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Chutes et fractures

Publié le par Louis Lacaze

Chutes et fractures

Un relevé rapide du nombre de chutes chez les résidents de maisons de retraite et les participants aux séances d’entretien physique adaptées aux seniors atteint un chiffre insoupçonné, alors qu’il y a un silence autour de ces chutes. Les personnes ne les évoquent pas spontanément, les jugeant comme une conséquence logique de l’avancée en âge. Leur nombre et gravité risque d’augmenter avec le temps, d’entrainer une augmentation de la peur de tomber, une limitation du mouvement, un isolement social et un sentiment de solitude. Les chutes méritent de retenir l’attention du personnel soignant. Chercher à prévenir toutes les chutes serait irréaliste mais il est possible de réduire leur fréquence et leur dangerosité.

Pour dépister les chutes on peut demander à toute personne de plus de 65 ans si elle est tombée au cours d’une année, si elle craint de tomber. Si elle répond oui on peut la considérer comme à risque. Il existe de nombreux facteurs de risque de chute : les démences[1], les troubles cognitifs, les anomalies de la marche, de l’équilibre, les problèmes de vue, d’audition. La prise de médicaments peut être source de problèmes. Figurent au premier rang les psychotropes dont les benzodiazépines, les antipsychotiques, les antidépresseurs. Les opioïdes et les antihypertenseurs ne sont pas en reste.  Cette liste est loin d’être exhaustive. Le risque de chute est plus élevé lorsque les personnes débutent un traitement ou augmentent un dosage et si elles prennent plus de cinq médicaments, ce qui constitue la définition généralement admise de la polymédication[2].

Des tests permettent de juger de l’importance du risque. Se lever, marcher sur trois mètres, opérer un demi-tour et revenir s’asseoir en plus de 12 à 15 secondes[3],[4] révèle un risque, aggravé si l’exercice est accompagné d’anxiété. Ne pas rester debout sur un pied pendant au moins cinq secondes[5] confirme le risque. Une fois la personne informée, on cherchera à faire passer le patient d’un état passif à un état actif. Un interrogatoire amènera à dissuader le/la téméraire de monter sur tabouret, fauteuil, machine à laver pour saisir un objet.  La marche est un excellent exercice de prévention, en particulier pratiquée en groupe.  Les exercices de port de poids protègent des fractures.

La prescription de vitamine D peut s’envisager, des carences peuvent exister en particulier chez les résidents d’EHPAD.

Si le taux de chutes chez les seniors peut s’améliorer, on ne doit pas chercher à obtenir un taux nul qui reviendrait pratiquement à les immobiliser.  A la question traditionnelle de Geripal « Que feriez-vous si vous aviez une baguette magique ? » Sarah Berry gériatre et chercheur, auteur du texte cité en source répond qu’elle aimerait voir les médecins s’intéresser davantage aux chutes. En étant curieux, en posant des questions ils ne pourraient certes pas les prévenir toutes, mais au moins un certain nombre.

Commentaires de Bernard Pradines. Pour en savoir davantage, on pourra se reporter aux dernières recommandations françaises de la HAS en avril 2009 : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2009-06/chutes_personnes_agees_synthese.pdf

Référence : 

Geripal en novembre 2024 animé par Alex Smith MD et Eric Widera. Sarah Berry gériatre, professeur de médecine Falls and Fractures: A Podcast with Sarah Berry

Falls are very common among older adults but often go unreported or untreated by healthcare providers. There may be lots of reasons behind this. Patients may feel like falls are just part of normal aging. Providers may feel a sense of nihilism, that there just isn’t anything they can do to decrease the risk of falling.

 

[1] Le mot “démence” est encore largement utilisé dans le monde anglo-saxon (dementia) ; Il n’en est pas de même en France où l’on cherche à éviter ce qualificatif jugé stigmatisant ; parmi les propositions actuelles figurent les « troubles neurocognitifs majeurs ».

[2] Masnoon N, Shakib S, Kalisch-Ellett L, Caughey GE. What is polypharmacy? A systematic review of definitions. BMC Geriatr. 2017 Oct 10;17(1):230. doi: 10.1186/s12877-017-0621-2.

[3] Salgado R, Lord SR, Packer J, Ehrlich F. Factors associated with falling in elderly hospital patients. Gerontology. 1994;40(6):325-31. doi: 10.1159/000213607.

