Toujours plus vite

Publié le par Bernard Pradines

Hartmut Rosa

Hartmut Rosa

La vie s’accélère. Le philosophe et sociologue allemand Hartmut Rosa nous avait prévenus [1]. Les manifestations de ce phénomène intéressent tous les aspects de notre existence. Un seul exemple : désormais, il serait inimaginable d’attendre un courrier acheminé par bateau pendant des mois. La communication est devenue instantanée.

 

Tout ce qui est lent nous indispose : le moindre retard de train, faire la queue, tomber dans des embouteillages. Vite, je vous dis ! La vieillesse nous ralentit, évitons-en tous les stigmates. La durée de séjour hospitalière est coûteuse, gardons les yeux fixés sur l’impérieuse nécessité de faire sortir les patients.

La fin de la vie ne saurait échapper à la règle. Vous n’avez pas de reproche particulier à formuler à l’encontre de la sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès ? Non ? Vous avez oublié que cela irait bien plus vite avec une injection létale : rapidité, programmation et remboursement garantis.

 

Quant à vos obsèques, ne m’en parlez pas. Si vous croyez que l’on pourra vous rendre longuement l’hommage que vous méritez, je crains que vous soyez dans l’erreur ; trente minutes, pas une de plus, pourront vous être consacrées au crématorium de la ville moyenne où je vis. Famille, proches et amis du défunt, soyez aimables, ne vous prenez pas pour la tortue de la fable. Monsieur Jean de La Fontaine, lui, est mort et enterré depuis longtemps. Si vous ne pénétrez pas assez prestement dans la salle, on vous refermera la porte dessus afin de remplir le lieu un peu plus vite. Bon, demandez à votre famille de poursuivre l’hommage chez vous si… votre domicile n’a pas déjà été vendu.

 

[1] https://www.suhrkamp.de/buch/hartmut-rosa-beschleunigung-t-9783518293607

Publié dans vieillissement, fin de vie

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