qualificatifs ont pourtant une signification, consciente ou non, dans l’esprit de ceux qui les prononcent. Ils ne prennent pas la mesure du risque d’institution de politiques expéditives lors de la fin de la vie. Toujours bien sûr sous couvert de la sacro-sainte liberté de l’individu.

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Un manque d’hommes ?

Publié le par Bernard Pradines, Christiane Réal-Poiré, René Manteau

De ci de là, les personnels en gériatrie se plaignent fréquemment du manque d’hommes parmi eux ou plutôt parmi elles.

En France, le pourcentage des femmes avoisine les 90 % parmi les salariés travaillant en EHPAD. Pas forcément surprenant quand ce sont elles qui assumaient traditionnellement, il y a peu encore, de manière purement gratuite, les tâches essentielles de l’accompagnement des personnes âgées de leur entourage familial. L’inégalité salariale en défaveur des femmes occupant ces emplois considérés comme subalternes viendrait alors compléter le tableau.

De tous temps, l'homme fut considéré comme faisant partie du sexe dit "fort". Dans un tel contexte, travailler dans un service féminisé peut parfois toucher son orgueil, tant  cette fonction semblerait dégradante à ses yeux et à ceux d’autrui. Au point d’être  l’objet de railleries.

De plus, la politique de non-reconnaissance d’un nécessaire haut niveau de qualification a pu refréner bien des ardeurs et vocations.

La première raison invoquée est la force physique afin de mobiliser les résidents dépendants.

Récemment, au cours d’une visite dans une unité de soins palliatifs à Osnabrück[1] en Allemagne, cette question a été évoquée par nos interlocutrices en réponse à notre interrogation sur des améliorations souhaitées. Les raisons avancées en sont la préférence masculine de certains patients[2] afin d’échanger sur des thèmes qui sont plutôt l’apanage de ce sexe. Un deuxième argument concerne les soins intimes qui peuvent être moins bien vécus selon le genre. La force physique vient en troisième lieu. Enfin, les soignants masculins auraient parfois une vision différente de celles des femmes, d’où un mélange d’approches considéré comme un avantage ; l'environnement de travail en serait davantage détendu.

Ainsi, les contacts professionnels entre femmes peuvent être vécus comme déséquilibrés en l’absence d’hommes. Les femmes seules, laissées entre elles, connaîtraient des relations de travail qui sont moins bonnes que si des hommes sont présents.

Au-delà de ces considérations, on peut s’interroger sur les raisons profondes, culturelles, historiques, cachées, d’un tel désir. Les modèles parentaux viennent d’abord à l’esprit. Seraient présents un glissement, une translation inconsciente du modèle habituel, traditionnel, d’accompagnement des personnes âgées. Un reflet de notre société conforme à une tradition mais totalement déformé sous l’angle de la revendication moderne d’interchangeabilité professionnelle des sexes. Autrement dit, l’accompagnement en famille, avec des rôles complémentaires dans le couple des proches aidants, subsisterait comme une référence jusque dans les institutions, services à domicile ou en établissement. J’ai soupçonné ce mécanisme dans les représentations du médecin et de l’infirmière : papa docteur et maman infirmière dans leur relation à la régression des patients. Ne pourrait-on pas l’extrapoler à rebours, au couple descendant, celui des enfants devenus des proches aidants ?

Une autre piste est celle d’une complémentarité dans les représentations générales dans la société actuelle. D’un côté des tendances masculines à la généralisation et à la théorisation, héritées de la vie professionnelle et publique plus ancienne. De l’autre la douceur féminine fondée sur le dogme d’une sensibilité féminine plus prégnante que celle des hommes, conséquence historique d’une vie au foyer au service gratuit de la famille. Ainsi, le rôle féminin prééminent dans l’éducation et les soins  destinés aux enfants prédisposerait les femmes à mieux s’occuper de la dépendance des personnes âgées. Etre maternant demeurerait alors irrévocablement une loi du genre.

Le dévouement, la patience, le charisme demandés, voire exigés, pour s'occuper de personnes âgées sont-elles des qualités relativement rares chez les hommes ? Au pire, le masochisme serait-il avant tout féminin pour accomplir des tâches exigeant empathie, abnégation, voire sacrifice ?

Ainsi peut-on relever avec  un rapport remis à la DREES en 2016[3] que « les missions dévolues aux aides-soignantes relèvent de tâches de type domestique. Elles entrent ainsi en résonance avec d’autres représentations sociales, notamment celles relatives à la division des tâches entre les femmes et les hommes. Dans un métier quasiment exclusivement féminin, les aides-soignantes font ainsi face à la difficulté de valoriser des compétences qui, dans un autre registre, relèveraient de qualités «  naturellement » associées à leur genre. Cette tension traverse les discours des personnes rencontrées, qui concilient difficilement leurs revendications en termes de compétences et de professionnalisme et la mobilisation de traits de caractère ou de qualités intrinsèques dans leur description du profil de l’aide-soignante type (bienveillance, empathie, patience, générosité, gentillesse, écoute, observation, etc.). »

Référence :

http://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/dd05.pdf

Publié dans gériatrie, soignants, aidants

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