Et si on revenait dans leur passé

Publié le par Carole CARNEMOLLA -COUSIN

Carole Carnemolla -Cousin est psychologue à l'EHPAD Les Quiétudes à Lautrec (Tarn). Elle est aussi la présidente du  Collège Tarnais des Psychologues en Gérontologie  (CTPG)

 Et si on revenait dans leur passé
 Et si on revenait dans leur passé
 Et si on revenait dans leur passé
 Et si on revenait dans leur passé
 Et si on revenait dans leur passé

 

EHPAD Les Quiétudes à Lautrec (Tarn)

 

 

Depuis plusieurs années, je travaille auprès de résidents ayant la maladie d'Alzheimer ou apparentées et j'accompagne les équipes au quotidien sur le terrain.

En tant que psychologue spécialisée en gérontologie, j'aide le personnel à identifier le trouble dont souffre le résident : déambulation, anxiété, agitation, irritabilité, opposition.... Surtout, je m’emploie à proposer des actions adaptées, des activités qui ont du sens pour les malades : bricolage, jardinage, activités ménagères et de cuisine. 

 

Face aux difficultés des équipes, je suis partie du postulat suivant : travailler à partir de l'environnement, créer des ambiances, redonner du SENS à l'espace afin qu'il puisse faire résonance pour le malade.

 

Créer une ambiance, c'est demander aux soignants de proposer une mise en scène en posant des objets sur les tables afin d'inciter le résident à les toucher ou à en parler. Souvent, ceux-ci sont en lien avec son histoire de vie. Il s'agit de créer une ambiance rassurante, cohérente avec le comportement attendu.

 

Une fois les objets posés sur la table ou l'environnement préparé, les résidents peuvent se mettre en activité sans avoir forcément besoin d'un soignant.

 

Les objets sont par eux-mêmes une source d'occupation et représentent pour chacun d'entre nous une fonction.

 

Et si nous repensions les pièces d’habitation afin de replonger les résidents dans l'ambiance d'antan au cours de leur déambulation ? Un décor comme à la maison avec la cuisine d'autrefois, un environnement de classe d’école avec l'odeur de l'encrier, l’ambiance d'une épicerie avec son étal de fruits et légumes, une atmosphère de hall de gare avec les horaires du train....

 

L'objectif est de permettre aux personnes de retrouver des souvenirs en rapport avec leur histoire de vie, à leur signification grâce à la mémoire biographique et/ou à la mémoire collective.

En confrontant les malades à des objets anciens, des décors déjà vus, des odeurs, leur mémoire refait surface, ce qui permet surtout d’offrir un moment de bien être, de valorisation et d'échanges.

 

Aujourd'hui, les transmissions des soignants concernant les troubles du comportement ont diminué dans ce service. Les équipes ont un meilleur ressenti dans l'accompagnement proposé : utilité, mieux-être …

Publié dans soignants, EHPAD, résidents

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R
Donc la 3ème année, les familles "commencent" à se demander comment faire pression sur les directions. On leur répond "vous avez la réunion qui a lieu 4 fois par an ..." mais on leur refuse d'accéder aux téléphones des autres familles. Donc entrave à leur liberté d'expression et d'organisation. Peu de familles OSENT demander des coordonnées d'autres familles : la pudeur et la méfiance sont de mise, surtout que les directions dénigrent systématiquement la famille d'à côté ...
En tant que psychologue, j'ai informé de nombreuses familles et facilité les échanges, mais je l'ai payée de harcèlement, et de menaces sur mon emploi !
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R
Les familles n'ont pas le temps de se solidariser. Le temps d' "adaptation" aux rythmes et aux exigences des EHPADs sont telles, que la 1ère année est consacrée par les familles, uniquement à leur propre adaptation (et deuil, parfois, de ce à quoi elles doivent renoncer).
Leur 2ème année, elles commencent à ... s'interroger sur des dysfonctionnements humains, et tentent de repérer comment agir : elles se font rouler dans la farine par les directions et cadres (le silence est de rigueur)
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R
Bien sûr, Constance, vous avez totalement raison : le principe des U.V.P. était en effet de re-créer un habitat tel qu'à domicile.
Nous sommes bien loin du compte !
Et pour faire encore plus écho à votre interprétation de l'attitude de la Direction, je vous dirai que d'autres aide-soignantes ont été sanctionnées pour avoir organisé des repas collectifs (et donc familiaux) au sein de l'U.V.P.
Or les familles étaient participantes et commençaient à se soutenir entre elles. Mais sans doute la cohésion des familles était-elle préoccupante pour cette Direction ?!
Il faut dire aussi que les groupes d'EHPADs n'aiment pas que les familles aient des échanges entre elles, au cas où elles s'organiseraient en groupe de défense des intérêts des résidents face à l'EHPAD - CQFD
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P
Bonjour,
Vous écrivez "Il faut dire aussi que les groupes d'EHPADs n'aiment pas que les familles aient des échanges entre elles, au cas où elles s'organiseraient en groupe de défense des intérêts des résidents face à l'EHPAD"
Voici bien une de mes interrogations depuis bientôt 30 ans : pourquoi les "consommateurs" de ce secteur sont aussi désunis donc faibles ? J'ai bien sûr quelques explications qui pourraient faire l'objet d'un article sur ce blog.
Merci pour la richesse de vos débats.
R
Bien lu et d'accord avec vous, Constance. A ceci près que le panneau "sensoriel" (qui n'avait aucun but de décorer le lieu de vie nommé Unité de Vie Protégée) plaisait aux malades, s'il n'avait pas l'art de plaire au personnel qui devait forcément balayer ce que les personnes âgées arrachaient. Ce panneau était une initiative de l'art thérapeute. Non de moi qui ai exercé en tant que psychologue clinicienne.
Les objets anciens, j'avais bien sûr testé : aucun intérêt d'aucune personne âgée. Tout au plus le jour où l'on les posait sur une table ... puis plus rien.

