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ethique

Établissements d’accueil : le meilleur peut côtoyer le pire

Publié le par Louis Lacaze

Établissements d’accueil : le meilleur peut côtoyer le pire

Le vieillissement de la population s’accompagne d’un nombre croissant de personnes fragiles qui ne relèvent pas d’une hospitalisation mais qui ne sont plus en mesure d’assumer les tâches courantes domestiques de la vie quotidienne voire de solliciter des soins médicaux. Des investisseurs n’ont pas tardé à découvrir qu’une partie non négligeable de la population, captive, vulnérable, peu apte à se défendre, pouvait offrir d’excellents placements financiers.

Dans les établissements d’hébergement comme partout, les bénéfices correspondent aux recettes diminuées des dépenses ; celles-ci sont bien inférieures à celles de établissements médicalisés. Le mode d'emploi pour augmenter les recettes et diminuer les dépenses est simple : augmenter le prix du séjour et diminuer le nombre et la qualité des services. Augmenter les recettes relève d’une stratégie simple, bien connue des compagnies aériennes low-cost ; à un prix d’appel bas peuvent s’ajouter diverses prestations supplémentaires qui au fil du temps peuvent devenir incontournables. La clientèle est pratiquement captive, le piège est refermé.

Si le défi à relever est immense - la plupart des personnes auraient préféré rester chez elles - tous les établissements d’accueil ne sont pas à mettre dans le même panier. Certains s’attachent à respecter une certaine éthique, engagent suffisamment de personnel, veillent à son bien-être, donnent la priorité à la qualité des soins. Deux recommandations sont à retenir : le résident ou son représentant doit avoir sa place au conseil d’administration. Les organismes de santé de l’État doivent vérifier que le nombre de résidents est en parfaite adéquation avec les locaux, l’équipement en place, le nombre et la compétence du personnel. Ce dernier point étant le plus important, les politiques n’ont pas pris en compte le vieillissement de la population. L’effort financier à fournir pour former et rétribuer correctement le personnel, inéluctable, n’en sera que plus brutal.

Commentaires de Bernard Pradines. Problème américain mais aussi français. La résistance à la pente glissante commence à peine à porter ses fruits en France. En cela, la révolte des familles d’un EHPAD parisien de luxe est rapportée dans le fameux ouvrage de 2022 réédité en 2023 : « les Fossoyeurs » de Victor Castanet. Considérer les humains vulnérables à l’instar d’un matériel quelconque dans une logique entrepreneuriale, c’est, comme l’aurait peut-être dit Henri Lacordaire, dominicain, la « liberté du renard dans le poulailler »*.

* https://www.wikiberal.org/wiki/Renard_libre_dans_le_poulailler_libre

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Vieux et seniors faux synonymes ?

Publié le par Louis Lacaze

Vieux et seniors faux synonymes ?
Vieux et seniors faux synonymes ?

Dans les écoles de médecine américaines, on rencontre nombre de sondages explorant la perception qu’ont les étudiants du troisième âge ; elles aboutissent aux mêmes conclusions.

Les questions posées étant très simples, les étudiants n’en soupçonnent pas les pièges éventuels, perdent toute prudence et livrent naïvement leurs idées préconçues.

Guy Mico, professeur de gériatrie, propose une variante au sondage classique demandant aux étudiants de définir leur conception de la vieillesse pour s’intéresser aux nuances du vocabulaire.

Pendant une minute les étudiants en médecine doivent écrire ce que représente pour eux le mot « vieux » (old). D’année en année, les réponses sont identiques : ridé, triste, fragile, etc.  Les cinq minutes suivantes sont consacrées au même exercice avec le mot « seniors » (elders) avec pour réponses : sagesse, importance, puissance, aisance financière, alors que les définitions des deux mots par les dictionnaires sont pratiquement identiques. 

L’âgisme – le mot a été créé en 1969 – se retrouve dans différentes sociétés à différentes époques. Les seniors ont pu être respectés, admirés, se retrouver à des postes importants dans la communauté. Ils ont aussi pu être méprisés, ignorés. Ils ont pu être respectés tant qu’ils se montraient utiles puis abandonnés à leur sort, les premiers hôpitaux étaient en fait des hospices pour vieillards.

Le Dr Louise Aronson pense que pour comprendre la persistance de cet état de fait, il faut remonter à la révolution industrielle qui a établi la primauté du rendement, de l’efficacité. Il devient plus facile de dire « il est lent, il n’est plus comme nous ».  On peut noter que les médias entretiennent cet état d’esprit en donnant davantage d’information sur les aspects négatifs de la vieillesse que sur des éléments positifs. Si un senior est victime ou impliqué dans un accident, son âge est toujours indiqué.

On peut extraire deux passages de Elderhood par Louise Aronson.

Un professeur de bioéthique n’est pas partisan de l’euthanasie mais refuse de recevoir tout traitement susceptible de prolonger sa vie une fois qu’il aura atteint 75 ans. Voir grandir ses petits-enfants, jardiner, regarder la télévision ne sont pas à ses yeux des raisons suffisantes de vivre. Un présentateur de télévision célèbre aux États-Unis devient pratiquement aveugle et explique à sa fille qu’il a l’intention de terminer ses jours. Elle lui suggère d’attendre un peu, l’inscrit à une réunion de non-voyants. Il en revient enchanté, découvre les livres enregistrés et vit heureux depuis des années.

La vie peut se découper en trois phases. La gériatrie et les soins palliatifs sont là pour la rendre aussi longtemps que possible longue, heureuse, bien remplie, en bonne santé.

Commentaires de Bernard Pradines. Le mot senior, d’origine latine, est à la fois substantif mais aussi un adjectif comparatif (plus vieux)*. Il possède une connotation positive. Pour le tourisme, il est source de revenus. Au travail, il qualifie les plus âgés toujours actifs quand on veut bien d’eux. Dans le sport, le mot s’oppose à junior dans la trajectoire des âges. Pour la Fédération Française d'Athlétisme, on est « senior » dès l'âge de 23 ans**. Le mot vieux, lui, ne peut pas être un adjectif comparatif. Il est davantage entendu comme obsolescence et péremption. Il fait appel à la compassion censée compenser l’inévitable exclusion d’une société de la production, du consumérisme, de la vitesse, de la performance et de l’utilitarisme. En cela, mon constat rejoint celui de Louise Aronson. A ceci près que l’histoire avait déjà balbutié bien avant la révolution industrielle. Notre époque, avec sa démographie et sa logique d’optimisation généralisée, n’a fait qu’amplifier la distance entre le senior et le vieux.

*Dictionnaire Gaffiot, 1934.

** Wikipedia citant la fédération française d’athlétisme : https://www.athle.fr/

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