L’économiste brésilien Jorge Felix, cherche une explication historique à la décision de la Première Ministre britannique Theresa May de créer en 2018 un ministère de la solitude. Il fait un retour de 40 ans en arrière pour faire le bilan de la politique de Margaret Thatcher, première ministre à l’époque.
Les onze années de politique néolibérale de Margaret Thatcher ont été marquées par une privatisation effrénée, une grande flexibilité du travail, une réforme du système des retraites, des coupes brutales dans tous les services de protection sociale.
Une citation de Margaret Thatcher publiée dans une interview de Women's Own en 1987 est régulièrement citée : « Le mot « société » ne signifie rien. On trouve seulement des hommes, des femmes, des familles ». La suite de l’entretien montre que, pour elle, les individus devaient se prendre en charge plutôt que se laisser entretenir par l’Etat-Providence. En fait, la brutalité de sa politique a produit des effets pervers qui ont largement dépassé les mots : les réformes qui visaient à moderniser le pays, apporter une forte croissance économique et de l’emploi pour tous ont eu des conséquences assassines.
Les populations les plus touchées se rencontrent dans les régions frappées par la désindustrialisation et dans les zones rurales isolées. Leurs habitants meurent dans la solitude et prématurément, l’accès au système de protection sociale leur ayant été pratiquement interdit par une politique sauvage de réduction des coûts.
En 2010 l’espérance de vie en Grande Bretagne a cessé de progresser pour la première fois depuis 1982. Elle a diminué à partir de 2011, puis a baissé de 0,1 année de 2015 à 2017 en Ecosse et au pays de Galles. Elle était de 82,9 ans pour les femmes et de 79,2 ans pour les hommes en 2017, le Royaume Uni s’est alors retrouvé au vingtième rang des pays européens. A titre de comparaison, en France métropolitaine : 85,4 ans pour les femmes et 79,5 ans pour les hommes en 2018.
Deux chercheurs britanniques ont pu calculer que les chiffres actuels conduisaient à prévoir plus d’un million de décès prématurés en 2058. A toute chose malheur est bon pour un économiste : The Financial Times a calculé que cette diminution de l’espérance de vie permettrait aux organismes de retraite d’économiser 310 milliards de livres soit 354 milliards d’euros.
L’expérience anglaise doit ouvrir les yeux du public. Les difficultés financières d’un pays peuvent le pousser à rechercher des économies jusque dans le domaine de la santé en général, de la qualité de vie des seniors en particulier. Il y aura un prix à payer. La cohésion sociale, la solidarité intergénérationnelle peuvent se révéler fragiles.