Récemment, j’ai avancé une proposition de schéma de l’évolution des soins au cours de ma carrière. Je reviens ici préciser ce que j’en perçois aujourd’hui dans la pratique soignante quotidienne.
Au début était le soignant détenteur du savoir et de l’autorité ainsi conférée. Il s’agissait surtout du médecin mais pas seulement : les paramédicaux détenaient leur part de ce pouvoir soignant tant vilipendé de nos jours. C’était le temps des « patrons » et de leurs élèves ; bien que subsistant encore, cette représentation est désormais progressivement substituée par la « médecine fondée sur la preuve »[1] qui se situe davantage dans les résultats d’études publiés dans la littérature médicale internationale ainsi que dans les recommandations émises par des agences officielles[2] ou des sociétés savantes.
Impossible toutefois de prétendre que la dimension dite paternaliste a disparu.
Le deuxième temps, celui de l’empathie, est toujours actuel avec sa limite infranchissable : je ne peux pas me mettre pleinement à la place de mon patient car je ne suis pas mon patient. Impossible toutefois de voir cette composante disparaitre tant elle détermine de nombreuses attitudes devant l’évidence de souffrances à soulager.
Le troisième temps, à peine esquissé, est celui de l’écoute et de l’observation pluridisciplinaires ainsi que de l’introspection du soignant. La prise de conscience de l’insuffisance du paternalisme et de l’empathie est lente mais irréversible. Un sentiment fait son chemin : celui de ne pas être neutre, d’être comme tout humain sujet à l’erreur, de devoir recueillir l’avis du patient et des autres partenaires des soins.
Un quatrième temps, totalement balbutiant, pourrait être celui de l’intégration de l’acte soignant dans le contexte historique et socioéconomique du lieu et du moment, en un mot dans la culture mieux décrite par les sciences humaines que dans les ouvrages de médecine.
[1] Termes issus de la notion anglo-saxonne d’ « evidence-based medicine »
[2] Par exemple en France : l’HAS ou l’ANSM.