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Vieillesse et poésie

Publié le par Louis Lacaze

Vieillesse et poésie

Les animateurs de Geripal ont invité Marilyn Mc Intyre, professeur de littérature et de sciences humaines en école de médecine et Guy Micco, longtemps professeur de médecine et actuellement retraité pour leur donner l’occasion d’expliquer pourquoi la poésie peut apporter un élément positif sur le plan psychologique aussi bien que physique aux séniors.

Le praticien doit comprendre que soigner un cœur ne se limite pas à corriger son fonctionnement défectueux mais que malheureusement l’organe est une part d’un être humain qui demande toute son attention ; la poésie peut offrir une porte d’accès. Elle peut être une clé permettant d’entrer dans un monde qui était inaccessible et qui passe de deux dimensions à trois. La mélodie d’un poème permet de communiquer à un niveau habituellement réservé à la musique.

Les auteurs pensent que le monde médical à tout à gagner à faire une place à la poésie. On consacre davantage d’attention au vocabulaire. On soigne l’écoute. Les métaphores permettent aux patients de mieux exposer leurs problèmes. Les EHPAD seront un lieu privilégié où la poésie peut lutter contre les trois plaies récurrentes : l’ennui, le désespoir, la solitude.

Pour illustrer son propos, le Dr Micco a interprété "Hello in there", chanson de John Prine.

Dans une interview, John Prine a raconté qu’à 23 ans il était facteur et que dans sa tournée il voyait des vieux postés derrière leurs fenêtres. Il a éprouvé le besoin d’écrire une chanson .

« Cette chanson occupait ma pensée en permanence et comme avant de déménager je passais régulièrement devant un centre d’accueil de personnes âgées, j’ai dit bonjour d’un signe de la main à un résident qui s’est redressé et m’a fait à son tour un signe de la main. Les jours suivants il était rejoint par d’autres résidents qui à leur tour m’envoyaient leur bonjour. Ceci jusqu’au jour de mon départ. »

Dans les commentaires qui suivent une des nombreuses diffusions de "Hello in there" dans YouTube - https://www.youtube.com/watch?v=rtrALjg0-xQ - une internaute déclare : « Il y a 40 ans que je suis infirmière et cette chanson a toujours été pour moi une ligne de conduite professionnelle ».

Voici la chanson déjà publiée sur ce blog :

Traduction en français :

Bonjour, comment ça va ?

Nous avions un appartement en ville,
Loretta et moi on y était bien.

Il y a bien longtemps que les enfants sont grands

Ils ont leur vie et nous nous retrouvons seuls 

John et Linda sont en Omaha

Et Joe n’arrête pas de bouger

Nous avons perdu Davy dans la guerre de Corée,

Je ne sais toujours pas pourquoi, je ne me pose même plus la question.


Refrain
Vous savez qu’en vieillissant les arbres deviennent plus forts

Et que les rivières deviennent de jour en jour plus agitées.

Les vieux se contentent de se retrouver de plus en plus seuls.

Ils attendent que quelqu’un vienne leur dire « Bonjour, ça va ? ».

 

Loretta et moi on ne se parle plus beaucoup.

Elle reste là, assise, devant la porte de derrière, elle regarde dehors

Et le cours de la vie est toujours le même

Comme un vieux film qui repasse sans arrêt.

 

Un de ces jours je vais appeler Rudy,

On travaillait ensemble à l’usine.

Mais qu’est-ce que je vais lui dire s’il me demande « Quoi de neuf ? »

« Pour moi rien, et pour toi ? pas grand-chose à faire »

 

Donc, si un jour quand vous marchez dans la rue,

Votre regard se pose sur des yeux anciens, enfoncés, creux,

Je vous en supplie, ne vous contentez pas de poser sur eux un regard indifférent

Dites « Bonjour, comment ça va ? ».

Sources :

Geripal, animé par Alex Smith MD et John Widera MD Poetry about Aging: Marilyn McEntyre and Guy Micco

In her essay “Why Read a Poem in a Time Like This?”, Marilyn McEntyre writes:

“All of us need it. We need it because good poems do something prose can’t do. They invite and enable us to notice the precarious fissures in what we think is solid ground. They direct us toward the light at the edge of things — the horizon, the fragment of dream before dawn, the feeling that’s hard to name, and can only be accurately captured by metaphor. They take us to the edge of what can’t be said”

Pour aller beaucoup plus loin on doit lire Podcast with Mike Rabow and Redwing Keyssar diffusé à la suite du précédent. Il apporte un précieux éclairage sur l’apport de la poésie à la médecine et à l’ensemble de l’humanité.

