J’ai visité le premier village Alzheimer au monde

Publié le par Bernard Pradines

J’ai visité le premier village Alzheimer au monde

Pourquoi un village ? Pourquoi pas une résidence traditionnelle telle qu’un EHPAD ?

Pourquoi ne pas répartir ces personnes âgées de plus de 65 ans, désorientées, souffrant de troubles cognitifs sévères, dans des unités situées dans des villages existants comme à Saint-Nazaire ?

Pourquoi ce premier village ? Il fut inauguré en 2009 près d’Amsterdam aux Pays-Bas. D’autres sont en cours de réalisation, tel que celui qui est en projet à Dax en France.

Ceux qui ont conçu et réalisé « De Hogeweyk » ont donné de l’espace en plein air aux 152 résidents. Ils ont voulu procurer liberté et voisinage comme dans une vraie localité. La seule issue extérieure est surveillée visuellement à l’aide d’un sas. Mais les portes des parties communes s’ouvrent automatiquement lors de toute approche, y compris celle de l’ascenseur qui navigue automatiquement entre les deux niveaux.

Les résidents sont répartis et regroupés en affinités en fonction d’études issues des sciences humaines selon leur « style de vie » antérieur et leur choix éventuel.

Résidents, familles, professionnels et bénévoles bénéficient d’un environnement conçu au plus près de l’image de la vie du pays : places et rues portent un nom habituel, on y trouve entre autres un supermarché, un bar-restaurant, un salon de coiffure et de beauté, un salon de musique, une médiathèque et même un théâtre.

Le rassemblement en un vaste lieu unique autorise ces facilités autrement inconcevables si les unités de 6 ou 7 résidents de « De Hogeweyk » étaient dispersées dans des sites distincts et distants.

L’ameublement et la décoration se rapprochent au maximum de l’habitat normal des occupants. Tout est étudié pour ressembler à la vie quotidienne jusque dans les moindres détails. Quant à eux, les intervenants, quelles que soient leurs professions, sont spécialement informés des pathologies accompagnées.

Bien sûr, il y a toujours un revers à la médaille ; par exemple, une telle expérience pilote coûte cher à la collectivité néerlandaise et n’est assurément pas exportable à l’identique. Pourtant, je suis reparti troublé par ma visite du 17 août 2016.

Il n’existe aucune solution idéale, chacun le sait. Toutefois, le principe du village hollandais devenu réalité serait-il la moins mauvaise proposition pour des personnes dont le séjour à domicile n’est plus possible ?

Est-il possible d’ignorer « De Hogeweyk » ?

Pour en savoir plus :

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
Oui finalement il s'agit de petites unités (type Cantou d'autre fois!) situées dans un grand ensemble délimité en sortie mais pas en entrée (mis à part la sécurité car ce type de structure peut intéresser des rôdeurs....
Mais ce qui m’intéresse, c'est la méthodologie utilisée pour sélectionner les entrées et surtout les sorties avec pour les familles un fort traumatisme quand l'heure d’être "exfiltré" pour des raisons physique, cognitive ou comportementale arrive...
Répondre
R
Très surprenant, la catégorisation en "modes de vie" !
Il me semble manquer la catégorie "nature" à cette série de modes de vie. De nombreux hommes souffrent d'inactivité, certains ont besoin de jardiner, d'autres de bricoler (surtout dans les générations âgées de 70-80 ou 90 ans).

Tous mes constats auprès de ces malades sont que le pire est l'inactivité à laquelle nous les condamnons, dans la mesure où l'on ne leur permet plus de toucher ou de manipuler le moindre objet (d'où dégradations des lieux où ils sont parqués, voire développement d'agressivité envers le personnel ou envers d'autres résidents).
Répondre
B
Oui, toute catégorisation se veut plus proche de l’individu. Mais le prix à payer est fort : sectorisation voire ségrégation, gestion éclatée, déploiement de moyens pour la diversification de l'accompagnement, etc ...
R
Pour avoir longuement exercé en EHPAD (plusieurs) et en "Unités de Vie Protégées" et y avoir monté X projets humanisants, je peux témoigner que les UVP n'ont plus rien à voir avec des "lieux de vie" sensés ...
J'avais honte de devoir vanter les mérites des UVP qui n'apportaient rien de plus aux malades qu'un enfermement et la sécurité des directions EHPAD. Quel mensonge auprès de tant de familles !

La seule UVP vraie lieu de vie était dans un établissement ancien, en milieu rural, où les familles faisaient revivre l'Unité comme une "vraie vie de famille". Celle-ci était un lieu vivant, gai et où le personnel était heureux de travailler.
Mais la suite ... pressions financières et aberrantes des administratifs du groupe. Cette UVP s'est transformée en un mouroir où le personnel déprimait (aussi).

Les UVP actuelles ne sont que le reflet de la déshumanisation des lieux de soins. Le soin n'est plus qu'hygiène et alimentation ... Mais vivre ce n'est pas qu'être propre et se nourrir !
Répondre
C
" .. Pourquoi ce premier village ? Il fut inauguré en 2009 près d’Amsterdam aux Pays-Bas..."

" .. Center Parcs est une marque néerlandaise de villages de vacances et résidences de tourisme ... Née aux Pays-Bas en 1968 à l'initiative de Piet Derksen,... " etc ( Wikipédia )
Répondre
P
Vous étiez cadre ou infirmière? moi en tant qu'IDE je n'en peux plus de voir ce que je vois tout à fait ce que vous exprimez des soignants déshumanisés par manque de temps enfin c'ést mon impression
D
La bonne solution sera le traitement ad hoc un jour , la moins mauvaise solution serait l'aménagement humain et physique du domicile ou d'une maison proche retapée et qui pourrait servir à d'autres déments les uns après les autres ; les restos locaux feraient à manger bien moins cher et plus personnalisé , les habitants auraient des emplois , la famille aurait eu des aides en nature pour aménager , construire .......bref une ehpad à domicile bien éclatée
Répondre
P
Merci pour votre commentaire. Heureusement, des expériences novatrices voient le jour un peu partout.