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La tentation du pronostic

Publié le par Bernard Pradines

La tentation du pronostic
La tentation du pronostic

De nombreux sites sur Internet sont censés vous indiquer votre probabilité de présenter une pathologie donnée ou même de mourir [1] en fonction des renseignements que vous leur fournirez.

Prenons un exemple au hasard.

Je veux calculer mon risque de présenter dans les dix ans à venir une pathologie cardiovasculaire athéroscléreuse (en anglais : ASCVD) dont les principales manifestations sont les accidents vasculaires cérébraux et les maladies obstructives des vaisseaux qui irriguent le cœur : les cardiopathies ischémiques.

Je me rends donc sur le calculateur du site de l’American College of Cardiology [2].

Je suis un homme de 73 ans, de « race blanche », ma pression artérielle actuelle est de 130 / 85 mm Hg, mon cholestérol sanguin total est égal à 204 mg/dL, l’HDL cholestérol est à 49 mg/dL et le LDL à 122 mg/dL.

Je n’ai jamais présenté un diabète sucré.

Je suis un ancien fumeur, ayant interrompu l’usage du tabac depuis plus de cinq ans.

Je suis sous bithérapie antihypertensive, sous statine mais non sous antiagrégant plaquettaire : ici l’acide acétylsalicylique.

Résultats.

Mon risque de présenter un ASCVD est élevé : 26,2 % dans les dix ans à venir mais il est réduit à 16,2% grâce aux traitements cités ci-dessus.

Heureusement, quelques conseils de bon sens me sont prodigués afin de rétablir une hygiène de vie optimale, en particulier dans les domaines de l’exercice physique et de l’alimentation.

Admettons.

La première question à se poser est : pourquoi avoir réalisé ce type de test qui existe aussi en matière de pronostic vital, c’est-à-dire de nombre d’années restant à vivre ?

Parce que je suis inquiet pour ma santé, voire franchement hypocondriaque ?

Parce que je suis médecin et souhaite connaitre le pronostic cardiovasculaire de mon patient exposé à une dépendance physique et/ou psychique du fait de la pathologie redoutée ? Parce que je souhaite ajuster le traitement, conseiller mon patient ?

Parce que je proposerai une mesure de prévention primaire ou secondaire telle que le dépistage du cancer colorectal seulement si le pronostic vital à long terme est bon ?

Parce que je suis une assurance-vie très préoccupée par la bonne santé de mes souscripteurs ?

Parce que je suis un banquier qui doit s'assurer de la solvabilité de son prêt ?

Parce que je suis un héritier potentiel soucieux du bien-être de mon testateur en lui souhaitant de bénéficier de la rente viagère le plus longtemps possible ?

Parce que je suis un économiste soucieux des finances publiques et privées de mon pays ?

Problèmes toutefois. Le patient ci-dessus n’est pas américain, la « race blanche » est une notion contingente voire obsolète dans un pays comme la France. Surtout, une probabilité moyenne est loin d’être une certitude : les variations sont grandes autour de cette moyenne. De nombreux paramètres actuels et à venir ne sont pas mesurés.

Heureusement peut-être ne connaissons-nous pas la date exacte de notre mort, pas même celle de la survenue d’un hypothétique ASCVD !

Références

 [1] Pronostic vital : possibilité de renseigner le calculateur en français.

https://eprognosis.ucsf.edu/suemoto.php?language=French

[2] ASCVD Risk Estimator Plus. Pronostic à 10 ans :

https://tools.acc.org/ascvd-risk-estimator-plus/#!/calculate/estimate/

 

 

 

 

Publié dans Bilan, évaluation

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Canada : bilan de l'Aide Médicale à Mourir

Publié le par Bernard Pradines

Image issue de : https://www.spectrumsociety.org/happy-canada-day-july-1st-celebrating-150-years/

Image issue de : https://www.spectrumsociety.org/happy-canada-day-july-1st-celebrating-150-years/

Traduction personnelle de la conclusion de l’article de Coelho et al. paru le 18 juillet 2023 [référence ci-dessous]

Les cas dont nous avons discuté ici révèlent une normalisation troublante de l'Aide Médicale à Mourir (AMM - MAiD) au titre de « traitement standard » pour un large éventail de souffrances, y compris celles occasionnées ou aggravées par des facteurs socio-économiques. Certains commentateurs ont glorifié le système canadien pour encourager les citoyens qui optent pour l'AMM à ne pas être un fardeau pour leur famille ou pour la société. Dans ce contexte, il est inquiétant que 35,7 % des personnes qui ont reçu l'AMM en 2021 au Canada aient fait état de leur perception d'être un fardeau pour leur famille, leurs amis ou les soignants comme étant une composante de leur intolérable souffrance. D'autres ont aussi défendu l'AMM comme un choix totalement autonome pour éviter la souffrance de patients, y compris ceux qui se considèrent comme opprimés[1] et ne peuvent pas accéder à des ressources socio-économiques adéquates. Autrement dit, l’injustice socio-économique ne doit pas invalider la décision autonome d’AMM qui est prioritaire. Ceci révèle comment nous nous sommes éloignés de l'AMM définie comme une exception que la Cour suprême avait initialement envisagée. Cela se produit dans un contexte de contraintes importantes pesant sur les services de santé et d'accompagnement social ; ce qui pousse les individus à considérer l'AMM comme un outil accessible pour soulager leur souffrance. Le développement rapide de l'AMM offre des économies aux gouvernements, créant des incitations discutables mais perverses à ne pas remédier aux insuffisances du système de santé dont le but est pourtant de protéger les citoyens contre les décès prématurés injustifiés.

Commentaires de Bernard Pradines : l’AMM est autorisée depuis 2016 au Canada, sous la forme de l’euthanasie et du suicide assisté. Le développement de cette disposition est explicité dans l’article cité. Par exemple, deux possibilités sont désormais ouvertes : pronostic engagé à court terme ou pronostic non engagé à court terme, ce qui équivaut dans ce dernier cas de facto, pour les auteurs, à des personnes en perte d’autonomie. Il est particulièrement intéressant de voir à quel point le débat va jusqu’à opposer valablement l’autonomie individuelle à l’incapacité d’accéder aux soins adéquats [Wiebe K, Mullin A, 2023].

Références :

Coelho, R., Maher, J., Gaind, K., & Lemmens, T. (2023). The realities of Medical Assistance in Dying in Canada. Palliative & Supportive Care, 1-8. 

Wiebe K, Mullin A. Choosing death in unjust conditions: hope, autonomy and harm reduction. J Med Ethics. 2023 Apr 26:jme-2022-108871. 

 


[1] Le Canada comporte des populations minoritaires qui peuvent se considérer comme opprimées.

 

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