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euthanasie

La société occidentale annonçait le « bien vieillir », et c’est la mort programmée qui est venue

Publié le par Bernard Pradines

Alfed Loisy. Image issue de : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Loisy

Alfed Loisy. Image issue de : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Loisy

Clin d’œil à celles et ceux qui s’intéressent à la théologie[1], le titre de cet article nous interroge sur la proposition de loi sur « l’aide à mourir » votée le 27 mai 2025 par l’Assemblée nationale française. Ceci à la suite de législations assez comparables dans une trentaine d’États occidentaux depuis vingt-huit ans.

Confrontées à la dispersion géographique inédite des familles, voire à leur désunion, les personnes âgées sont les premières catégories de la population à vivre seules[2]. Vivre en famille avec les aînés ne fait plus florès. Dans le même temps, les exigences de soins et de sécurité n’ont pas cessé de croître depuis un demi-siècle. D’où le succès des EHPAD croulant sous les demandes d’entrée, consécration qui n’a pas été remise en question par la crise de la Covid et les divers scandales publiés. Nul ne peut contester les efforts des professionnels de l’accompagnement des personnes âgées. Peu nombreux, insuffisamment formés et soutenus, les personnels des services à domicile et des EHPAD peinent à combler les besoins et désirs des bénéficiaires chez eux et des résidents en établissement. Souvent, ils n’y parviennent pas.

Un fort courant de pensée prône le bien vieillir. Logique : le bienfait individuel rejoint le moindre poids de la dépendance sur la société occidentale confrontée à des défis multiples. Ainsi, cet impératif du « vieillissement réussi » est devenu pression de conformité[3]. De même, la prévention est un maitre mot. Des initiatives comme ICOPE[4] méritent d’être observées quant au suivi des participants et aux résultats escomptés.

Parallèlement se développe un discours pessimiste quant aux possibilités de nos pays dits développés pour affronter les immenses défis liés au vieillissement des populations. Au point de douter de nos capacités à honorer la dignité des personnes. Quand on connait le coût de la dernière année de vie pour la collectivité[5], on comprend mieux la tentation de légiférer. « Mourir dans la dignité » serait-il impossible sans mort programmée ? La réalité de l’insuffisance des soins palliatifs et de l’accompagnement soignant et citoyen fera le reste.

 

[1] Alfred Loisy. Auteur de la célèbre formule : "Jésus annonçait le royaume et c'est l'Eglise qui est venue". L’Évangile et l’Église. Consulté le 11 juillet 2025 : https://tinyurl.com/5c2c2r6u

[2] INSEE. Personnes vivant seules dans leur logement selon l’âge et le sexe.  Données annuelles de 1990 à 2022.  https://tinyurl.com/yxz9su3j

[3] Michel Billé et Didier Marz. La tyrannie du « Bienvieillir » Vieillir et rester jeune. Consulté le 11 juillet 2025 : https://tinyurl.com/ftrzx3dm

[4] Consulté le 11 juillet 2025 : https://tinyurl.com/5b77tkkj

[5] De l’ordre de 10% des frais de l’Assurance Maladie. Sources diverses.

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Confiance dans les médecins : l’érosion

Publié le par Bernard Pradines

Image issue de : https://oraedes.fr/Kirjasto/Pages/Encyclopedie/Personnalites/Personnalites_Hippocrate.php

Image issue de : https://oraedes.fr/Kirjasto/Pages/Encyclopedie/Personnalites/Personnalites_Hippocrate.php

De nombreux indices laissent penser que la confiance dans les médecins a tendance à s’éroder. Il est vrai qu’ils ne sont plus facilement accessibles comme autrefois. Les délais d’attente avant un rendez-vous se sont allongés quand l’on n’est pas simplement dépourvu de médecin. En établissement aussi, le libre choix du médecin est devenu moins fréquent car le développement du travail en équipe s’est accentué ; par exemple, vous verrez un anesthésiste en consultation et un autre vous endormira. De manière apparemment paradoxale, la proposition française de loi sur le suicide médicalement assisté et l’euthanasie donne un pouvoir inédit aux médecins : celui de décider et/ou d’administrer une substance mortelle.

Si les médecins méritent notre confiance dans l’immense majorité des cas, force est de constater qu’ils sont des êtres sociaux comme tous les citoyens. Ainsi, même s’ils se croient trop souvent neutres, ils sont traversés par les idéologies de notre époque. Quand l’éthique cède le pas devant la loi, le danger se précise. Certains d’entre eux sont étroitement légalistes ; ils sont souvent issus de catégories sociales relativement favorisées. Cette « image inversée » perdure avec les nouvelles générations d’étudiants en médecine : de l’ordre de 45 % d’enfants de cadres supérieurs et de 5% d’enfants d’ouvriers[1]. Ceci ne les porte pas spontanément, dans leur ensemble, vers la contestation des injustices de notre société. Issus fréquemment de milieux conservateurs, ils risquent de considérer que la société est bien faite et qu’il convient de s’y conformer. Comme médecin, anesthésiste-réanimateur puis gériatre, j’ai pu être conseillé dans le sens d’en finir avec certains types de malades. J’ai vu pleurer des infirmières au souvenir de ce qu’un médecin leur avait demandé de faire. Certains médecins sont sensibles au fait de devoir « faire une place » pour les entrants.

Dans mon cursus d’études médicales, pas un mot sur l’utilisation des médecins dans les divers eugénismes qui ont traversé l’histoire. La formation des médecins aux soins palliatifs concernait une petite minorité d’entre eux.

C’est pourquoi, entre autres raisons, après avoir pesé le pour et le contre, je suis opposé à la proposition de loi Falorni qui entérine l’adaptation de la médecine française aux impératifs de la société dans sa tentation néolibérale explicite : le fardeau des improductifs est trop lourd pour notre économie. Au lieu d’investir massivement dans les soins palliatifs, spécialité contestée, il s’agit d’une offre d’en finir pour soulager la famille et la société bien davantage que le patient.

Les médecins auront-ils conscience de leur instrumentalisation contraire à leur éthique multimillénaire ? L’avenir nous le dira.

 

[1] Autre source : 47 % des étudiants en santé (université, hors paramédical) ont des parents cadres/professions intellectuelles supérieures, contre 11 % employés et 7 % ouvriers.

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