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Evaluation : le piège PATHOS se retourne contre ses prescripteurs

Publié le par Bernard Pradines

Evaluation : le piège PATHOS se retourne contre ses prescripteurs

Désormais, tout est évalué à des fins gestionnaires, sauf la satisfaction des résidents, la qualité des soins et de l’accompagnement qui leur sont prodigués.

Au début de ce grand mouvement de « management » instauré dans les années 2000 en EHPAD [1] et USLD [2] après avoir fait merveille dans l'industrie et le commerce, les professionnels de terrain avaient pu penser qu'il s'agissait d'une reconnaissance des efforts accomplis et une mise en adéquation des moyens aux besoins.

C'est ainsi que la dotation des établissements a été conditionnée pour une partie par l'évaluation de la dépendance (GMP [3] fondé sur le GIR [4]) et pour une autre partie par les pathologies (PMP [5] fondé sur l’outil PATHOS).

Le tout rassemblé dans une formule qui aurait fait le bonheur du théâtre de Georges Courteline avant de rendre perplexe Franz Kafka lui-même : GMPS [6] = GMP + (2.59 x PMP). Amen.

Chaque point de ce GMPS est actuellement censé donner droit à 13,10 Euros pour les USLD et les EHPAD (au tarif global avec pharmacie à usage intérieur).

Le choc de simplification était donc en marche. Il permettait assurément de comprendre ce qui était écrit dans un équivalent aussi intelligible que du javanais prononcé avec l'accent esquimau.

Madame le Docteur Accablée (je m'excuse de la citer) m'écrit qu'elle a réalisé une coupe PATHOS dans son EHPAD à la fin de 2013.

Le résultat du GMP fut validé par un médecin du conseil général conformément aux prévisions du Dr Accablée. Le PMP fut confirmé par un médecin de l'ARS [7] à des niveaux insoupçonnés, c’est-à-dire au moins 40 points au-dessus d'une évaluation pratiquée dans les mêmes conditions deux ans auparavant.

Jusque-là, tout allait bien au royaume des grilles qui rentrent bien dans les disques durs des ordinateurs ; le tout pour faire de jolies courbes dont on sait l'utilité pour l'humanisation de la prise en charge des aînés.

C'est alors que les résidents, les directeurs, les médecins coordonnateurs commencèrent à ressentir leur douleur.

Les autorités ayant le sens de la parcimonie, on apprit que le résultat serait rétribué à 90 % et non à 100 % comme naturellement attendu. Mais, comme le thermomètre montrait une fièvre encore inadmissible malgré cette astuce fort intelligente, il fut décidé, faute de pouvoir diminuer ces vilains indices de dépendance et de maladies, de les rétribuer à 80 % de leur valeur normale .

Certains esprits chagrins parmi les directeurs, ayant des pensées négatives et par trop revendicatrices, ont manifesté leur désaccord. Leur ange gardien -pas même leur petit doigt- leur dit alors qu'il s’agissait d'un péché potentiellement mortel pour leur carrière. Mais alors, que répondre sinon deux phrases dans le style de Jean de la Fontaine: « Messire, veuillez m'excuser, vous m'aviez mal comprise, je serai plus discrète désormais. Dorénavant, on ne m'entendra point.»

Quelle morale peut-on retenir de cette histoire ? Que les payeurs sont à bout de souffle et que si rien ne bouge la vieillesse va devenir invivable….

[1] EHPAD : établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (anciennement : maison de retraite)

[2] USLD : unité de soins de longue durée (anciennement : service de Long Séjour)

[3] GMP : GIR Moyen Pondéré

[4] GIR : Groupe Iso-Ressource

[5] PMP : Pathos Moyen Pondéré

[6] GMPS : GIR Moyen Pondéré Soins

[7] ARS : Agence Régionale de Santé

Complément en date du 27 novembre 2017 :

Extrait de l’article de  paru sur AgeVillage (voir ci-dessous)

« Je crois qu’il est temps néanmoins de rappeler une fois encore que la simple équation GIR + PMP = GMPS n’est pas suffisante et qu’elle ne représente pas le meilleur moyen de réaliser des économies. Il s’agit en effet d’un grand pas vers une convergence, mais il représente aussi une prime à la grabatisation pour les établissements négligents et une punition pour les plus vertueux qui améliorent, grâce à une prise en charge bien adaptée et un personnel bien formé, l’état de leurs résidents. »

Publié dans évaluation, tarification

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Les personnes âgées reçoivent-elles les analgésiques avec retard aux Urgences ?

Publié le par Bernard Pradines

C'est la question que s’est posée une équipe canadienne (Daoust et al, 2013) qui s'est intéressée aux patients présentant des douleurs modérées à sévères cotées au-dessus de 4 sur une échelle numérique allant de 0 à 10. L'étude a été menée de mars 2008 à décembre 2012.

Des patients adultes de plus de 18 ans et ceux qui avaient plus de 65 ans ont été comparés. Au total, les données concernant 34 213 patients avec une douleur d'intensité 7,6 (± 1,8) ont été envisagées. Résultats : des analgésiques ont été administrés à 20 486 patients dans un temps médian de 2,3 heures. Pour les plus âgés, le temps médian était de 3,2 heures à mettre en perspective avec celui des moins de 65 ans : 2,1 heures.

Les plus de 65 ans attendaient 12 minutes de plus pour être évalués par un médecin, 20 minutes de plus pour la prescription analgésique et 35 minutes de plus pour l'administration du médicament.

Cette étude fait écho à celle de Cinar (Cinar et al, 2012) aux USA qui concluait à une temps d'attente supérieur de 10 minutes pour l'obtention de la dose initiale d'analgésique chez les patients âgés.

Remarque de l'auteur de ce site : un délai supérieur à 2 heures entre l'admission et l'administration d’analgésique semble déjà long. Car il faut compter aussi avec le délai d'action de ces substances. Que penser alors de 3,2 heures ? Certes, la méthodologie peut toujours être critiquée. Mais à propos d'un échantillon de 34 213 patients, comment ne pas s'interroger ?

Par ces temps d'évaluation tous azimuts quant à la gestion parcimonieuse de la santé de nos anciens, quand lirons-nous les résultats d'une étude comparable en France ?

Sources :

Daoust R, Paquet J, Lavigne G, Sanogo K, Chauny JM. Senior patients with moderate to severe pain wait longer for analgesic medication in EDs. Am J Emerg Med. 2013 Dec 14.

Cinar O, Ernst R, Fosnocht D, Carey J, Rogers L, Carey A, Horne B, Madsen T. Geriatric patients may not experience increased risk of oligoanalgesia in the emergency department. Ann Emerg Med. 2012 Aug;60(2):207-11.

Publié dans douleurs

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