[4] La HAS retient le chiffre de 20 secondes dans ses recommandations de 2009 citées en commentaire du texte

[5] Cinq secondes : recommandations de la HAS de 2009 citées en commentaire du texte

Publié dans chutes, EHPAD, prévention

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Logements insécurisés, plus dure sera la chute

Publié le par Louis Lacaze

Logements insécurisés, plus dure sera la chute

Une idée fausse est de penser que seules les personnes âgées tombent. Nous pouvons tous trébucher et nous retrouver à terre. Le nombre de chutes est mal connu. Les personnes qui parviennent à se relever seules restent silencieuses, craignant d’être considérées comme diminuées, refusant d’admettre qu’elles risquent d’avoir des problèmes plus graves, d’avoir à quitter leur domicile si les chutes se répètent.

Parler de sécuriser un logement pour éviter les chutes est négatif, il est préférable d’aborder le sujet de manière positive, « on va vous rendre plus fort, la maison sera mieux qu’avant ». Sans trop se faire d’illusions sur l’efficacité du discours. Une description rapide des mesures à prendre pour sécuriser les lieux ne sert strictement à rien, information et action ne sont pas synonymes. Pour vaincre l’inertie, l’intervention d’un tiers s’’impose, ne serait-ce que pour enlever un tapis ou déplacer un meuble. Toutefois le recours à des professionnels n’est pas encouragé aux Etats-Unis, l’expérience ayant montré que le montant d’un devis pour poser une barre d’appui étant plus élevé de 30$ quand une femme en faisait la demande.

Les services médicaux d’urgence américains qui interviennent auprès des personnes victimes de chutes, à leur domicile dans environ 80% des cas, ressentent un fort sentiment de frustration en constatant qu’ils peuvent relever la même personne jusqu’à 75 fois dans un cas d’école. L’intervention terminée, ils repartent sans pouvoir agir pour éviter cette cascade de chutes. Quand ils ont franchi la porte, ils entrent souvent dans un univers nouveau, peu sécurisé où le risque est constamment présent en sachant que des solutions existent mais en dehors de leurs attributions.

Une solution a été trouvée avec la création de partenariats auprès des urgentistes. Leurs ambulanciers, déjà habilités à poser les détecteurs d’incendie, ont accepté de poser des barres d’appui et de sécuriser les logements après avoir reçu une autorisation officielle. Les frais sont payés par des donations, des subventions ont été accordées une fois constatée la diminution significative du nombre d'appels de chute reçus et de transports à l'hôpital.

Commentaires de Bernard Pradines. Nouvelle surprise à lire comment des pays différents peuvent recourir à des mesures variées. Le fait que des personnes de tous âges soient candidates à la chute est rarement envisagé. Donc acte. Si une personne jeune chute, qu’en sera-t-il d’une personne âgée dans les mêmes lieux ? L’intervention d’un tiers, ci-dessus décrite, ne semble pas s’embarrasser de l’accord de la personne concernée. Difficile de dissocier l’information de l’action, à moins d’imposer celle-ci. Dans quel monde vivons-nous ? Voici la question que l’on peut se poser à lire la discrimination par le genre en matière de devis pour une barre d’appui. Ce texte me semble globalement trahir un maintien à domicile très volontaire voire contraignant : manque de moyens financiers de la personne pour payer un établissement au point de devoir être secourue 75 fois ? Que les frais d’aménagement soient honorés par des donations ne nous rassure pas. Notre pays évoluera-t-il ainsi ?

Commentaires de Marie-Christine Montandon.

Aménager le lieu de vie peut permettre en effet de prolonger le maintien à domicile. Dans le cas d'une évaluation, lorsqu'il y a perte d'autonomie,  les équipes mobiles conseillent certaines adaptations telles que celles citées (barre d'accroche, retrait des tapis ou de certains meubles ...) avec possibilité d'obtenir certaines aides financières.

Cependant, avant toute chose, un examen médical est indispensable, pour réévaluer les traitements, proposer une éventuelle rééducation voire une aide mécanique, par exemple (déambulateur). Les troubles de l'équilibre sont également à associer à la baisse de l'acuité visuelle et auditive.

Il me semble important aussi de noter que les chutes sont également fréquentes en Ehpad, malgré un aménagement supposé adapté.

Publié dans chutes, domicile

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