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Le chagrin tenace est reconnu comme une pathologie aux Etats-Unis

Publié le par Louis Lacaze

Le chagrin tenace est reconnu comme une pathologie aux Etats-Unis

Après plus de dix ans de réflexion, les psychiatres américains ont reconnu officiellement que les symptômes d’un chagrin tenace (prolonged grief) étaient distincts de ceux d’une dépression, pouvaient avoir des effets secondaires graves, et devaient faire l’objet d’un traitement médical. Les conséquences pratiques ont leur importance : les soins peuvent dorénavant être pris en charge financièrement par les organismes payeurs du pays.

La société a longtemps considéré que la souffrance d’un deuil prolongé était naturelle, illustrée par les veuves habillées de noir à vie, par les parents ayant perdu un enfant à qui, en guise de consolation, on peut déclarer qu’on ne se relève jamais de la mort d’un enfant.

Les chercheurs estiment que si la souffrance atteint un pic au bout de 6 mois avant de décroître, 4% des sujets ne connaissent pas cette évolution. Toutefois ils ont préféré retenir un délai de 1 an, les personnes touchées estimant que leur chagrin est toujours aussi vif 6 mois après la perte d’un être cher.

Le Dr Katherine Shear, professeur de psychiatrie, après avoir noté que les personnes concernées présentaient des symptômes plus proches du stress post-traumatique que de la dépression a élaboré à partir de cette constatation un programme de psychothérapie de 16 semaines qui conduit à des résultats positifs, supérieurs à ceux des traitements faisant appel aux antidépresseurs et autres thérapies antidépressives. Des surprises sont toujours possibles en ce domaine : un patient souffrant depuis des années peut subitement réagir de façon imprévisible, tirer un trait sur le passé et connaitre une nouvelle existence.

Commentaires de Bernard Pradines. Intéressante publication qui pose une fois de plus le problème de la définition des symptômes et des syndromes. Où se situent les frontières entre le deuil, le chagrin et la dépression ? Quand doit-on proposer un traitement médical médicamenteux en urgence ou en cas d’échec d’une psychothérapie de première intention ? Des débats qui sont parfois tranchés un peu vite, de manière péremptoire dans un ferme reproche à la médicalisation excessive. A l’inverse, la pression des compagnies pharmaceutiques est forte pour faire reconnaitre la nécessité de médicaments « pris en charge financièrement par les organismes payeurs du pays ». De plus, au-delà des critères établis par des groupes d’experts, l’analyse clinique au cas par cas, l’évaluation du risque des conséquences fâcheuses au premier rang desquelles le suicide, la qualité de la relation entre le médecin et la personne soignée, l’observance du patient, sont autant d’éléments qui sont à prendre en compte dans l’attitude thérapeutique proposée. Sans compter le rôle indispensable du médecin généraliste dans le dépistage du deuil pathologique et l’accompagnement de la souffrance des endeuillés.

Sources :

Ellen Barry The New-York Times How Long Should It Take to Grieve? Psychiatry Has Come Up With an Answer

After more than a decade of argument, psychiatry’s most powerful body in the United States added a new disorder this week to its diagnostic manual: prolonged grief. The decision marks an end to a long debate within the field of mental health

Pour aller plus loin

  1. Maciejewski PhD et al. JAMA An Empirical Examination of the Stage Theory of Grief

Context The stage theory of grief remains a widely accepted model of bereavement adjustment still taught in medical schools, espoused by physicians, and applied in diverse contexts. Nevertheless, the stage theory of grief has previously not been tested empirically.

Objective To examine the relative magnitudes and patterns of change over time post loss of 5 grief indicators for consistency with the stage theory of grief.

Et un texte du JIM nuançant fortement la publication de JAMA DSM : chronique d’une guerre prolongée

« On ne guérit d’une souffrance qu’à condition de l’éprouver pleinement » écrit Marcel Proust dans Albertine disparue. Voilà donc une manière bien française de faire que de considérer que les leçons de la littérature valent mieux que toutes les analyses cliniques et biologiques

 

 

 

 

 

 

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