Canada : bilan de l'Aide Médicale à Mourir
Traduction personnelle de la conclusion de l’article de Coelho et al. paru le 18 juillet 2023 [référence ci-dessous]
Les cas dont nous avons discuté ici révèlent une normalisation troublante de l'Aide Médicale à Mourir (AMM - MAiD) au titre de « traitement standard » pour un large éventail de souffrances, y compris celles occasionnées ou aggravées par des facteurs socio-économiques. Certains commentateurs ont glorifié le système canadien pour encourager les citoyens qui optent pour l'AMM à ne pas être un fardeau pour leur famille ou pour la société. Dans ce contexte, il est inquiétant que 35,7 % des personnes qui ont reçu l'AMM en 2021 au Canada aient fait état de leur perception d'être un fardeau pour leur famille, leurs amis ou les soignants comme étant une composante de leur intolérable souffrance. D'autres ont aussi défendu l'AMM comme un choix totalement autonome pour éviter la souffrance de patients, y compris ceux qui se considèrent comme opprimés[1] et ne peuvent pas accéder à des ressources socio-économiques adéquates. Autrement dit, l’injustice socio-économique ne doit pas invalider la décision autonome d’AMM qui est prioritaire. Ceci révèle comment nous nous sommes éloignés de l'AMM définie comme une exception que la Cour suprême avait initialement envisagée. Cela se produit dans un contexte de contraintes importantes pesant sur les services de santé et d'accompagnement social ; ce qui pousse les individus à considérer l'AMM comme un outil accessible pour soulager leur souffrance. Le développement rapide de l'AMM offre des économies aux gouvernements, créant des incitations discutables mais perverses à ne pas remédier aux insuffisances du système de santé dont le but est pourtant de protéger les citoyens contre les décès prématurés injustifiés.
Commentaires de Bernard Pradines : l’AMM est autorisée depuis 2016 au Canada, sous la forme de l’euthanasie et du suicide assisté. Le développement de cette disposition est explicité dans l’article cité. Par exemple, deux possibilités sont désormais ouvertes : pronostic engagé à court terme ou pronostic non engagé à court terme, ce qui équivaut dans ce dernier cas de facto, pour les auteurs, à des personnes en perte d’autonomie. Il est particulièrement intéressant de voir à quel point le débat va jusqu’à opposer valablement l’autonomie individuelle à l’incapacité d’accéder aux soins adéquats [Wiebe K, Mullin A, 2023].
Références :
Coelho, R., Maher, J., Gaind, K., & Lemmens, T. (2023). The realities of Medical Assistance in Dying in Canada. Palliative & Supportive Care, 1-8.
Wiebe K, Mullin A. Choosing death in unjust conditions: hope, autonomy and harm reduction. J Med Ethics. 2023 Apr 26:jme-2022-108871.
[1] Le Canada comporte des populations minoritaires qui peuvent se considérer comme opprimées.
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Choosing death in unjust conditions: hope, autonomy and harm reduction
In this essay, we consider questions arising from cases in which people request medical assistance in dying (MAiD) in unjust social circumstances. We develop our argument by asking two questions ...
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