Chutes et fractures
Un relevé rapide du nombre de chutes chez les résidents de maisons de retraite et les participants aux séances d’entretien physique adaptées aux seniors atteint un chiffre insoupçonné, alors qu’il y a un silence autour de ces chutes. Les personnes ne les évoquent pas spontanément, les jugeant comme une conséquence logique de l’avancée en âge. Leur nombre et gravité risque d’augmenter avec le temps, d’entrainer une augmentation de la peur de tomber, une limitation du mouvement, un isolement social et un sentiment de solitude. Les chutes méritent de retenir l’attention du personnel soignant. Chercher à prévenir toutes les chutes serait irréaliste mais il est possible de réduire leur fréquence et leur dangerosité.
Pour dépister les chutes on peut demander à toute personne de plus de 65 ans si elle est tombée au cours d’une année, si elle craint de tomber. Si elle répond oui on peut la considérer comme à risque. Il existe de nombreux facteurs de risque de chute : les démences[1], les troubles cognitifs, les anomalies de la marche, de l’équilibre, les problèmes de vue, d’audition. La prise de médicaments peut être source de problèmes. Figurent au premier rang les psychotropes dont les benzodiazépines, les antipsychotiques, les antidépresseurs. Les opioïdes et les antihypertenseurs ne sont pas en reste. Cette liste est loin d’être exhaustive. Le risque de chute est plus élevé lorsque les personnes débutent un traitement ou augmentent un dosage et si elles prennent plus de cinq médicaments, ce qui constitue la définition généralement admise de la polymédication[2].
Des tests permettent de juger de l’importance du risque. Se lever, marcher sur trois mètres, opérer un demi-tour et revenir s’asseoir en plus de 12 à 15 secondes[3],[4] révèle un risque, aggravé si l’exercice est accompagné d’anxiété. Ne pas rester debout sur un pied pendant au moins cinq secondes[5] confirme le risque. Une fois la personne informée, on cherchera à faire passer le patient d’un état passif à un état actif. Un interrogatoire amènera à dissuader le/la téméraire de monter sur tabouret, fauteuil, machine à laver pour saisir un objet. La marche est un excellent exercice de prévention, en particulier pratiquée en groupe. Les exercices de port de poids protègent des fractures.
La prescription de vitamine D peut s’envisager, des carences peuvent exister en particulier chez les résidents d’EHPAD.
Si le taux de chutes chez les seniors peut s’améliorer, on ne doit pas chercher à obtenir un taux nul qui reviendrait pratiquement à les immobiliser. A la question traditionnelle de Geripal « Que feriez-vous si vous aviez une baguette magique ? » Sarah Berry gériatre et chercheur, auteur du texte cité en source répond qu’elle aimerait voir les médecins s’intéresser davantage aux chutes. En étant curieux, en posant des questions ils ne pourraient certes pas les prévenir toutes, mais au moins un certain nombre.
Commentaires de Bernard Pradines. Pour en savoir davantage, on pourra se reporter aux dernières recommandations françaises de la HAS en avril 2009 : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2009-06/chutes_personnes_agees_synthese.pdf
Référence :
Geripal en novembre 2024 animé par Alex Smith MD et Eric Widera. Sarah Berry gériatre, professeur de médecine Falls and Fractures: A Podcast with Sarah Berry
Falls are very common among older adults but often go unreported or untreated by healthcare providers. There may be lots of reasons behind this. Patients may feel like falls are just part of normal aging. Providers may feel a sense of nihilism, that there just isn’t anything they can do to decrease the risk of falling.
[1] Le mot “démence” est encore largement utilisé dans le monde anglo-saxon (dementia) ; Il n’en est pas de même en France où l’on cherche à éviter ce qualificatif jugé stigmatisant ; parmi les propositions actuelles figurent les « troubles neurocognitifs majeurs ».
[2] Masnoon N, Shakib S, Kalisch-Ellett L, Caughey GE. What is polypharmacy? A systematic review of definitions. BMC Geriatr. 2017 Oct 10;17(1):230. doi: 10.1186/s12877-017-0621-2.
[3] Salgado R, Lord SR, Packer J, Ehrlich F. Factors associated with falling in elderly hospital patients. Gerontology. 1994;40(6):325-31. doi: 10.1159/000213607.
[4] La HAS retient le chiffre de 20 secondes dans ses recommandations de 2009 citées en commentaire du texte
[5] Cinq secondes : recommandations de la HAS de 2009 citées en commentaire du texte
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