Anesthésie générale et maladie d’Alzheimer : où en sommes-nous ?

Publié le par Bernard Pradines

Mise à jour le 3 janvier 2017 de l'article paru le 29 janvier 2015 sur ce blog.

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Comme médecin anesthésiste-réanimateur (avant d’être gériatre), la question me fut souvent posée par les familles de la relation entre l'anesthésie générale (AG) et le déclenchement de la maladie d’Alzheimer (MA).

L’AG serait-elle causale, déclenchante, révélatrice ou aggravante ? Le constat actuel penche pour la participation de l’AG aux deux dernières hypothèses.

En effet, il existe une suspicion, sans preuve, du rôle néfaste de l’AG à cause d’une symptomatologie postopératoire fréquente chez les personnes âgées : syndrome confusionnel, dysfonction cognitive persistante, aggravation d’une pathologie démentielle telle que la MA. Les opérateurs et les familles peuvent être tentés d’incriminer cette modalité d’anesthésie.

En fait, il est difficile de faire la part de l’AG et d’autres éléments tels que la pathologie ayant nécessité l'intervention, la lourdeur de cette dernière, les complications postopératoires, le stress, l’inflammation ou même la simple hospitalisation. Tous les facteurs agressant le cerveau en période périopératoire sont suspects d’entrainer des conséquences cognitives négatives.

Surtout, un syndrome confusionnel postopératoire est susceptible de révéler un état cognitif préopératoire déjà altéré, éventuellement négligé. Plus intéressant encore serait une détérioration préalable encore inaccessible aux tests communément pratiqués pour les diagnostiquer.

Les connaissances ont récemment progressé dans la compréhension d’un élément spécifique : l’hyperphosphorylation de tau sous l’influence de l’AG. Toutefois, l’hypothermie (refroidissement) si fréquente sous AG serait la principale responsable de cette modification. De plus, ces études instructives n’ont été menées que chez la souris. Par ailleurs, un anesthésique volatil courant en 2016 est suspect de favoriser un mécanisme récemment incriminé dans les troubles cognitifs légers : la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique.

Bien qu’elles aient déjà progressé en ce sens, de futures études sont attendues. Elles devront inclure un échantillon suffisant, évaluer la cognition préopératoire, utiliser des tests neuropsychologiques standardisés à la fois pour la série de patients sous AG et pour la série témoin (sans AG), utiliser les biomarqueurs et la neuroimagerie pour déterminer la charge amyloïde et les anomalies de tau désormais objectivables in vivo.

 

En somme, dans l’attente d’études bien conduites à la lumière des progrès récents en matière de démences, si l’on ne peut pas se passer d’une AG, celle-ci doit être pratiquée car un risque plus important est lié à la pathologie en cours. Mieux, l’exemple de la reperméabilisation coronaire est instructif du fait d’une amélioration cognitive fréquente en période postopératoire. Le recours à une anesthésie loco-régionale peut être envisagé dans les seules situations qui la permettent. Toutefois, son éventuelle relation avec la MA n’a pas été explorée et la fréquence des syndromes confusionnels semble élevée sous cette modalité anesthésique. A mon avis, il ne faut pas négliger le stress représenté par le fait d’être conscient sur la table d’opération, surtout chez un patient souffrant de troubles cognitifs. Dans tous les cas, tous les facteurs multiples favorisant un état confusionnel seront recherchés et corrigés ainsi que l’hypothermie. Un suivi périopératoire pluridisciplinaire est souhaitable et devrait se généraliser incluant une meilleure coopération entre gériatres, neurologues, anesthésistes et chirurgiens dès la période préopératoire. Tout syndrome confusionnel postopératoire devrait entrainer une « consultation mémoire » à distance afin de vérifier l’absence de dysfonction cognitive à long terme.

Pour en savoir davantage :

Un éditorial plus détaillé sur ce même sujet est paru sous ma plume dans le numéro 97 de Neurologie-Psychiatrie-Gériatrie (Janvier-Février 2017) .

