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Morts par grippe en France : un scoop ?

Publié le par Bernard Pradines

Certes, il est normal que l’on s’interroge sur une épidémie. Commun aussi que l’on cherche à limiter le nombre de victimes. Pourtant, rien n’est surprenant dans cet épisode fort médiatisé. Je me propose ici de m’interroger sur la disproportion entre l’événement et le retentissement qu’il reçoit dans la presse.

Pas de surprise donc. Si treize personnes âgées de 91 ans en moyenne sont décédées récemment dans un tableau d’infection grippale, il convient d’abord de se demander quel était le contexte pathologique chronique de ces personnes considérées individuellement. En effet, le « terrain » conditionne au premier plan l’agressivité de l’épidémie.

Beaucoup d’émotion aussi car seulement six d’entre elles étaient vaccinées contre la grippe. Si ce chiffre semble faible, il faut le rapporter aux taux décroissants de vaccination antigrippale en France, de l’ordre de moins de 50 %. Un taux de 80 % est toutefois avancé dans la presse pour les personnes âgées vivant en établissement. Par ailleurs, la vaccination est moins efficace chez les personnes âgées du fait de l'immunosénescence.

Bien sûr, il faut attendre les résultats de l’enquête en cours. Pourtant, certaines données sont déjà bien connues. Exemple : une idée fausse très répandue considère que le risque de contamination va de la personne âgée chroniquement malade vers ceux qui l'approchent et non l’inverse. Ainsi, les mesures de protection des personnes peuvent être à sens unique, dans le mauvais sens pour la grande majorité des situations. D’où un immense pan défectueux de la prévention : le taux très faible de vaccination, voire inexistant, des personnels soignants, des familles et de tout l’entourage des personnes âgées (1).

D’autres facteurs interviennent comme la sous-utilisation de la vaccination antipneumococcique, y compris dans ses indications les plus restrictives. Citons aussi les retards de diagnostic ou la crainte de l’utilisation trop large des antibiotiques.

Des facteurs psychologiques interviennent avec leurs conséquences concrètes : à force de répéter que la vieillesse n’est pas une maladie, qu’il faut démédicaliser les établissements, on risque de baisser la vigilance.

Enfin, ici comme lors de la canicule, la culpabilité collective devant le placement, considéré comme indigne, appelle une sanction exemplaire : celle de considérer que l’on a abandonné son parent au « mouroir ».

(1) Contal E, Putot A, Dipanda M, Perrin S, Asgassou S, Sordet-Guépet H, Manckoundia P. La couverture vaccinale contre la grippe saisonnière du personnel soignant en gériatrie : mise au point. Rev Epidemiol Sante Publique. 2016 Dec;64(6):415-423.

 

 

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Injustice et douleur

Publié le par Bernard Pradines

Injustice et douleur

La dimension subjective de la douleur est souvent sous-estimée chez la personne âgée comme chez les sujets plus jeunes. C’est pourquoi les résultats de l’étude publiée par Martel (Martel et al, 2016) méritent attention.

Pour ces auteurs, devant la douleur, l’injustice perçue est définie par l’évaluation de la gravité et de l’incurabilité de la perte associée à la douleur, à la culpabilité et à une sensation d’iniquité. Toutefois, les mécanismes par lesquels cette perception conduit à l’incapacité ne sont pas bien compris. L’étude publiée vise à préciser la relation entre l’injustice perçue et les conséquences de la douleur chronique (intensité de la douleur, incapacité liée à la douleur et détresse psychologique).

Il existerait un lien direct entre le sentiment d’injustice d’une part et l’intensité de la douleur, l’incapacité et la détresse psychologique d’autre part.

Commentaires : comme toujours, il convient de s’interroger sur les liens de causalité (quelle est la cause et quel est l’effet?). Autrement dit, le sentiment d’injustice, si fréquent dans ces situations au grand âge, pourrait-il en lui-même aggraver les conséquences de la douleur chronique ? Si tel était le cas, la recherche de ce sentiment serait importante pour la qualité de l’accompagnement. 

Pourtant l’interrogation pourrait et devrait aller plus loin : s’il s’agit parfois d’un sentiment de justice, c’est-à-dire de punition méritée, le sujet ne trouverait-il pas là un sens à l’absurdité de sa douleur ?

Source :

Martel ME, Dionne F, Scott W. The Mediating Role of Pain Acceptance in the Relation Between Perceived Injustice and Chronic Pain Outcomes in a Community Sample. Clin J Pain. 2016 Aug 12

Publié dans douleurs

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