Etre une femme : un savoir-faire inné ?

Publié le par Bernard Pradines

Etre une femme : un savoir-faire inné ?

Traditionnellement, de tous temps avant les dernières décennies, les femmes avaient la mission gratuite de s’occuper des personnes âgées de leur famille et des enfants nés de leur union. Notre société reste encore fortement imprégnée de cette réalité ; ainsi 89 % des personnels en EHPAD étaient des femmes en 2009 en France. J’assistai récemment à une assemblée d’une trentaine de membres d’une association de bénévoles d’accompagnement en soins palliatifs. J’étais le seul homme dans la salle.

Les accusations de maternage intempestif, souvent injustes,  ne sont pas étrangères à ce constat. Pourtant, le principal inconvénient de cet état d’esprit me semble ailleurs.  Les femmes sont, souvent de manière implicite, voire inconsciente, présumées aimer les personnes âgées comme une fille doit aimer sa mère. Surtout, culturellement, par transmission de génération en génération, les femmes sont censées savoir ce qui est bon pour les aînés qu’elles assistent. Elles peuvent être tentées de méconnaître l’importance de la formation professionnelle tout au long de la vie. Au niveau de décision, on peut être enclin à sous-estimer cette nécessité à leur égard. Leur situation socio-économique, leurs rémunérations, la monoparentalité majoritairement féminine, leurs tâches multiples ne sont pas étrangères aux soins aux personnes âgées, à domicile et en établissement.

En somme, si nous voulons analyser la situation des personnes âgées, il convient de comprendre le récent bouleversement inédit qui intéresse leur environnement humain. La féminisation de l’aide professionnelle en est un des aspects.

Source.

Deux auteurs membres du comité de lecture de ce blog :

Pradines B, Réal-Poiré C. Personnes âgées et femmes soignantes : une donnée sans importance ? "Décideurs en Gérontologie", numéro 67, janvier/février 2005, pages 8 et 9.

Publié dans soignants, résidents, famille

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R
Je voudrais apporter une remarque importante à cet article : "être une femme" n'est pas être maternante. Le maternage n'est qu'une toute petite partie de la dimension de la féminité ! Presque contradictoire : NON vraiment être maternante n'est pas être femme !<br /> <br /> Vaste débat à ouvrir ...
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R
J'en veux pour preuve le fait que les hommes qui travaillent dans les "unités fermées" pour malades dits Alzheimer ne tiennent guère plus d'1 an dans cette fonction. Certaines femmes sont capables, elles, d'y travailler durant ... 10 ans. Notez qu'en plus de la pénibilité de la tâche et du manque de reconnaissance, le faible salaire est aussi une raison du départ des hommes de ces unités.
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C
" ... Leur force physique rend parfois aussi bien des services auprès du personnel féminin..."<br /> <br /> peut- être, sauf que<br /> <br /> A contrario la présence d'hommes et symboliquement leur force physique peut - être aussi un handicap à l'utilisation des aides techniques ( souléve - malades , verticalisateurs etc,)<br /> <br /> Les hommes s'autorisent encore mois que les femmes leur utilisation persuadés qu'ils mettent en jeu leur virilité. <br /> <br /> Résultat <br /> <br /> Cela reste quand- même toute une histoire pour que ces outils soient utilisés.. Que l'on veuille on non , il faut presque s'excuser auprès des hiérarchies , des familles , des personnes âgées pour se sentir légitimes de s'en servir ... même quand on est une femme<br /> ...<br /> Et sur ce coup là , la présence d'hommes est un réel frein ... Il " n'avoueront" jamais que le mobilisation de telle ou telle personne âgée leur pose souci
M
Cataloguée de tous temps comme sexe dit "faible", la femme qui donne la vie était tout naturellement et logiquement désignée pour l’accompagner jusqu'à la fin de celle-ci.<br /> Pendant la préhistoire, il semble qu’elle s'occupait surtout du foyer, des enfants, des faibles et ne s’éloignait quasiment pas de son refuge. Au moyen-âge ont été créées les maladreries où étaient regroupés les ladres. Elles étaient dirigées et fonctionnaient uniquement avec des religieuses les médecins. En 1857, Henri Dunant a créé la Croix rouge, les groupes d'intervention étant à majorité féminine. Pendant les deux grandes guerres, les équipes soignantes étaient composées de femmes, y compris les ambulancières secondées par des brancardiers.<br /> En 1972, j'effectue mes études d'infirmier. Dans ma promotion se trouvaient trois hommes et quarante-sept femmes. Il me fut très difficile d'intégrer cette formation, trois tentatives furent nécessaires pour entrer à l'école d'infirmières. Nous n'étions pas vus d'un bon œil car ce n'était pas la place d'un homme. Mes études achevées, j'ai émis le vœu d'exercer auprès des enfants et même d'exercer dans le service de maternité ; je voulais alors être "sage-homme". Cela a soulevé un tollé général suivi d'une interdiction formelle alors que j'étais sorti major de ma promotion. En début de carrière, il y avait beaucoup de réticences à ce que j'intervienne sur la gent féminine. Actuellement il y a moins de problèmes dans ce domaine. Cependant, nous avons eu, nous les hommes, tellement de difficultés à nous faire accepter que beaucoup y ont renoncé. Comme dans chaque homme il y a une part de féminité, n'avons-nous pas enfoui en nous aussi un savoir inné à soigner les autres ? A débattre.
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R
Ajout très intéressant de Constance. En effet, l'utilisation de matériel est souvent très problématique !<br /> Déjà il prend du temps (ce n'est pas apprécié par les directions) et le matériel est réputé "déshumaniser" la pratique de soins. L'on parle de "bientraiter" la personne âgée, mais quand pense-t-on à bien traiter le personnel ?<br /> En effet, pourquoi devrait-on faire appel aux employés hommes du Service ? Une fois encore la notion de concurrence féminin/masculin entre en jeu, et de valeur plus grande des hommes au travail !<br /> <br /> Les groupes ont tendance à mettre en avant des reproches envers les personnels féminins trop doux ou trop maternants ... Ce qui est révoltant : en quoi la douceur serait-elle un défaut auprès des personnes âgées ?!
R
Merci pour ce point de vue que je partage aussi. Cela pourrait faire l'objet d'un long débat...
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C
"Déjà il prend du temps (ce n'est pas apprécié par les directions) et le matériel est réputé "déshumaniser" la pratique de soins." <br /> <br /> Je suis loin d'être persuadée que ce sont les directions qui constituent à elles seules un frein. En revanche leur obsession obsessionnelle d'une part de la recherche du compromis au sein d'une équipe et d'autre part leur obsession obsessionnelle à ne jamais vouloir déplaire contribuent pour une bonne part à ce que le débat ne soit finalement jamais franchement tranché.<br /> <br /> Quant à la "déshumanisation" de la pratique du soin engendrée soi disant par l'emploi d'aides techniques, je n'ai pour ma part jamais vu un soulève - malade déposer un malade sur un lit avec brutalité... bien au contraire .
R
Suis d'accord avec René Manteau et Vincent Ronca. Pourtant la présence d'un homme en Unité Fermée est particulièrement appréciable au plan thérapeutique : les hommes pouvant faire accepter certaines règles (assimilées à une fonction d'autorité, en un mode transférentiel pour certains patients) à des malades, qu'aucune femme ne peut ! Leur force physique rend parfois aussi bien des services auprès du personnel féminin.<br /> La dimension inconsciente du soin est présente, particulièrement face aux dégénérescences cérébrales ...<br /> Bravo pour la notion de "savoir inné enfoui" !