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politique

Hippocrate, cher confrère,  je demande le divorce

Publié le par Louis Lacaze

Hippocrate, cher confrère,  je demande le divorce
Hippocrate, cher confrère,  je demande le divorce

Regardons la réalité en face, nous étions jeunes, idéalistes et naïfs lorsque nous nous sommes rencontrés. Nous pensions changer le monde, nous avons supporté bien des épreuves, le manque de sommeil, des études interminables.

Puis, lentement, le doute s’est insinué dans notre univers. Toute une administration a mis en doute nos capacités et nous a noyés sous une avalanche de formulaires. Les patients ont cessé de nous faire confiance, convaincus  d’en savoir davantage que nous après avoir surfé sur Google. Ce n’est pas du tout le mode de vie dont nous avions rêvé.

T’arrive-t-il, Hippocrate, de te souvenir de ton serment ? Te souviens-tu que la médecine est à la fois un art et une science, que l’écoute et la chaleur humaine peuvent accomplir davantage de miracles que le bistouri du chirurgien et le médicament du pharmacien ?

Nous ne parlons plus qu’en formulaires en trois exemplaires, en codes rébarbatifs. Tes yeux brillent plus que l’écran de l’ordinateur lorsque tu as réussi à permettre aux infirmières de consacrer vingt minutes au lieu de quinze à chaque patient.

Je dois avant tout éviter de nuire au patient, n’est-ce-pas ? Mais comment faire lorsque je dois me montrer de plus en plus rapide, efficace ?

Je ne vais pas parler de finances, Hippocrate, je ne me suis jamais intéressée au sujet. Je précise que je ne suis pas en colère, seulement profondément déçue.

Nos valeurs sont maintenant si différentes qu’une réconciliation ne peut s’envisager. Je suis tout de même heureuse que nous ayons pu faire route ensemble un certain temps. J’ai pu acquérir des compétences, accumuler des souvenirs et acquérir des bases solides pour me consacrer à une nouvelle passion.

Source

Dr Lara Salyer : 

Publié dans éthique, médecin, politique

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Investir ou respecter

Publié le par C.R.

Investir ou respecter

Auteure : C.R., infirmière D.E. 1982, Ecole d’Infirmières du Centre Hospitalier de Toulouse Rangueil

 

Qui sait que des grands groupes financiers incitent les particuliers à financer les constructions des EHPAD ? Ils promettent des taux record de rentabilité dans le contexte actuel.

Qui sait que cette offre avantageuse lèse les personnes âgées et les ampute de soins essentiels lorsqu’elles en ont besoin ?

Et qu’elle prive les familles de l’accompagnement de qualité qu’elles espèrent pour leurs aïeux ?

 

Voici le montage imaginé par des grands groupes financiers engagés dans la prise en charge médico-sociale du futur « senior ».

Vous achetez une chambre en EHPAD. Cela vous coûtera habituellement entre 100 000 et 150 000 Euros lors de l’investissement. Vous obtenez un loyer garanti, durant une période donnée, par exemple de 15 ans, échappant à l’imposition, sans frais d’entretien du local que vous avez acquis. L’Etat et la collectivité vous remercient.

 

Mais vous ne repérez pas tout dans votre investissement. Vous privez ainsi la personne âgée d’environ 800 à 1000 Euros mensuels sur les soins qu’elle finance pour sa prise en charge ! Il s’agit de la somme reversée aux investisseurs chaque mois, correspondant au "loyer mensuel" attribué à la chambre louée à une personne âgée dépendante. Ce montant inclut bien évidemment la mise à disposition de tous les lieux collectifs du bâtiment : salles de soins, de kinésithérapie, de restauration, d’animation, salons et bureaux professionnels. Imaginez tout ce qui serait offert à la personne vieillissante si elle bénéficiait d’une telle somme.

 

Les familles, hélas, ne s’interrogent pas sur le détail des prestations proposées à leur proche. En effet, à quoi leur importante contribution -entre 1500 et 5000 euros mensuels- est-elle consacrée ?

Jamais il n’a été dit aux familles qu’une part conséquente va directement au poste « chambre », c’est-à-dire à l’actionnaire qui a financé la construction de la chambre et, en partie, du bâtiment.

Et vous avez déjà compris qui devient propriétaire des chambres au bout du délai imparti de 10 ou 15 ans. C’est bien sûr le groupe financier !

 

L’actionnaire, ayant été remboursé de son investissement avec des intérêts conséquents, ne possède plus la chambre au bout du temps prévu dans le contrat d’investissement.

Le groupe financier a bien sûr insisté sur le placement financier très rentable : un taux d’intérêts dépassant largement ceux du marché actuel.

 

Autre conséquence invisible de cet ingénieux système pour construire de nouveaux établissements : les directions d’EHPAD sont poussées à assurer un remplissage permanent de la chambre, y compris après le décès d’une résidente ou d’un résident. Ainsi, le personnel soignant grille toutes les étapes du deuil. La famille bénéficie d’un seul jour après le trépas. Dès que le décès survient, l’établissement doit se débarrasser du mort au plus vite.

Le personnel qui a eu le malheur de s’attacher à la personne âgée soignée doit accepter de nettoyer la chambre dans les heures suivantes et de débarrasser immédiatement les objets personnels.
 

Economie de mètres carrés oblige, les groupes financiers ne construisent plus de dépositoire dans leurs EHPAD : à quoi bon prévoir un lieu de recueillement autour du mort ? Des mètres carrés seraient perdus sans rentabilité aucune

Un exemple : en tant que professionnelle au sein d’un EHPAD, j’ai dû accompagner une famille venue voir son proche décédé. Cette visite eut lieu à l’extérieur du bâtiment puisque le corps avait tout simplement été entreposé près des poubelles. Il va de soi que la direction avait confié à autrui, la cadre que j’étais, la démarche ô combien délicate de conduire la famille rendre visite à son parent dans ce lieu insolite !
Je ressentis la honte de ma vie ; comment expliquer à cette famille que nous n’avions pu laisser son proche reposer en paix dans la chambre ? Il existait pourtant un contrat d’hébergement encore en vigueur.

 

Si vous souhaitez laisser votre proche en paix après son décès, vous devrez vous acquitter de journées supplémentaires sur la facture de fin de séjour, soit 90 ou 120 euros la nuitée … Les factures à régler sont bien lourdes pour les familles. Les groupes ne font pas de cadeau financier !

 

Aussi, si vous souhaitez être « veillé », prévoyez d’avance de financer ce temps de veille.

Sinon, résident âgé d’un EHPAD, une fois votre décès survenu, vous serez aussitôt considéré comme un déchet qui ne doit plus coûter un centime !

 

L’argent est décidément le régisseur de notre grand âge.

 

Ne pourrait-on imaginer pour notre fin de vie, d’autres modalités plus respectueuses du corps des défunts ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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