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Pourquoi un vieillard nous gêne-t-il ?

Publié le par Janny van Liempd

Janny van Liempd est formatrice-conférencière.

Janny van Liempd est formatrice-conférencière.

Quand il y a dix ans ma mère me disait qu’elle se trouvait discriminée à cause de son grand âge, je pensais honnêtement qu’elle exagérait.  Une secrétaire de l’hôpital lui tendit un formulaire, puis la combla de bons conseils et d’explications  alors qu’elle  avait pourtant l’habitude de remplir des papiers pour des spécialistes et des laboratoires depuis la bonne soixantaine d’années qu’avait déjà duré de sa vie.  Quand elle osa dire de surcroit qu’elle était venue toute seule en voiture sur un trajet d’une soixantaine de kilomètres, on la regarda comme un grand danger de la route.

Pendant mes formations intra  des personnels de maisons de retraite et d’autres établissements de santé, je constatais également qu’il y a chez ces personnes, malgré le fait qu’elles sont souvent très  dévouées  dans leur travail et dans les  soins, un regard négatif envers « l’aîné ».  Pour les provoquer un peu, j’évoque parfois l’image du supermarché à 18 heures le soir où un vieux monsieur, la main tremblante, fait un peu retarder la queue.  La caissière très compréhensive l’aide à trouver des pièces dans son porte-monnaie mais tout le monde râle derrière lui. A chaque fois il y a au moins une ou deux stagiaires qui sortent les paroles suivantes de leur bouche : « il aurait dû faire ses  courses durant les heures creuses ». Encore faudrait-il savoir quelles sont alors d’après eux ou elles les heures creuses.

Si une voiture à  vitesse limitée (45 km/heure) les précède  le matin en allant au travail : quelle honte de les empêcher de rouler rapidement vers  leur travail, même si c’est pour y arriver en état de stress intense du fait de l’empressement.

Puis vint le jour que je me trouvai hospitalisée dans l’hôpital d’une petite ville avec une cheville fracturée.  Un soir, la porte s’ouvrit et une vieille dame octogénaire fut installée à côté de moi. Très vite après son arrivée, je découvris qu’elle était atteinte d’une démence. Le hasard n’existe pas !  J’eus ainsi la possibilité de m’appuyer sur tous les moyens de communication que j’enseigne aux aidants et aux soignants.  Malgré le plâtre, je me déplaçai vers elle avec mon déambulateur pour la regarder de face et pour instaurer un dialogue. En effet, elle était passablement agitée et aucune soignante n’était disponible pour s’entretenir avec elle. La dame se tapait très fort le côté et en même temps se reprochait énergiquement le fait d’être allée se promener.  Ensemble, nous avons passé la nuit ainsi. Le lendemain, l’équipe est venue la voir avec l’anesthésiste.  Avec les bribes de conversation encore en tête, j’ai pu compléter certains renseignements.  Puis on lui a mis une perfusion. Un peu plus tard, on est venu la chercher pour lui faire une douche au lit. Quand elle est revenue, elle était encore très consciente mais… elle ne se frappait plus. C’est alors que je me suis rendue compte que la perfusion contenait une antalgique. Alors qu’on savait très bien dès la veille  qu’elle souffrait d’une fracture d’un col du fémur. Mon cœur a pleuré.

Plus tard, durant mes formations en approches non médicamenteuses des personnes présentant des problèmes cognitifs, je me suis rendue compte qu’on ne se pose presque jamais la question de savoir si la personne agitée n’a peut-être pas tout simplement mal quelque part.

En tant qu’experte psychologue des Sapeurs-Pompiers, j’ai pu constater dans le même département le phénomène suivant : lors d’un appel urgent au numéro 15, l’infirmier ou l’infirmière en service auprès d’une personne âgée était interrogé(e)  quant à l’âge exact du patient. S’il s’agissait d’un(e) octogénaire on imposait au soignant d’attendre d’abord encore un peu. Dans quel but ? Je n’ose presque pas formuler mes soupçons, mais je me risque à avancer une hypothèse : « Débrouillez-vous encore un peu et si la personne décède entre temps, on n’aura pas travaillé pour rien. »  Ceci aurait pu être  un incident isolé. Tristement,  la vérité m’oblige à constater que c’était presque devenu la procédure habituelle.  Les Sapeurs-Pompiers en souffraient. Ils avaient tout fait pour arriver sur place dans le délai le plus court pour, finalement, recevoir cette réponse honteuse.  Mais pour ne pas provoquer la guerre, le médecin chef du département  ne dénonçait rien…

Tout doucement, j’ai commencé à comprendre que la société a développé un âgisme virulent envers les personnes d’un certain âge. Là où tout tourne autour de l’argent, l’humanisme disparaît. J’espère donc que les anciens soixante-huitards auront encore une fois de plus le courage, la force et l’énergie de se révolter contre ces injustices qui va les concerner directement très bientôt.

 

Publié dans éthique, gériatrie, formation

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Vous êtes maternaliste !

Publié le par Louis Lacaze dit Papi

Vous êtes maternaliste !

Les chirurgiens de soins intensifs  s’interrogeaient sur le cas de leur patient. Sa fille avait fortement insisté pour que tout soit fait pour le maintenir en vie. Il était sous assistance respiratoire, dialysé, alimenté artificiellement. Il venait d’être amputé des deux jambes et son abdomen prenait une teinte violette. Au cours d‘une réunion où assistaient les chirurgiens, une assistante sociale et la fille du patient, le Dr Laura Petrillo spécialiste en soins palliatifs, a insisté pour que soient adoptées des mesures visant à alléger la souffrance du patient plutôt qu’à prolonger sa vie. La réunion terminée, l’assistante sociale a reproché au Dr Petrillo d’avoir été «maternaliste ».

Est-on maternaliste si on prend en compte la souffrance du patient et si on cherche à lui procurer une fin paisible ? Le mot est-il l’équivalent féminin de paternaliste ou a-t-il une signification particulière ? Etre maternelle c’est avant tout savoir écouter, aider, protéger, guider. Un docteur maternaliste va s’intéresser aux désirs, aux valeurs du patient et faire les recommandations qui lui semblent justes.  La mort du patient étant survenue quelques heures après le début des soins palliatifs, sa fille a chaleureusement remercié le Dr Laura Petrillo  qui a compris que le qualificatif de maternaliste pouvait être considéré comme un compliment.

Sources

A Call for Maternalism in Medicine

http://www.geripal.org/2014/10/a-call-for-maternalism-in-medicine.html?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+Geripal+%28GeriPal%29

Pour aller plus loin :

1.- Billings AJ, Krakauer EL. On Patient Autonomy and Physician Responsibility in End-of-Life care; Arch Intern Med. may 2011; 171(9): 849-53
2.- Lantos J, Matlock AM, Wendler D. Clinician Integrity and Limits to Patient Autonomy; JAMA. February 2011; 305(5): 495-99

Publié dans soins palliatifs

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