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medecine

Le syndrome du gériatre

Publié le par Louis Lacaze

Le syndrome du gériatre

Après avoir rédigé un mémoire très remarqué sur les aidants, Julie Thai, étudiante en troisième année de médecine, a été publiquement félicitée à un congrès de gériatrie à Orlando, Floride. Elle a publié ses impressions sur le blog www.geripal.org.

Lorsque à la fin de la cérémonie plusieurs gériatres sont venus me féliciter au lieu de dire, « merci, je suis très touchée » j’ai répondu « si vous m’avez choisie c’est parce que vous n’aviez personne d’autre ». Mike Harper, professeur de gériatrie m’a fait part de son diagnostic : vous êtes atteinte du syndrome du gériatre.

Qu’est-ce que le syndrome du gériatre d’après Julie Thai ?

Perception pathologique du moi / d’un ego sous-estimé rencontrée chez un médecin spécialiste des personnes âgées. Les symptômes principaux sont une inaptitude à accepter les éloges et un besoin de minimiser l’importance de son rôle dans le champ de la médecine.

Comment j’ai pu être contaminée ? Je l’ignore. En fréquentant des gériatres j’ai pu constater qu’ils étaient tous très modestes. Ils savent que leur domaine est immense mais ils ne sont jamais découragés. Ils ne gagnent pas des fortunes, ils ne sont pas les héros de la médecine présentés par les media. Ils fuient la renommée. Ils ont de nombreux points communs avec les aidants, en particulier ils sont mal reconnus par ceux qui bénéficient de leurs soins.

Je pense que pour traiter ce syndrome on doit s’efforcer de faire du bon travail sans jamais croire qu’on en fait assez. On peut toujours apporter davantage à nos anciens.

Commentaires de Bernard Pradines. Admettons que des variations interindividuelles interdisent toute généralisation de la perception du gériatre par nos contemporains. Pour ma part j’y vois surtout le rôle attendu des différentes spécialités médicales par les sociétés modernes.  Ainsi, le fameux regard sur les personnes âgées, qui est de fait une représentation, concerne aussi le gériatre. Il n’échappe pas à l’idée, à l’image que l’on se fait communément des patients qu’il soigne.  Un de mes confrères, responsable jadis du SAMU social de Paris, m’affirma avec justesse que le médecin porte les stigmates du statut des personnes dont il s’occupe. Ainsi, si la valeur de cette profession médicale est dépendante de l’idée commune sur le grand âge et la dépendance, je ne suis pas étonné de m’être entendu dire des phrases du type : « je ne vois pas ce que vous pouvez faire pour ces patients ». S’y adjoignait souvent, comme un éloge oxymorique, de la part de médecins d’autres spécialités : « je ne pourrais pas faire ce que tu fais ». Au fond, Julie Thai le dit autrement : « Ils ont de nombreux points communs avec les aidants, en particulier ils sont mal reconnus par ceux qui bénéficient de leurs soins. » Je modifierais volontiers cette phrase : « ils sont aussi mal reconnus que ceux qui bénéficient de leurs soins. »

Notons aussi que nous sommes en France et non aux USA. Chez nous, les gériatres sont presque tous employés par des établissements hospitaliers. Mais ceci n’invalide pas totalement la considération de ma future consœur américaine : « ils ne gagnent pas des fortunes » ! Pour ma part, je m’en contente aisément.

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Éthique : la médecine peut-elle être extrémiste ?

Publié le par Bernard Pradines

Image issue de : https://www.apeichambery.com/presentation/demarche-ethique-et-responsable/

Image issue de : https://www.apeichambery.com/presentation/demarche-ethique-et-responsable/

Question déplacée me direz-vous. Le terme d’extrémiste renvoie à la politique, à la religion, pas à la science de la santé à retrouver. Question qui ne se pose pas : la médecine resterait en dehors des conflits de la société et du monde, dans une sorte de surplomb, d’extranéité bienveillante. Elle soignerait sans distinction ceux qui sont malades ou blessés, sans arrière-pensée. Ainsi : « Aucune personne ne peut faire l’objet de discrimination dans l’accès à la prévention ou aux soins. Dès lors, tout professionnel de santé qui refuserait de dispenser des soins à un patient en raison de son origine, de son sexe, de sa situation familiale, de son état de santé, de son handicap, de ses mœurs, de son orientation sexuelle, de son âge, de ses opinions politiques, de ses activités syndicales, de son appartenance ou non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, sera susceptible de se voir infliger des sanctions disciplinaires, pénales ou civiles. »1

Oui, mais le passé nous a montré le fossé entre la théorie et la pratique. Pire que la discrimination, il nous a révélé la participation des soignants, infirmiers et médecins, à des crimes de masse contre l’humanité comme ce fut le cas, surtout mais pas seulement, à Auschwitz-Birkenau. Des « détails de l’Histoire » qui furent occultés lors de l’enseignement d’éthique que je reçus dans les années 1960 et 1970 à la faculté de médecine. Oubliée aussi, broutille sûrement, l’exclusion des médecins juifs durant la période de l’Occupation.

Sans aller aussi loin dans l’obéissance et l’adhésion éventuelle à un totalitarisme, nous devons nous interroger en permanence sur la nécessaire distinction entre le citoyen et le soignant. Au long de ma carrière, j’ai perçu des opinions et des attitudes en relation avec des philosophies différentes. Le débat actuel sur la fin de la vie nous offre une fois de plus l’étalage de conceptions profondes parfois antagoniques qui traversent notre société.

De nombreux facteurs, plus ou moins conscients, contribuent à forger une attitude médicale à géométrie variable : origines sociales, géographiques, opinions politiques, croyances religieuses, appétences financières, conditions d’exercice, conception de la vieillesse, etc.

Ainsi, le débat entre acharnement et abandon thérapeutique des personnes âgées doit-il envisager ce qui est toujours caché : la conception sociétale des décideurs. Un progrès a consisté, au moins en théorie, à éviter la décision médicale solitaire 2 au profit de la procédure collégiale. Un autre, en gestation, consistera à éclairer les a priori moraux préalables aux décisions, même collectives.

2 Procédure collégiale : voir par exemple la loi Leonetti-Claeys du 2 février 2016

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