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Démence et déraison : nous aussi ?

Publié le par Bernard Pradines

La démence (1) dérange tout le monde : en premier lieu le patient qui en souffre, sa famille et les professionnels du soin à domicile et en établissement. C’est la déraison qui est perturbante, dans le sens où la personne souffrant de troubles cognitifs sévères ne peut pas s’adapter rationnellement à son environnement comme cela serait le cas dans d’autres affections organiques. Il serait confortable de penser qu’il y a un fossé entre elle et nous, une frontière protectrice qui nous préserve de sa situation.

Pourtant, une question demeure : existe-t-il une continuité entre les idées et sentiments des personnes âgées démentes et ceux des personnes âgées dites normales ?

Un exemple significatif nous est fourni par le placement en établissement. Cette situation est redoutée  peu ou prou par toutes les personnes qui y sont soumises. La seule différence entre la personne démente et la plupart des personnes dites raisonnables est la modalité de leur refus. Pour les dernières, c’est un rejet teinté de résignation car elles sont capables de « se raisonner ». Pour la première, cela peut être une totale incompréhension faisant le lit d’attitudes d’oppositions multiples visant d’abord à protester contre le fait de se trouver dans un lieu indu.

A 96 ans : « je vais voir ma mère » ; qui d’entre nous n’a pas rêvé de revoir ses proches disparus ? Une telle promesse n’est-elle pas incluse dans notre culture religieuse, que nous l’assumions ou non.

En établissement : « je veux rentrer chez moi » ; qui ne le souhaite pas après une longue période d’absence hors de chez soi ?

Le matin : « je vais travailler » ; combien sommes-nous à entretenir le culte du travail de bon ou de mauvais gré ? Dans notre pays rural, c’est souvent le bétail qu’il convient de faire entrer à l’abri, de nourrir ou de traire.

Vers la fin de l’après-midi : « je dois aller chercher les enfants à l’école » ; qui ne se soucie pas ou ne devrait pas se préoccuper de ses enfants sur le chemin entre l’école et la maison ?

Au fond, la personne démente est notre prochain. Elle est l’autre nous-même exprimant des désirs et des impératifs qui sont les nôtres. Simplement, en semblables circonstances, nous les tairions car nous les saurions irréalisables. Ecouter les personnes démentes, c’est entendre nos propres aspirations, nos espoirs transfigurés mais toujours présents jusqu’au bout de la vie.

  1. Démence : ce mot est employé ici dans le sens médical du terme et non dans son acception littéraire ou habituelle.

Publié dans démences

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PARO : pragmatisme ou réticences philosophiques et éthiques ?

Publié le par Bernard Pradines

Image issue du site : http://www.linternaute.com/nature-animaux/bebes-phoques-l-arctique-tendrement/sauvons-les-bebes-phoques.shtml

Image issue du site : http://www.linternaute.com/nature-animaux/bebes-phoques-l-arctique-tendrement/sauvons-les-bebes-phoques.shtml

Louis Lacaze (dit Papi) nous a instruits récemment de la robotique en gériatrie. Voir l’article sur ce thème.  (http://free.geriatrics.overblog.com/2015/09/robotique-et-geriatrie-une-tendance-deshumanisante-pourtant-serieusement-envisagee.html)

Désormais, la robotique est censée imiter un animal. PARO, le robot-phoque initialement conçu au Japon, débarque en France.  Vêtu d’une fourrure agréable à caresser, il est capable de se mouvoir et d’émettre des sons inspirés des vrais cris des bébés phoques. Vous savez, ceux pour qui nous éprouvons tant de compassion et de culpabilité lorsque nous voyons avec effroi le sort qui leur est réservé.

PARO  ne souffre pas comme nombre de ses congénères vivants mais il n’éprouve pas de plaisir non plus. Il ne mange pas, ne boit pas, bref il ne possède aucune de nos fonctions physiologiques. Il n’éprouve pas de douleur. Il ne meurt pas comme un être vivant car il est un objet qui sera jeté après usage. Il est le produit d’avancées considérables de la science dont on ne sait pas ici s’il faut les qualifier de progrès. Il est le révélateur de capacités de projection de nos sens et surtout de nos sentiments sur un objet animé par des microprocesseurs et bourré de capteurs sensibles à des forces physiques et à des sons. Un objet et non un animal, ce qui peut être de prime abord considéré comme une tromperie du fait de son apparence; il est fort à parier que les réticences les plus grandes viendront de l’entourage des patients ainsi abusés avant  d‘être celles de ceux-ci.  Un poupon ou une peluche animée, est-ce acceptable ?

Au moins si l’objet est présenté en tant que tel aux patients dans la mesure où les troubles cognitifs ne sont pas trop importants, ils sauront à quoi s’en tenir. Mais s’ils considèrent cet objet comme un animal lorsque leurs capacités de jugement sont perturbées, devons-nous nous en réjouir avec eux ? Admettre qu’un animal réel pourrait souffrir auprès de nos anciens ?

 En tous cas, un des mérites de PARO, surtout en cas de réussite individuelle, est bien de souligner le défaut de présence réelle, humaine ou animale, auprès de la personne âgée. Une délégation technique en quelque sorte, masquant l’indigence d’un réconfort humain.

Les habituelles questions posées par toute nouveauté ne seront pas absentes : la gestion d’un tel dispositif ne viendra-t-elle pas accroitre la charge de travail ? Son prix d’achat et d’entretien n’est-il pas disproportionné aux bénéfices attendus ?

Mais ici, les questions vont bien au-delà. Catastrophe humanitaire et dépersonnalisation diront les uns. Victoire de la technologie diront les autres. Ne méprisons pas davantage nos résidents en les infantilisant encore davantage, diront les uns. Soyons pragmatiques et utilisons tout ce qui peut apaiser nos patients anxieux ou agités et « opposants » diront les autres.

Le débat est ouvert. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Sources :

http://www.phoque-paro.fr/

http://www.agevillage.com/actualite-11619-1-paro-la-peluche-experimentee-en-maison-de-retraite-pour-les-malades-d-alzheimer.html

Publié dans éthique

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