Tant mieux si la psychologue qui a écrit l'article a eu plus de succès ! Aucune critique à son travail ni à son article. Mais il faut savoir que les personnes souffrant de dégénérescences (et même la plupart des p.âgées en EHPAD) souffrent d'un manque sensoriel considérable.

Travailler avec "les 5 sens" s'effectue avec des professionnels formés en ce sens. J'ai même vu des aide-soignantes se faire plaisir à cuisiner ... sauf que les personnes âgées n'y trouvaient qu'un seul intérêt : manger les gâteaux, et non pas sentir, toucher, etc. La direction a fini par supprimer toutes tentatives de faire des gâteaux : les aide-soignantes ont été jugées "fainéantes", ou trop gourmandes !
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C
Mais R, j'avais bien saisi que ce panneau mural ne constituait pas un objet de décoration ... sauf que la conception des unités dîtes protégées met l'accent dans son architecture, son aménagement pour rappeler l 'habitat des maisons . Si l'on part de ce postulat , il devient alors incongru de dresser des panneaux muraux faits de tissus et d'objets . ces derniers n'existant dans la " vraie vie".

Voilà la raison pour laquelle , à mon avis , le projet de l'art -thérapeute méritait en préambule une explication, d'autant plus qu'il met à mal les raisons pour lesquelles les agents et les aides soignants sont précisément présents . Leur fond de commerce étant effectivement l'hygiène , le rangement et la sécurité des résidents .

Alors ils , elles ont traduit

Petits objets ; nids à poussière , hygiène des mains des résidents et vigilance accrue sur le risque de chute.

Histoire du gâteau

Et depuis quand prendre plaisir à manger un gâteau, qui plus est : un des risques majeurs qui guette un malade Alzheimer étant la dénutrition , ne rentre pas dans le cadre d'une activité sensorielle ?

Parce que cette activité a été proposée par une aide- soignante et cette dernière pour aggraver son cas a pris du pris du plaisir à faire ce gâteau.


Crime de lèse- majesté?

Qu' a voulu la directrice de cet EHPAD ?, sinon sanctionner l'aide- soignante qui a osé faire autre chose que du ménage ou laver les mains des résidents?
R
Je n'ai sans doute pas été assez explicite : le personnel ne tolérait même pas UN objet !!! Excédés par la surcharge de travail (ce que je pouvais comprendre, tout en constatant que c'était au détriment des malades).
Pour donner un autre exemple, une art thérapeute avait composé un panneau mural avec des matériaux et divers tissus A TOUCHER. Le personnel a refusé, disant que ça ne servait à rien. Or les malades avaient passé un temps fou à tout décoller, et détériorer ledit panneau ... au moins s'étaient-ils occupés. L'art thérapeute et moi-même étions ravies que les malades aient détruit patiemment le panneau tactile.
Faire l'éducation du personnel n'est pas toujours chose facile !
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C
Bonjour R,

" ... Le personnel a refusé, disant que ça ne servait à rien...Faire l'éducation du personnel n'est pas toujours chose facile ! "

Je suis aide - soignante à domicile depuis 7 ans après avoir travaillé 10 ans en EHPAD.

A ce jour je n'ai jamais vu chez une personne âgée un panneau mural avec des objets ou tissus censé susciter l'envie de toucher , malaxer, chiffoner y compris détruire. j'ai vu , en revanche des panneaux muraux faits de photos , d'arbres généalogiques.

ce que je souhaite souligner

un panneau d'activités ne fait pas partie d'un décor usuel d'un logement d'une personne âgée. .. Et peut- être aurait -il fallu commencer par là quand il a s'agit d'expliquer à des aides- soignants et agents le pourquoi de ce projet . Expliquer que le parti pris de ce fameux panneau mural est d'emblée de créer autre chose qu'un décor "basique " personne âgée

Il ne faut jamais oublié que la première exigence de l'institution ( familles comprises) est de demander à ses agents et à ses aides - soignants la garantie de maintenir des personnes âgées propres sur elles déambulant ou pas dans des locaux propres, rangés, sécurisés ( un morceau de tissu ou un objet par terre présente un risque de chute non négligeable) .

Et ce 24H00/ 24, 365 jours par an
C
" ... Il m'a paru très difficile de lutter contre le manque de personnel, qui se traduit directement sur un désoeuvrement accentué des malades !..."

Oui , en ce sens la proposition de Carole Carnemolla -Cousin est intéressante , parce qu innovante ; " ...l es résidents peuvent se mettre en activité sans avoir forcément besoin d'un soignant... "

Un bémol quand même,

le risque d'en faire de trop ( trop d'objets vintage ) et finir par créer une ambiance trop tout, total look années 50 par exemple,
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R
Mon expérience est un peu différente de celle de la psychologue citée. Les personnels, surchargés, étaient en refus de participer à quelque proposition de disposer des objets anciens. Parce que cela leur ajoutait du travail à leur surcharge quotidienne.
Je peux témoigner d'avoir vu de trop nombreux malades avec plus aucun objet à toucher : bref une inactivité forcée, au prétexte que tout objet ajouté créait une surcharge de travail au personnel !
De toute évidence, pour moi l'inactivité augmentait la déambulation et la désespérance des malades. Certains s'en prenaient à la literie ou au placard à vêtements ! Par exemple, nous retrouvions les lits défaits ...
Il m'a paru très difficile de lutter contre le manque de personnel, qui se traduit directement sur un désoeuvrement accentué des malades !
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