Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Ce grand imposteur d’Alzheimer

Publié le par Véronique

Ce grand imposteur d’Alzheimer

En cette fin de matinée, rien ne réussit à l’apaiser. Un peu plus tôt, elle a pris son petit-déjeuner, réclamant un café crème et un croissant au beurre puis elle a refusé, offusquée, l’aide à la toilette, arguant avec dédain qu’elle n’était plus une gamine.

Dans ce lieu collectif avec des horaires et des règlements, se mélangent des flashs de l’hôtel Beau Soleil et du pensionnat St Joseph de son adolescence.

Mais elle est désormais une jeune femme libre, jeune et moderne comme en témoignent sa tenue de denim, ses grosses bagues aux doigts et ses longs cheveux clairs balayant ses épaules.

Elle déclare qu’elle s’est arrêtée ici pour la nuit et qu’il est impératif qu’elle rentre chez elle.

Elle arpente les couloirs, en quête de renseignements et cherche un responsable.

Elle réclame ses clés et ne sait plus où est garée sa voiture, elle panique, c’est sûr on la lui a volée.

"Comment, ici ce n’est pas un hôtel mais arrêtez de raconter n’importe quoi, dîtes que je suis folle pendant que vous y êtes !"

Chaque jour, elle répète inlassablement son histoire. Une semaine, un mois, un an, quatre ans qu’elle est arrivée hier dans ce gite de passage cherchant son chemin pour rentrer au bercail.

Ce jour-là, quelqu’un lui dit une énième fois qu’elle est à la maison de retraite. Et pour la première fois, elle ne se rebiffe pas et lance cette phrase avec effroi :

"C’est la mascarade dans ma tête".

Ces mots d’une grande lucidité me touchent au cœur et me laissent bouche bée.

Je visualise ce jeu de dupe de son pauvre cerveau criblé de plaques séniles qui travestit la vérité, l’empêche de raisonner, d’élaborer comment rentrer.

Je vois défiler avec ses yeux, tous ces gens qui l’entourent, ces grimaces et ces cris, ces femmes en blanc et ces vieux recroquevillés dans leurs fauteuils coquilles.

Je vois la grande scène de sa vie qui joue une tragédie hypocrite en effaçant les actes et supprimant les vers.

Tous ces acteurs tartuffes qui manipulent ses journées, veulent lui faire croire que sa mère est morte, que sa maison est vendue, qu’elle habite ici depuis plusieurs années.

Pieds et poings liés par ce grand imposteur d’Alzheimer, elle n’a d’autres choix que de partir en tournée dans son passé, de s’éloigner toujours plus loin de ce présent au décor effrayant.

A chaque étape, elle laisse un peu plus d’elle-même, désapprenant comment jouer au jeu de sa vraie vie.

Repose-toi, Alexia, le rideau est tiré, Alzheimer n’aura pas, le plus beau, le plus pur:

L’essence de toi-même.

 Véronique / AMP en EHPAD

Lien vers mon blog 

Partager cet article
Repost0

La satisfaction des patients passe par celle des infirmières

Publié le par Louis Lacaze

La satisfaction des patients passe par celle des infirmières

Alors que le personnel infirmier en grève d’un établissement de santé de Tarbes (65 - France) se bat depuis plusieurs semaines pour améliorer ses conditions de travail il ne me semble pas inutile de résumer en quelques lignes l’opinion d’un médecin urgentiste américain.

De nombreux intervenants cherchent à améliorer le fonctionnement des hôpitaux, bien souvent en donnant la priorité à leur gestion financière sans prendre en compte que ce sont les infirmières qui passent le plus de temps au contact des patients. Si elles ne sont pas satisfaites de leurs conditions de travail, ces derniers en supporteront inévitablement les conséquences.

Des psychologues ont démontré que, pour réussir sur le plan professionnel, le travail devait apporter de la satisfaction au personnel qui se retrouvait plus motivé et plus performant. Non seulement une infirmière heureuse sur le lieu de travail sera certes plus appréciée par les malades mais, ce qui est plus important, elle sera sûre d’elle, consciente de sa valeur, travaillera mieux et courra moins le risque de commettre des erreurs.

Les priorités d’une infirmière vont au-delà du chèque à la fin du mois. Elle ne se sent pas valorisée par le montant du chèque mais par un sentiment d’utilité qui donne à sa vie tout son sens.

A son arrivée au service des Urgences dans un hôpital de Las Vegas, l’auteur de l’article s’est adressé individuellement aux infirmières et leur a posé les questions suivantes :

- Quelles satisfactions vous apporte votre travail ?

- Qu’est-ce qui est le plus difficile à supporter ?

- Comment pourrait-on améliorer vos conditions de travail ?

- Vous sentez-vous fatiguée ? Avez-vous suffisamment de pauses ?

- Travaillez-vous avec l’ensemble du personnel dans une ambiance agréable ? Y-a-t-il quelqu’un qui vous sape le moral ?

Quand il a rédigé son article, le Dr Alberto Hazan ne savait pas encore quels changements il pourrait introduire dans son service mais il était persuadé que la satisfaction du malade passe par celle du personnel qui se trouve le plus proche de lui. Ne risque-t-il pas de se voir accusé d’angélisme et d’ignorer superbement des contraintes financières incontournables ?

Sources

Dr Alberto Hazan 

 

Infirmière anonyme : For hospitals to thrive, they need to value nurses

http://www.kevinmd.com/blog/2016/07/hospitals-thrive-need-value-nurses.html

Publié dans éthique, soignants, hôpital

Partager cet article
Repost0

<< < 1 2 3 4 5 > >>