Je suis pour
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Il vivait là-haut dans le hameau de petite montagne, entouré de moutons, de vieilles pierres et de champs. Georges* se retrouve désormais dans l’EHPAD de la vallée. Il a 96 ans. Nos conversations de là-haut, quand il était sur le pas de sa porte, se poursuivent là-bas sur son fauteuil roulant. A chacun de mes départs, il prononce la phrase rituelle : « quand vous reviendrez, je serai peut-être mort ! ».
Se mêlant à notre conversation, Juliette* échange avec moi quelques mots puis engage une véritable conversation quand Georges rejoint sa chambre. S’enquérant de ma profession passée, elle s’enhardit et me demande ex abrupto : que pensez-vous de la future loi actuelle ? J’entends la question sous cette forme : que pensez-vous de la proposition de loi votée récemment par l’Assemblée nationale connue sous l’appellation officielle euphémisante et inexacte d’aide médicale à mourir ? Avant que j’aie le temps de lui exposer le pour et le contre ainsi que le vecteur résultant que j’en déduis, elle m’affirme avec conviction : « je suis pour ». Je n’ai pas le temps de réagir ; elle développe ses arguments.
« Je suis seule, mon mari et mon fils sont tous deux décédés à quinze jours d’intervalle dans les suites d’un cancer. Quant à ma fille, elle ne veut plus me voir après m’avoir envoyé une lettre d‘insultes, m’accusant d’avoir abandonné son père à un établissement. » Elle n’a pas d’autre enfant. Suit l’inévitable liste de pathologies, traitements et conséquences en termes de perte d’autonomie fonctionnelle dont l’ancien gériatre est toujours bénéficiaire. Elle ne présente aucune douleur physique.
Quand je la quitte, elle me félicite chaleureusement pour l’avoir écoutée.
*Les prénoms ont été changés, les lieux ne sont pas évoqués, les conversations rapportées ont eu lieu en fin mai 2025.

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