Euthanasie : un exemple d'urgence sans motif

Publié le par Bernard Pradines

Allongée, immobile, pensionnaire entrée depuis peu, la centenaire nous observe derrière ses paupières mi-closes. A-t-elle connu la démarche de sa fille ? Ayant quémandé une place, utilisant toutes sortes de précautions langagières, l'héritière était venue avec son mari, tous deux fort âgés.

C'est qu'il fallait trouver une solution, et vite !

Quelques jours plus tard débarque la deuxième génération, celle des deux petites-filles, la quarantaine, venues de loin. Alors la demande d'euthanasie est explicite, pressante, agressive, interdisant l'échange nécessaire pour connaître et améliorer la situation de l'aînée.

Qu'est-ce que le médecin pourrait encore faire ? Elles ne comprennent pas.

On me déclare qu'il faudrait changer la loi sur l'euthanasie comme si j'étais à même de légiférer. J'insiste alors vainement sur la maîtrise des symptômes pénibles. Je précise que la maison ne pratique pas l'euthanasie, que ceci est connu de tous depuis longtemps, écrit et diffusé. Que nous sommes à l'écoute des familles pour leurs observations de tout inconfort.

Que n'ai-je pas dit ? Quelques jours plus tard, une des petites-filles crie dans le couloir d'aller chercher le médecin pour qu'il constate la souffrance de Mamie. Je n'en décèle pourtant aucun stigmate.

Bien sûr, l'issue est envisagée ouvertement devant Mamie qui n'est pas sourde et qui ne "souffre" pas assez pour être moins consciente et lucide que moi. Elle meurt en mon absence, une semaine plus tard, beaucoup trop tard pour sa progéniture alors que rien ne laissait présager une issue aussi rapide.

 

Publié dans euthanasie, éthique

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