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L’engouement pour la mort assistée (19) : la tentation de l'Oregon (rapport 2023)

Publié le par Bernard Pradines

L’engouement pour la mort assistée (19) : la tentation de l'Oregon (rapport 2023)

En Oregon, c’est le suicide assisté médicalement qui est entré dans la loi en 1997. Ce sont 560 personnes qui se sont vu prescrire en 2023 une ordonnance pour des doses mortelles, contre 433 enregistrées en 2022. Ces personnes avaient 65 ans ou plus dans 82 % des cas, étaient blanches dans 94 % des cas.

Le diagnostic le plus courant était un cancer (66 %), suivi d’une maladie neurologique (11 %) et d’une cardiopathie (10 %).

Il fallait être :

1) âgé de 18 ans ou plus,

2) capable d’élaborer et de communiquer des décisions en matière de soins de santé aux professionnels de santé, et

3) être diagnostiqué avec une maladie en phase terminale qui entraîne la mort dans les six mois.

Sur les 560 patients pour lesquels des ordonnances ont été rédigées, 337 (60 %) sont décédés des suites de l’ingestion du médicament. Quatre-vingt-deux patients n’ont pas ingéré les produits létaux et sont décédés de leur maladie.

En tout, 17 patients (5 % des décès) ont survécu à leur pronostic, c'est-à-dire ont vécu plus de six mois après leur ordonnance létale, ce qui n’est donc pas prévu dans les critères d’inclusion pour la prescription.

Les médecins prescripteurs étaient présents au moment du décès pour 44 patients (12 %) ayant ingéré les médicaments létaux. D’autres professionnels de santé étaient présents pour soixante patients (16 %) et des bénévoles pour 95 décès (26%).

Le temps écoulé entre l'ingestion et le décès variait de trois minutes à 137 heures (vous avez bien lu), avec un délai médian de 53 minutes.

Les trois préoccupations de fin de vie les plus fréquemment signalées étaient une perte d'autonomie (92 %), une diminution de la capacité à participer à des activités qui rendaient la vie agréable (88 %) et la perte de dignité (64 %).

 

Commentaires de Bernard Pradines. Ce rapport est intéressant car les critères d’admission sont en grande partie comparables à ceux qui sont annoncés en France par le président de la République le 10 mars 2024. On constate l’accroissement régulier de l’« aide médicale à mourir » en Oregon.  Tous les patients n’ingèrent pas le produit mortel puisqu’environ un tiers d’entre eux s’en abstiennent. Le fait que 17 patients aient survécu plus de six mois en 2023 laisse penser que certaines personnes décédées par ingestion auraient pu aussi dépasser ce délai. La durée entre l’ingestion et le décès peut parfois être comparable à celle d’une sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès. Enfin, les justifications avancées par les patients ne concernent pas d'abord, contrairement aux idées reçues, des symptômes pénibles réfractaires en fin de vie mais la capacité subjective à jouir pleinement de la vie. Une tendance à retenir car retrouvée aussi grosso modo dans d’autres pays tels que le Canada, la Suisse ou les Pays-Bas.

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L'engouement pour la mort assistée (18) : si les mots un sens

Publié le par Bernard Pradines

« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde »

« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde »

 

Le président de la République française déclare lors d’un interview le 10 mars 2024 : « Les mots ont de l’importance et il faut essayer de bien nommer le réel sans créer d’ambiguïtés. »[1]

Alors écoutons ce qui se dit et s’écrit en ces temps de débats multiples.

Des exemples. Encore le président dans le même interview :

« Le terme d’euthanasie désigne le fait de mettre fin aux jours de quelqu’un, avec ou même sans son consentement, ce qui n’est évidemment pas le cas ici. »

Euh, mettre fin aux jours de quelqu’un avec son consentement, c’est une aide au suicide ; sans son consentement, c’est un homicide, meurtre ou assassinat si préméditation.

Dans un texte de projet de loi diffusé en octobre 2023, il est question de « secourisme à l’envers »[2], alors qu’il s’agit d’achever une personne qui ne meurt pas assez vite.

Le pompon revient à ceux qui actualisent à leur manière le serment d’Hippocrate vieux de quelque 2500 ans. Vous auriez mal entendu la phrase suivante :« Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. » 

Vous auriez dû comprendre que si « l’usage courant a donné au terme « délibérément » l’idée d’une action intentionnelle, la racine de ce mot est le verbe « délibérer ». Délibérer, c’est peser tous les éléments d’une question et débattre, collectivement ou avec soi-même, avant de prendre une décision. »[3]

Bravo les artistes !

Références :

[1] Emmanuel Macron sur la fin de vie : « Avec ce projet de loi, on regarde la mort en face » : https://www.la-croix.com/france/interview-exclusive-macron-projet-loi-fin-vie-euthanasie-suicide-assiste-20240310

[2] Fin de vie : l’exécutif veut instaurer le « secourisme à l’envers »… https://www.koztoujours.fr/fin-de-vie-lexecutif-veut-instaurer-le-secourisme-a-lenvers

[3] Fin de vie : « Hippocrate a offert aux soignantes et soignants un chemin humaniste qui nous oblige ».

https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/03/18/fin-de-vie-hippocrate-a-offert-aux-soignantes-et-soignants-un-chemin-humaniste-qui-nous-oblige_6222675_3232.html

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