Publié dans Alzheimer, anesthésie

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M
Je suis absolument convaincue que la maladie d'Alzheimer est liée à l'anesthésie générale : mon mari, actuellement âgé de 77 ans et qui avait toujours eu une excellente santé sans problèmes de mémoire, a subi une anesthésie générale fin décembre 2012 pour une laminectomie dans le cadre d'un canal lombaire étroit (vertèbres L1 à L5).Lors de son réveil il a eu des hallucinations : il avait l'impression d'être dans un train et de voir défiler des fenêtres. Il a présenté début janvier 2016 (soit 3 ans après l'intervention) des troubles de la mémoire qui ont commencé discrètement par de petits oublis et se sont aggravés de mois en mois. Il est aujourd'hui en EHPAD depuis juin 2019 son état s'étant aggravé de façon très importante (sa mémoire est très affectée et il présente des troubles comportementaux qui auraient rendu dangereux le maintien à domicile plus longtemps). Je suis vraiment atterrée de la façon dont les médecins m'ont affirmé que l'anesthésie n'y est pour rien alors que, pour moi, c'est l'évidence même que cette maladie a résulté de cette anesthésie.
Ayant eu un mari actif et en très bonne forme cela m'est très douloureux de le voir maintenant avec cette démence : c'est épouvantable. Je pense vraiment qu'il faudrait se pencher sur les effets de l'anesthésie chez le sujet âgé.
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L
Le nombre de commentaires illustre bien l’importance du sujet, rarement abordé avant une anesthésie. Qu’on découvre une certaine corrélation entre une anesthésie et l’apparition ou l’aggravation de la maladie d’Alzheimer est parfaitement plausible quand on s’intéresse aux effets de l’anesthésie chez certaines personnes. Quelques exemples rencontrés : un passionné de mots croisés ne réussit plus à terminer les grilles de Télérama, un conducteur ne trouve plus la marche arrière de son véhicule, une cultivatrice ne sait plus mettre en marche son tracteur etc.
Il n’est certes pas question de nier le caractère indispensable d’une anesthésie dans une majorité de cas mais il est parfois possible de recourir à d’autres techniques. Si la majorité des coloscopies se fait sous anesthésie certains hôpitaux maitrisent des techniques qui les en dispensent totalement au prix d’une simple gêne du patient. Aux États-Unis l’examen se fait sous sédation. Pourquoi ne pas explorer ces voies ?
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R
Mon mari de 72 ans a été opéré de la cataracte d'un oeil en 2012. la maladie d'alzheimer s'est déclarée en 2016.. le deuxième oeil aurait du être opéré il y a bientôt 1 ans. refus du chirurgien. aujourd'hui il tombe très fréquemment et est en épadh. il ne voit plus très bien. y a t'il d'autre techniques que l'intervention classique le laser par exemple ?? merci
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B
Il faudrait savoir quel est la raison du refus du chirurgien ophtalmologiste. La chirurgie est la seule technique actuellement efficace. L’opérateur redoute-t-il l'absence de coopération du patient ? Une anesthésie générale est-elle récusée par les anesthésistes ?
R
Ma maman n à jamais été opérée de sa vie elle a 82 ans et depuis 2 ans elle a été diagnostiquée alhzemer,donc rien à voir dans son cas.par contre mon mari a eu des hallucinations après l anesthésie'mais après 3 semaine c est parti.
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D
Foutaises... mon père et ma mère ont, tous les deux, déclenché SOUDAINEMENT et sans qu'il n'y n'aient connu des problèmes de mémoires ou autres avant, une maladie d'Alzheimer ! Déjà, le jour même de l'opération et dès qu'ils se sont retrouvés en chambre ! Je me souviens de ce fait très étrange, comme si c'était hier, comme si j'y étais encore... Mon père n'arrêtait pas d'avoir des hallucinations très étranges (il voyait des cagettes de raisins passer tout au dessus de son lit !?!)... de demander à ma soeur - qu'il avait quittée la veille - "qui tu es toi, je ne te connais pas ?" ; "tu as une drôle de tête, tu es toute noire (alors qu'elle a le teint très pâle !)", etc, etc.
Il n'a jamais été le même, ensuite. Et, dès sa sortie de l'hôpital rien n'a plus été pareil !
Je précise que mon père était - avant son opération - un homme très autonome qui se gérait tout seul et qui aidait énormément ma mère dans toutes les tâches de la maison. Cela n'a plus était le cas, dès qu'il est entré chez lui !
Et vous vous demandez encore si une anesthésie générale peut ou non avoir un incident sur la maladie d'Alzheimer !!!!
Moi plus du tout !
Qu'on arrête de faire de l'expérimentation animale... Les animaux ne sont pas des humains et ne peuvent réagir comme eux ! Un simple d'esprit le comprendrait ! Qu'on arrête de nous prendre pour des idiots (et je reste polie)... Qu'on arrête de nous berner et de nous dire ce que l'on veut bien nous dire, pour de simples ET UNIQUES RAISON D'INTERETS !!!
Vous vous rendez compte de la perte énormissime de chiffre d'affaire que risqueraient hôpitaux et cliniques, si demain :a plupart des personnes d'un certain âge REFUSAIENT TOUTE ANESTHESIE GENERALE !?????
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P
Encore une étude parue en janvier 2017 insistant sur le rôle révélateur et aggravant du syndrome confusionnel :
http://dgnews.docguide.com/delirium-could-accelerate-dementia-related-mental-decline?overlay=2&nl_ref=newsletter&pk_campaign=newsletter
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I
Je confirme, aussi ma mère alzheimer maintenant, bien avancée, n'avait rien auparavant et c'est après une AG qui s'est très mal passé, reaction alergique au curare, qu'elle à déclaré alzheimer, disant que lors de cette inter, elle à vu son cerveau exploser en noir , ce sont ses images qu'elle a raconté, effectivement, elle est passé a deux doigts de la mort, l'AG a été arrêté hilico et reprise 1 mois plus tard sans ce curare ... alors je confirme idem, idem l"AG a déclencé la MA